Vieil homme vend prix Nobel pour 3 millions de dollars et beaucoup d'attention

James D. Watson/ Jan Arkesteijn via wikimedia commons

James D. Watson/ Jan Arkesteijn via wikimedia commons

James Watson a eu un éclair de génie il y a 61 ans sur la structure physique de l’ADN. C'est aussi un raciste qui adore parler de ce qu'il ne connaît pas et vend cette semaine son prix Nobel pour exister médiatiquement.

James Watson est l'un des plus éminents scientifiques du XXe siècle, et c’est aussi un abominable raciste. Il aura marqué l'Histoire en tant que codécouvreur de la structure de l’ADN, en 1953. Cette semaine, il est en voie de s’assurer que la postérité, ou sa future notice nécrologique, se souviendra aussi que c’était un sale type.

Dans un accès de dépit et d'auto-apitoiement, Watson a décidé de vendre sa médaille du prix Nobel. Il sera le premier lauréat à le faire. Il a donné au Financial Times plusieurs raisons qui le conduiront, ce jeudi, à mettre aux enchères le médaillon en or, symbole de la plus grande récompense dans le domaine scientifique (estimation de son prix: jusqu’à 3,5 millions de dollars). 

Il prétend que bien qu’ayant dirigé de grands instituts de recherches et siégé dans plusieurs comités d’administration jusqu’à l’âge de 79 ans, il a besoin de cet argent. Peut-être le donnera-t-il à des universités, ou achètera-t-il une toile de David Hockney. Oh, et il a également mentionné au FT qu’il vendait la médaille parce qu’il était devenu une «non-personne», et que «personne ne veut vraiment admettre que j’existe».

Un pied de nez à l'establishment scientifique

Acheter un Hockney ou pas n’est pas la question. Vendre cette médaille est pour Watson un moyen de faire un pied de nez à l’establishment scientifique qui le snobe dans les grandes largeurs depuis 2007. 

Watson a émaillé toute sa carrière de remarques racistes et sexistes, mais il s’est vraiment surpassé il y a sept ans en confiant au Sunday Times qu’il était «intrinsèquement pessimiste quant à l’avenir de l’Afrique» parce que «toutes nos politiques sociales se fondent sur le fait que leur intelligence est la même que la nôtre —alors que toutes les études montrent que ce n’est pas vraiment le cas». Il a également affirmé que même en souhaitant très fort que l’intelligence soit la même d’une ethnie à l’autre, «tous ceux qui doivent gérer des employés noirs constatent que ce n'est pas la vérité».

Enfin, pour une fois dans sa vie, Watson ne s’en est pas tiré à bon compte après avoir proféré des paroles ignorantes et bourrées de préjugés. Le Comité du laboratoire de Cold Spring Harbor, qu’il a dirigé pendant presque 40 ans, l'a renvoyé (il reste tout de même président honoraire). Le président de la Fédération des scientifiques américains a déploré: 

«Il nous a déçus de la pire des manières. C’est une façon triste et répugnante d’achever une remarquable carrière.» 

Le directeur du National Institutes of Health, où Watson a dirigé le Projet génome humain pendant de nombreuses années, a publié une déclaration disant que les commentaires de Watson étaient «faux, sous tous points de vue —dont le moindre n’est pas qu’ils sont absolument contradictoires avec tout le corpus des recherches existant dans ce domaine».

Watson a toujours été épouvantable

Watson avait 79 ans à l’époque, et quiconque était un peu familier avec son champ d’activités savait qu’il faisait figure de papy grincheux un peu gênant de la génétique. Mais il ne s’agissait pas là des élucubrations de quelqu’un qui perd les pédales. Humainement, il a toujours été épouvantable.

Un de ses premiers péchés a été de n’avoir jamais attribué à Rosalind Franklin, chimiste qui travaillait aussi sur l’ADN à l’époque, le mérite de ses recherches cruciales sur les clichés obtenus par diffraction des rayons X, sans lesquelles lui et Francis Crick n'auraient pas été les premiers à découvrir la structure à double hélice de l’ADN (Linus Pauling et d’autres les talonnaient et l’auraient trouvée). Dans ses mémoires intitulées La double hélice, il appelle Franklin «Rosy» (surnom qu’elle n’utilisait pas), critique ses tenues et son maquillage et la qualifie à tort d’assistante d'un autre scientifique.

Watson était également notoirement insultant et arrogant lorsqu’il était professeur à Harvard, même pour un professeur d’Harvard. Son collègue universitaire E.O. Wilson décrit le Watson des années 1950 et 1960 comme le «Caligula de la biologie» pour le mépris qu’il manifestait à l’égard des scientifiques étudiant autre chose que les molécules. Wilson a écrit que malheureusement, le coup de génie de Watson à 25 ans «l’a autorisé à dire tout ce qui lui passait par la tête et à s’attendre à ce qu’on le prenne au sérieux».

«Pourquoi on a des latin lovers»

En 2000, Watson a raconté à un public de Berkeley qu’il y avait un lien entre exposition au soleil et libido, et que cela expliquait par conséquent «pourquoi on a des latin lovers». Dans le même discours, rapporté par le San Francisco Chronicle, il a expliqué que les personnes minces sont ambitieuses. «A chaque fois que vous faites passer un entretien à un gros», a-t-il exposé, «vous vous sentez mal à l’aise parce que vous savez que vous n’allez pas l’engager».

Il n’a jamais cessé de critiquer des groupes entiers d’individus, même après être tombé en disgrâce en 2007. Lors d’une conférence scientifique en 2012, par exemple, il a dit des femmes travaillant dans ce domaine: 

«Je crois qu’avoir toutes ces femmes autour d’eux c'est plus sympa pour les hommes mais ils sont probablement moins efficaces.»

Un avis sur tout, y compris ce qu'il ne comprend pas

Watson jouit également d’une solide réputation chez les journalistes scientifiques pour dégoiser sur des choses qu’il ne comprend pas vraiment. Cela en fait un voisin de table intéressant mais également une source pourrie, comme lorsqu’il a confié à un journaliste du New York Times il y a 16 ans qu’un chercheur «allait guérir le cancer dans les deux ans». Il soumet des amicus curiae  auto-promotionnels dans le cadre de procès concernant le brevetage des gènes dont il «comprend complètement de travers» les aspects juridiques.

Et, naturellement, Watson comprend aussi complètement de travers les recherches sur les ethnies, les gènes et l’intelligence. Les scientifiques discréditaient déjà des idées comme les siennes bien avant que le livre The Bell Curve ne ridiculise les analyses statistiques. Le dernier épisode de souverain agacement suscité par la répétition de ce genre d'inepties date de cette année, avec la publication du livre de Nicholas Wade, Troublesome Inheritance, vanté par Watson comme étant «un panorama magistral de la manière dont les changements dans nos lignées respectives nous permettent de commencer à comprendre comment les êtres humains ont évolué». Anthropologuesbiologistes spécialistes de l'évolution et à peu près tout ceux qui peuvent se targuer d’une réelle expertise en la matière ont expliqué pourquoi ces hypothèses sur les caractéristiques ethniques étaient fausses —et la pensée de Wade est bien plus élaborée que celle de Watson.

Watson n'y connaît que pouic à l'évolution humaine

Watson a eu un éclair de génie il y a 61 ans sur la structure physique de l’ADN. Il est l’un des fondateurs d’un sous-ensemble très important mais très spécifique de la biologie moderne, et il a consacré la plus grande partie du reste de sa carrière à l’étude de la biologie du cancer. Mais il n’y connaît que pouic à l’histoire, à l’évolution humaine, à l’anthropologie, à la sociologie, à la psychologie ou à aucune étude rigoureuse sur l’intelligence ou les ethnies. Qu’il puisse penser que son expertise à un certain niveau d’analyse —au niveau moléculaire— permette de prédire quoi que ce soit à un niveau plus élevé montre à quel point il comprend mal le fonctionnement de la science. 

La structure de l’ADN ne prédit en rien le fonctionnement d’une cellule, qui elle-même ne prédit pas la forme d’un corps, qui ne prédit en aucun cas les caractéristiques d’une culture. Ce n’est pas comme si l’idée que les gens à la peau foncée étaient génétiquement inférieurs à ceux à la peau claire était une sorte de terrible secret que les scientifiques tentaient de dissimuler au monde jusqu’à ce que James Watson intervienne et révèle enfin la vérité. C’est tout simplement faux.

On peut trouver un peu de réconfort dans l’idée que les prix Nobel scientifiques sont attribués pour une recherche en particulier. Ils ne récompensent pas l’œuvre de toute une vie, et ne sont pas simplement accordés à un scientifique; ils sont toujours donnés pour quelque chose, dans ce cas précis à Watson, Crick et Maurice Wilkins «pour leurs découvertes concernant la structure moléculaire des acides nucléiques et sa signification pour le transfert d'information dans les matériaux vivant

Sa décision de vendre son prix Nobel, cette reconnaissance de l’un des plus grands triomphes de l’histoire de la science, ne date sûrement pas d’hier. Watson a confié au Financial Times que ce geste était pour lui un moyen de «réintégrer la vie publique» et il a «insisté sur le fait qu’il n’était "pas raciste dans le sens traditionnel du terme selon le FT. 

Watson ne pouvait pas deviner que la vente aux enchères serait annoncée juste au moment où des gens manifestent dans tous les États-Unis contre les brutalités policières à l’égard des noirs —ceux que trop de policiers considèrent comme des sous-humains. Ces manifestations rappellent que l’ignorance raciste est omniprésente et dangereuse, et que la tentative de James Watson d’attirer l’attention sur lui dépasse le simple fait qu’il ternisse lui-même son propre héritage.

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