Culture

Dans la vie d'un croque-mort qui démystifie l'industrie funéraire

Repéré par Léa Bucci, mis à jour le 02.12.2014 à 14 h 44

Repéré sur Medium

Royal coffin. Thomas Quine via Flickr CC License by

Royal coffin. Thomas Quine via Flickr CC License by

Caleb Wilde est un croque-mort américain, dont la famille travaille dans l’industrie funéraire depuis 1928. Il tient un blog, Confessions of a funeral director. Pour le magazine Matter, Eric Puchner l’a suivi dans son quotidien, au crématorium, à la morgue, lors de funérailles. L’homme a une manière plutôt rare d’aborder son métier: il s'est donné pour objectif de dédramatiser l’approche de la mort.

Après le lycée, Caleb Wilde voulait devenir pasteur, en réaction à la profession de son père, entrepreneur de pompes funèbres, explique Eric Puchner. Le croque-mort, qui voulait travailler avec la vie, évoque sa propre difficulté d’être un croyant confronté à la fatalité:

«Dans le même moment, nous maudissons Dieu [...] et prions Dieu [...] La mort bouleverse notre monde arrogant [...] Quand vous allez ramasser un corps qui a été coupé en deux par un train [...] c’est difficile de croire en un univers juste [...].»

Il a finalement choisi l’industrie de la mort, mais ne mâche pas ses mots sur le cynisme des maisons funéraires, qui exposent leurs modèles les plus chers devant la porte afin de les vendre en priorité:

«Le chagrin a le don d’enivrer les gens et il devient facile de profiter d’eux.»

Parmi les conseils qu'il donne sur son blog, relève Time Magazine, figure d'ailleurs celui de ne jamais prendre de décision lorsqu'on est en deuil, et de ne pas céder à la pression des entreprises funéraires.

Les cercueils étanches, utilisés afin que le corps du défunt ne se décompose pas, illustrent la manière dont l'industrie participe à dissimuler la réalité de la mort, une idée combattue par Caleb Wilde:

«Le rêve de sa vie est de lancer un “cimetière vert”: pas d’embaumement, pas de voûtes, des cercueils biodégradables. Il n’a pas fait part de son idée à son grand-père, peut-être parce qu’elle menace d’ébranler la stratégie mondiale, qui gagne sa vie en gardant les réalités de la mort aussi secrètes que possible.»

Car la mort est encore un sujet tabou, en particulier aux Etats-Unis, rappelle Eric Puchner:

«[...] Nos écrans sont remplis de zombies, et pourtant, parler ouvertement de la mort est considéré comme “morbide” ou “malsain” [...] Je l’ai découvert dans ma propre peur de l’extinction [...] Ne pas être ici/Ne pas être nulle part/et bientôt; rien de plus terrible, rien de plus vrai [...] Il y avait une terreur que je n’avais jamais ressentie, un sentiment de froid, une crainte pure, comme si ma peau était éventée par un vent glacial [...] Même maintenant, à 44 ans, j’échoue à me sortir de ça [...]»

L’entrepreneur funéraire joue ainsi le filtre entre les vivants et la réalité de la mort, explique le journaliste, pour qui son rôle revient à «porter cette charge, cette connaissance, afin que le reste d’entre nous n’ait pas à le faire»

Dans une tribune publiée sur le Huffington Post sur les raisons du choix de son métier, Caleb Wilde expliquait qu'en lui confiant leurs proches, leurs sentiments, ses clients lui donnent du pouvoir:

«Et quand vous nous donnez ce pouvoir, il y a une certaine satisfaction qui vient avec le fait de traiter cette vulnérabilité avec autant de respect que nous le pouvons.»

Ce qui ne le rend pas imperméable pour autant: il évoque la difficulté d’embaumer un enfant, ou encore les pensées suicidaires qui l’ont envahi il y a quelques années.

Finalement, les métiers qui touchent à la mort sont peut-être les seuls qui conservent une forme d’humanité, dans la mesure où l’on ne peut pas leur enlever le facteur humain, relève le journaliste:

«Cela m’a soudainement frappé que le commerce funéraire, ou du moins la version des parents de Wilde, est peut-être l’un des derniers commerces concrets en Amérique. Les ordinateurs ne peuvent pas embaumer les gens, ils ne peuvent pas non plus les consoler dans leur chagrin, et vous ne pouvez pas faire sous-traiter les corps par des “travailleurs qualifiés” dans d’autres pays. [...]»

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