Economie

L'environnement, grande com nationale

Gilles Bridier, mis à jour le 02.12.2014 à 18 h 42

La conférence sur l’environnement devrait déboucher sur une prime pour réduire le parc des vieilles voitures diesel. Elle a été le prétexte à un gros travail de communication pour renouer avec les Verts. Mais ses conclusions sont redondantes avec les dispositions de la loi sur la transition énergétique. Et trop franco-françaises pour préparer la conférence internationale Paris Climat 2015.

Manuel Valls et François Hollande, pendant la conférence sur l'environnement, le 27 novembre 2014 à l'Elysée. REUTERS/Michel Euler/Pool

Manuel Valls et François Hollande, pendant la conférence sur l'environnement, le 27 novembre 2014 à l'Elysée. REUTERS/Michel Euler/Pool

Focalisé sur la prochaine conférence Paris Climat 2015 programmée dans tout juste un an,  le gouvernement français prend ses marques et sensibilise l’opinion publique en multipliant les grand-messes. On n’avait jamais vu quatorze ministres participer à une Conférence environnementale en seulement deux jours de débat, a insisté Ségolène Royal au cœur des travaux. Avec le chef de l’Etat en ouverture, et le Premier ministre en clôture!

Dans ces conditions, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie a pu souligner qu’un tel remue-méninge sur l’environnement n’avait d’équivalent nulle part ailleurs dans le monde, et qu’une «formidable accélération de la cause en faveur de l’environnement» s’était manifestée à cette occasion. Ce qui, deux semaines après l’accord intervenu entre la Chine et les Etats-Unis pour une réduction des émissions de gaz à effet de serre, paraîtrait plutôt de bon augure.

Urgence climatique, vous avez dit urgence?

Sauf que, pour les utopistes qui avaient cru que le Sommet de la Terre de Rio en 1992 marquerait une rupture, les désillusions se sont accumulées et que le monde, plus de vingt ans plus tard, traîne encore des pieds.

Même l’accord signé par les deux pays les plus pollueurs de la planète manque d’ambition. Certes, il a le mérite d’exister, mais les échéances sont repoussées au-delà de 2020 pour les Etats-Unis, et même 2030 pour la Chine. Les justifications économiques et industrielles existent. Mais qu’elles soient légitimes ou non, les dérèglements climatiques s’accélèrent.

De quelle urgence parle-t-on? Ces échéances reportées à plus de trente ans après Rio semblent encore incroyablement lointaines. D’autant que, loin d’aller dans le bon sens, certains pays font machine arrière comme le Canada revenu sur sa signature du protocole de Kyoto (1997) pour extraire le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta sans se préoccuper d’environnement. Et que les Etats-Unis se préoccupent plus aujourd’hui de développer les gaz et huiles de schistes que d’adopter des pratiques vertueuses.

Avec une baisse du prix du baril de près de 40% en six mois, on peut craindre que d’autres pays prennent du recul.

En fait, l’Europe qui a décidé de réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre apparaît comme la puissance régionale la plus vertueuse. Mais si sa compétitivité devait être pénalisée par l’utilisation d’une énergie plus chère alors qu’elle ne parvient pas à revenir à des niveaux de croissance comparables à ceux des autres grandes régions du globe, on peut avoir des inquiétudes sur la vigueur de sa détermination à tourner le dos aux énergies fossiles.

Sus au diesel, comme une rengaine

A l’occasion de la Conférence environnementale, on a entendu François Hollande déclarer la guerre au charbon en promettant de supprimer les crédits à l’export et autres subventions pour des projets qui utiliseraient cette ressource, mais sans fixer d’échéance. Et alors que le charbon reste la ressource énergétique fossile la plus répandue sur la planète et que le monde regorge de  réserves insoupçonnées d’hydrocarbures à l’origine de la richesse des pays qui en disposent, ces promesses qui s’inscrivent dans un débat très franco-français semblent bien fragiles.

Manuel Valls, qui souligne «l’urgence planétaire» face à un «réchauffement incontestable et sans précédent», considère que «l’écologie ne doit pas être un frein à l’économie» et veut «concilier énergie renouvelable et nucléaire» pour que la France joue ses meilleurs atouts.

La ligne reste donc la même que celle qui est déjà tracée par François Hollande, avec au programme une réduction de la part de nucléaire de 75% à 50% en 2025 dans la production d’électricité, même si des doutes se manifestent et si rien n’indique que cet objectif survivra à la fin de l’actuel mandat présidentiel.

Les pistes de travail ouvertes à l’occasion de cette conférence environnementale ont été nombreuses. Mais rarement nouvelles. Le Premier ministre remet à l’ordre du jour une prime pour remplacer les vieilles voitures diesel par des véhicules moins polluants… éventuellement achetés d’occasion, ce qui différencie cette prime de toutes les autres qui ont fleuri depuis une trentaine d’années avec les «balladurettes» suivies des «juppettes» et bien d’autres. Les écarts de fiscalité sur les carburants devront être réduits pour ne plus favoriser le diesel, ce qui constitue une ambition affichée à gauche comme à droite depuis plusieurs décennies et ne progresse qu’à petits pas.

Pour le reste, rien de très nouveau, qu’il s’agisse de l’exploitation de la forêt française, du développement de la méthanisation, de la priorité à donner au fret ferroviaire («mais plus on en parle et plus il chute», a convenu un porte-parole des débats) et à la voie d’eau (qui ne décolle pas malgré des lustres d’incantations).  

Un objectif politique pour calmer les Verts

Certaines évidences ont été rappelées lors de cette conférence comme la priorité à donner à l’agro-écologie (on en parlait déjà dans les années 1970) ou à l’alimentation écologique et à la proximité dans les circuits de restauration dont l’Etat a la charge. On a même appris que, après le psychodrame français de l’écotaxe, un nouveau projet pourrait être relancé en Alsace et en Lorraine, qui étaient déjà des régions tests dans le projet initial enterré par Ségolène Royal cet automne.

Après l’adoption à la mi-octobre de la loi sur la transition énergétique, la conférence sur l’environnement n’a pas ouvert de nouvelles pistes. Il faudra attendre janvier pour voir les conclusions que le gouvernement en tirera. Elles risquent fort de se télescoper avec les décrets d’application de la loi qui devront être pris.

La prise de position contre le diesel a été trop affirmée pour ne pas déboucher sur des dispositions claires en début d’année prochaine. L’augmentation de la fiscalité sur le gazole sera une première étape… mais elle a déjà été entérinée dans la loi de finances 2015.

Au-delà, les conclusions furent beaucoup trop franco-françaises pour préparer les débats de la conférence internationale de l’an prochain. De sorte qu’on peut se demander quel était l’objectif véritable de cette conférence hormis une de communication intense destinée à caresser dans le sens du poil les écologistes d’EELV, en rupture avec la ligne de François Hollande sur de nombreux dossiers. Ségolène Royal pour l’écotaxe, et Manuel Valls pour sa défense du nucléaire, avaient aussi un intérêt politique évident à «verdir» leur image. Mais la cause de l’environnement n’y aura pas gagné beaucoup.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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