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Israël-Palestine: et l'extrémiste Avigdor Lieberman proposa un plan de paix

Avigdor Lieberman, le 2 décembre 2014. REUTERS/ Ronen Zvulun

Avigdor Lieberman, le 2 décembre 2014. REUTERS/ Ronen Zvulun

Le pragmatique ministre des Affaires étrangères, qui se verrait bien Premier ministre, renonce ouvertement au dogme du Grand Israël, joue la carte des pays arabes modérés et relie, pour la première fois, le problème palestinien aux citoyens arabes israéliens. Son plan n'a pas reçu l'aval du gouvernement israélien et fait grincer des dents à droite.

La politique israélienne offre toujours des surprises. Alors que Benjamin Netanyahou a limogé deux ministres centristes (Yaïr Lapid et Tsipi Livni), provoquant la chute du gouvernement et la tenue d'élections anticipées (qui auront lieu le 17 mars 2015), voilà qu'Avigdor Lieberman, le ministre des Affaires étrangères ultra-nationaliste, revient au devant de l’actualité en prétendant que la paix est possible et qu’il est temps de renoncer au principe impossible du «Grand Israël» avec l’annexion de la Cisjordanie. Et sa proposition est jugée raisonnable, même à gauche, les Etats-Unis le complimentent en estimant qu'il a désormais rejoint le camp de la paix.

Le dirigeant du parti d'extrême droite Israel Beytenou («Israël notre maison») considère qu’un Etat unique binational représentait un danger pour l’identité juive d’Israël car il serait difficile d’intégrer 1,7 million d’Arabes de Cisjordanie sans créer un risque identitaire pour Israël. Alors, contre toute attente, il a accepté de faire exploser le camp de la droite pour prendre date dans une position pragmatique, à mille lieues de ce que l’on pouvait attendre de son parti nationaliste. Pour devenir calife à la place du calife, il a choisi d'innover pour mordre sur l’électorat centriste en perdition.

Il se démarque nettement de son collègue au gouvernement, le sioniste religieux Naftali Bennett, qui persiste dans son illusion d’annexer purement et simplement des pans entiers de la Cisjordanie, sans réellement expliquer l’avenir des populations arabes qui y vivent. Lui publie un projet concret et étayé pour mettre fin au conflit avec les Palestiniens, en prenant pour principe que «un peuple unifié est plus important qu’une terre unifiée».

Avidgor Lieberman s'était déjà prononcé, dans le quotidien de gauche Haaretz, en 2011, pour la fin du dogme du Grand Israël. Mais à l'époque, ses déclarations n'avaient pas reçu grande attention de la part de l'Occident.

Cette fois-ci, c’est a priori la première fois depuis les accords d’Oslo de 1993, qu’un document israélien s’impose comme une solution de rechange à la situation actuelle en renvoyant la balle dans le camp palestinien. Venant d’un parti nationaliste, il représente une avancée notable dans une situation bloquée.

Le document, intitulé «Going Against the Stream—La vision de Israël Beiteinou», donne les clefs d’un projet de paix détaillé avec les Palestiniens, en écartant toute position idéologique stérile. Il propose aux Palestiniens des concessions territoriales et éventuellement des incitations financières pour ceux, parmi les Arabes israéliens, qui souhaiteraient rejoindre le nouvel Etat.

Plan de paix pragmatique

Ce plan de paix, qui n’a pas reçu l’aval du gouvernement et qui fait grincer des dents la droite, perfectible, a l’avantage d’exister parce qu’il pose les bases d’une discussion, même si le contenu ne reçoit pas l'agrément de tous. Les Palestiniens ne pourraient pas le rejeter d'emblée sans être accusés de refuser le dialogue et la paix. Venant d’un représentant de la droite nationale, il revêt encore plus de crédibilité en étant attractif pour une population israélienne ballottée entre le centre et la gauche.

Lieberman renonce ouvertement au dogme du Grand Israël parce qu’il pense pouvoir ouvrir une fenêtre de négociations pour parvenir à un accord avec les Arabes. Il rejoint ainsi la nouvelle stratégie américaine consistant par ailleurs à recréer un front uni des pays arabes face à Daesh. Le Qatar, qui avait été écarté du Conseil de coopération du Golfe (CCG) a rejoint à nouveau les monarchies du Golfe dans un combat contre l’ennemi commun représenté par les djihadistes de l’Etat islamique.

Lieberman joue donc la carte des pays arabes modérés, inquiets à la fois de l’expansion de Daesh et des velléités nucléaires de l’Iran qu’ils ont toujours considéré comme leur ennemi. Il a par ailleurs senti une fracture dramatique au sein de la société israélienne:

«Sans abandonner le rêve ou le principe du Grand Israël, il est clair pour moi que nous devons unifier le peuple.»

Lieberman aborde sa nouvelle doctrine vers un accord de paix en insistant sur le fait que le conflit n’est pas uniquement territorial. Il affiche ouvertement la couleur dans son document:

«Contrairement aux positions dogmatiques d'autres partis, Israël Beiteinou comprend que le conflit n’est pas uniquement un conflit territorial avec les voisins palestiniens, mais un conflit en trois dimensions avec les pays arabes, les Palestiniens et les Arabes israéliens. Ainsi, tout accord doit porter sur la paix avec les pays arabes, les échanges territoriaux et la question des Arabes israéliens.»

Pas de citoyenneté sans loyauté

C’est la première fois qu’un dirigeant israélien relie le problème palestinien aux citoyens arabes israéliens. Il rejoint les préoccupations américaines puisqu’il considère que «contrairement à la croyance populaire, la question palestinienne n’est pas le plus grand problème dans le monde arabe ou au cœur de l'instabilité régionale en raison des groupes radicaux comme l'Etat islamique».

Dans une attitude iconoclaste, il propose en outre, sur la base du volontariat, que les Arabes des villes mixtes en Israël puissent se déplacer là où ils s’estiment le plus en phase avec leurs convictions:

«Les Arabes israéliens qui décident que leur identité est palestinienne seraient en mesure de renoncer à leur citoyenneté israélienne et de devenir des citoyens du futur Etat palestinien. Israël devrait même les encourager à le faire avec un système d'incitations économiques, dès lors que tout accord doit inclure des échanges territoriaux et de population.»

Il rejoint en cela son slogan qu’il avait martelé à longueur de campagne électorale:

«Pas de citoyenneté sans loyauté.»

Nul ne peut prédire par avance l’accueil que pourrait recevoir cette nouvelle proposition auprès de la population israélienne lors des prochaines élections. Elle a déjà reçu un avis favorable de la part des centristes, de certains transfuges du Likoud et même d’une tranche importante des travaillistes qui se verraient bien revenir aux affaires dans le cadre d’une recomposition de la classe politique israélienne couplée avec une recomposition des Etats arabes déjà entamée.

Lieberman se verrait bien à la tête d’une coalition car il apporterait une caution nationaliste qui manque à la gauche et au centre pour être crédibles.

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