La légalisation du cannabis américain n'a pas affaibli les cartels de la drogue mexicains

Culture de cannabis en Israël. REUTERS/Baz Ratner

Culture de cannabis en Israël. REUTERS/Baz Ratner

Mais elle a changé le commerce.

Depuis que les Américains peuvent produire et vendre légalement du cannabis à usage récréatif dans deux Etats (et bientôt cinq), les prix de la marijuana mexicaine se sont effondrés.  

Un journaliste de la radio publique NPR a rencontré des petits producteurs de cannabis mexicain qui fournissent le cartel de l'Etat de Sinaloa, et ils racontent que les prix ont chuté de moitié: de 60 dollars à 90 dollars le kilo il y a trois ans à 30 dollars ou 40 dollars le kilo en 2014. 

Il y a quelques années, une grande majorité de l'herbe fumée aux Etats-Unis venait du Mexique, mais ce n'est plus le cas. Le fumeur américain préfère maintenant acheter local, notamment parce que ce cannabis cultivé légalement dans des serres est deux à trois fois plus fort en THC (l'ingrédient actif tétra-hydro-cannabinol) que les produits mexicains.

Lorsque les défenseurs de la légalisation du cannabis à usage récréatif avaient fait campagne en 2012, un de leurs arguments était que la production d'herbe légale aux Etats-Unis serait un bon moyen d'affaiblir les cartels de la drogue mexicains, dans la mesure où acheter de quoi se rouler un joint au dealer du coin revenait bien souvent à engraisser des trafiquants violents qui contrôlent plusieurs régions du Mexique.

Deux ans après le début de l'expérience dans le Colorado et dans l'Etat du Washington, les conséquences de la légalisation sur ces cartels se révèlent un peu plus complexes. Certes, les profits liés au trafic du cannabis ont diminué (de 30% environ, selon les estimations de l'Institut mexicain sur la compétitivité), mais les trafiquants ont rapidement su s'adapter: ils se sont notamment mis à l'héroïne, qui afflue en grande quantité vers les Etats-Unis.

Plus que les cartels, ce sont donc les petits paysans fournisseurs qui sont affectés, explique le journaliste John Burnett.

«Les gens ont cette image du trafiquant mexicain avec une belle voiture, des bottes de luxe et une copine canon. Mais la plupart des gens qui cultivent du cannabis pour le cartel Sinaloa sont de simples paysans.»

Depuis quelques années, ces petits producteurs –qui cultivent aussi des produits agricoles légaux– se sont donc mis à planter du pavot (le principal ingrédient de l'héroïne) pour s'adapter à la demande du marché, rapporte le Washington Post. 

Quant au trafic de cannabis, il se fait maintenant dans les deux sens: selon NPR, les cartels mexicains ont commencé à acheter de l'herbe légale dans le Colorado pour la revendre à des Mexicains prêts à payer plus cher pour du cannabis de meilleure qualité.

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