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Camille Cerf, Miss France 2015, est sans doute plus diplômée que vous

Camille Cerf, TF1 ©Endemol | photo issue du site officiel de TF1

Camille Cerf, TF1 ©Endemol | photo issue du site officiel de TF1

Le niveau scolaire monte, et celui des Miss France avec (la nouvelle élue fait d'ailleurs un «bachelor international» dans une école de commerce à Lille). Une ascension en trompe-l'oeil?

Cet article a été mis à jour après l'élection de samedi soir.

Samedi 6 décembre, TF1 a consacré sa soirée annuelle au concours Miss France. Comme chaque année, le concours fondé au début du siècle dernier a tenté de combler en partie son décalage avec les nouvelles valeurs dominantes et la place qu’occupent les femmes dans la société. Outre le petit test de culture générale que passent les Miss, les articles mettent en avant les personnalités des candidates, et, de plus en plus, leur niveau d’étude, dans l’intention de s’éloigner de l’image d’un seul concours de «potiches».

La gagnante, Camille Cerf, expliquait d'ailleurs avant sa victoire être «en deuxième année à l’EGC à Lille (Ecole de Gestion et de Commerce), c’est un bachelor international». Une formation en en 3 ans après le Bac, ou en 2 ans après un Bac +2.

Il faut remonter à 2000 pour trouver une Miss France qui n'est pas allée jusqu'au bac -Sonia Rolland, qui expliquait avoir «zappé le lycée» pour s’orienter vers le mannequinat. Depuis, le concours a connu quelques Miss très diplômées comme Sylvie Tellier en 2002 (maîtrise en droit fiscal, équivalent à l’époque de bac + 4, devenue depuis organisatrice du concours) ou Corinne Coman qui, en Deug (bac +2) de sciences en 2003, l’année de son élection, passe ensuite deux masters (en droit européen des affaires et en Marketing et communication des entreprises). Depuis 2001, les lauréates sont systématiquement engagées dans un cursus à bac +2 (BTS-DUT) ou bac + 3 et plus (Licence ou Master).

Cette montée du niveau d'éducation moyen illustre celle de la population française. En 1990 selon l’Insee, «environ 20% des jeunes de 25-29 ans étaient diplômés du supérieur, ils sont environ 42 % en 2008». Les chiffres de l’Education nationale les plus récents disponibles concernent les sortants du système éducatif entre 2010 et 2012: ils sont à peu près la même proportion à avoir un diplôme d’études supérieures.

Même en bas de la pyramide, de moins en moins de jeunes sortent sans aucun diplôme. Ainsi chez les jeunes qui sortent du système dans le secondaire, ils sont en 2008 70% à sortir avec un bac (général, technologique ou professionnel).

Mais les candidates au concours Miss France ne sont pas seulement au diapason de ces tendances moyennes; si elles valident leurs cursus en cours, alors elles surpasseront largement leur génération, comme l’illustre cette comparaison. 

Sur les 33 candidates (dont seulement 12 présélectionnées par un jury participeront à la finale diffusée sur TF1), une seule n'intègre aucune information sur sa scolarité dans sa biographie. Les deux «moins avancées» dans leur scolarité sont l'une titulaire d'un Bac pro et l'autre en terminale professionnelle. 29 sur 33 ont au moins le niveau Bac, c'est largement plus que la moyenne de leur génération. 13 ont déjà validé au moins deux années d'études supérieures.

Le palmarès est donc à première vue plutôt impressionnant.

Certes, on compare ici l'ensemble des jeunes sortis du systèmes éducatif à un échantillon composé uniquement de filles. Or ces dernières réussissent mieux que les garçons à l'école (diplômes et notes plus élevés), mais les candidates au concours Miss France font mieux que les filles de leur génération.

Filles et garçons sur le chemin de l'égalité de l'école à l'enseignement supérieur. Ministère de l'Education nationale, 2014.

Deux profils émergent chez les candidates diplômées ou en cours de cursus: les Miss plutôt orientées gestion des entreprises, et les Miss des métiers du care.  Si on regroupe, comme dans le diagramme ci-dessous, les candidates en comptabilité-gestion, en fac de droit, en bachelors d'écoles de commerce et en licences et masters de marketing et management dans le même ensemble, on obtient un groupe majoritaire déjà observé les années précédentes. 

Un autre profil colle plus à l'image d'Epinal de la Miss, avec des filières liées au care: la petite enfance, l'enseignement et les sciences de la vie –souvent dans l'optique du soin des autres (nutritionniste, recherche contre le cancer). 

On peut y ajouter un profil, noyé ici dans les différentes filières, assez «paillettes» porté vers les métiers de la com, de l'événementiel, de la beauté et du tourisme. 

Des classes moyennes de l'enseignement supérieur?

En l'absence d'informations sur les origines sociales des candidates, il est difficile de savoir si leur haut niveau d'études est lié à un milieu d'origine plus aisé et diplômé que la moyenne. Une partie d'entre elles fait clairement le choix d'études sélectives dans des filières qui offrent des débouchés importants. Elles sont environ deux tiers à opter pour une filière sélective (BTS, école de commerce, ou niveau master), et sont au moins trois fois plus nombreuses en écoles de commerce que la moyenne des étudiants. 

Alors, les candidates sont-elles issues d'une France privilégiée? Le règlement exclut d'emblée les profils issus des milieux les plus populaires: une candidate doit «être célibataire, non mariée, non divorcée, non pacsée, sans enfant», or l'âge au mariage et au premier enfant reculent dans les milieux sociaux plus favorisés. 

Malgré la surreprésentation manifeste des aspirantes Miss dans les filières courtes et longues de l'enseignement supérieur, on peut douter que la carrière de Miss soit embrassée par des jeunes filles de milieux très favorisés. Par exemple, la moitié des diplômées ou de celles qui poursuivent un cursus est à l'université (la proportion de celles qui sont à la fac est presque exactement la même que celle de l'ensemble des étudiants). Or il n'y a «plus que» 32% d'enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures à la fac, sauf en droit et en médecine. Face à la massification de l'enseignement, ces derniers ont délaissé cette filière pour se concentrer dans les classes prépas, puis les grandes écoles et les écoles d'ingénieurs, institutions dans lesquelles ils représentent environ la moitié des effectifs. 

Les effectifs d’étudiants dans le supérieur en 2012-2013

La fac devient dans ce cadre le choix par défaut, avec des taux de réussite peu élevés. Un tiers des étudiants obtient sa licence en 3 ans, un peu moins de 40% en 4 ans.

Autre exemple, les candidates en filière scientifique choisissent les sciences de la vie et de la terre, quand le taux d'enfants de cadres et de professions intermédiaires en sciences est le plus fort dans l'ingénierie et l'informatique (filières par ailleurs plus masculines).

L’état de l’Enseignement supérieur et de la Recherche n° 4 [édition 2010]

Le concours de Miss France 2015 illustre donc un double mouvement: le niveau général monte, mais avec lui l'inflation des diplômes des jeunes générations et une distinction accrue entre les filières. 

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