Monde

Porter une caméra n'empêchera pas des policiers blancs de tuer des noirs aux Etats-Unis

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 04.12.2014 à 11 h 59

Repéré sur The Washington Post, Business Week, National Review, The Atlantic

Un sergent de la NYPD montre comment activer une body camera, le 3 décembre 2014. REUTERS/Shannon Stapleton

Un sergent de la NYPD montre comment activer une body camera, le 3 décembre 2014. REUTERS/Shannon Stapleton

En moins de dix jours aux Etats-Unis, c'est la deuxième fois qu'un grand jury décline l'opportunité de renvoyer un policier blanc mis en cause dans la mort d'un noir devant un tribunal. Le 24 novembre, c'est Darren Wilson, responsable de la mort de Michael Brown qui était reparti libre, à Ferguson. Et dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 décembre, un grand jury a refusé de renvoyer Daniel Pantaleo, un agent de police devant un tribunal (indict) pour la mort par étouffement d'un homme noir, Eric Garner, à New York, le 17 juillet 2014.

Comme le raconte Le Monde:

«"Après délibération sur les éléments de l'enquête qui lui a été présentée, le grand jury a trouvé qu'il n'y avait pas de cause raisonnable de voter pour une inculpation", a indiqué le procureur de Staten Island, Daniel Donovan, alors que l'assemblée populaire a procédé à l'audition d'une soixantaine de témoins.»

Après Ferguson, les parents de Mike Brown, Barack Obama, mais aussi l'ancien maire de New York, Rudoph Giuliani, détaille The National Review, avaient émis le souhait que les policiers portent en permanence des caméras sur eux (body cameras) pour éviter ce genre de bavures et pour qu'il soit ensuite possible de prouver ce qui se passe dans ces moments-là.

Le 1er décembre, Barack Obama a demandé «75 millions de dollars de fonds fédéraux pour une technologie qui pourrait permettre de surmonter les désaccords entre policiers et le public qui sont apparus à Ferguson», explique The Atlantic. La Maison Blanche a proposé un programme qui permettrait en trois ans d'acheter et de mettre en service 50.000 caméras que les agents porteraient sur eux. Une proposition dont on ne sait pas si elle sera soutenue par le Congrès républicain, rappelle The Washington Post

Et, remarque Business Week, cela n'aurait pas sauvé la vie d'Eric Garner. Comme l'indique le Washington Post, il y avait bien une vidéo (elle peut choquer) où l'on voit des agents de police arrêter Eric Garner, et un agent l'étrangler. On y entend clairement l'homme, à bout de souffle, dire qu'il n'arrive plus à respirer.

Et pourtant, détaille Business Week:

«Il semble que cette vidéo n'a pas suffi à persuader un grand jury new-yorkais de renvoyer devant un tribunal l'agent qui a aidé à arrêter Garner, alors âgé de 43 ans, parce qu'on le soupçonnait de vendre illégalement des cigarettes.»

De son côté, The Washington Post affirme que l'utilisation de telles caméras peut avoir des effets bénéfiques, mais qu'elles n'empêcheront pas de nouveaux drames:

«L'utilisation de telles caméras pourrait certainement obliger les policiers à mieux se comporter et avoir le même effet sur les personnes avec lesquelles ils interagissent. Mais elles ne semblent pas avoir augmenté la capacité d'autodiscipline des agents dans le cas de Garner, dont la mort a été qualifiée d'homicide.»

Business Week estime malgré tout que la proposition de la Maison Blanche n'est pas encore rejetée:

«L'affaire Eric Garner affaiblit l'argument en faveur des caméras, mais ne le balaie pas pour autant. La principale raison d'avoir ces caméras n'est pas de donner plus d'informations aux grand juries mais d'obliger les policiers à se comporter raisonnablement, en premier lieu. Dans le cas de l'affaire Garner, la vidéo a été prise par un témoin, sur son téléphone, et l'on ne sait pas si les agents qui ont lutté avec Garner au sol savaient que quelqu'un les filmait. Il est possible que si ces agents portaient eux-mêmes ces caméras sur eux, ils auraient traité différemment Garner dès le début.»

Mais cette première avancée ne serait pas suffisante aux yeux des manifestants. Antoine White, un artiste de St. Louis, indiquait à NBC au moment de la proposition de Barack Obama que «ces caméras n'étaient qu'un pansement sur un problème largement plus gros» puisque, la plupart du temps, les agents de police ne les allument pas.

«Donner une caméra à un policier ne l'empêchera de me tirer une balle dans la tête.»

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