France

Vous ne connaîtrez pas les résultats par département de l’élection à l’UMP, et c’est dommage pour elle

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 01.12.2014 à 15 h 02

En choisissant de ne pas décompter ni publier les votes des adhérents par fédération, l'UMP nouveau genre voulue par Nicolas Sarkozy rate une occasion de faire une première bonne impression

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy arrivent à un meeting à Boulogne-Billancourt, le 25 novembre 2014. REUTERS/Philippe Wojazer

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy arrivent à un meeting à Boulogne-Billancourt, le 25 novembre 2014. REUTERS/Philippe Wojazer

Plus jamais ça. C’était, comme le notait un article des Echos à quelques jours du scrutin, l’état d’esprit de l’état major de l’UMP après le fiasco intégral de l’élection de son président en novembre 2012, qui avait vu Jean-François Copé revendiquer la victoire et François Fillon la lui contester. Après deux mois de chantage à la scission, Fillon, qui avait monté son propre sous-groupe UMP à l’Assemblée, avait fini par se mettre d’accord avec son rival. L’UMP réélirait son chef une année plus tard.

Le principal parti d’opposition était sorti décrédibilisé de cet épisode tragi-comique. La démission contrainte de Jean-François Copé après l'éclatement de l'affaire Bygmalion n'a fait depuis qu'abîmer un peu plus l'image du parti. 

L'élection du nouveau président, qui entérine le retour de Nicolas Sarkozy dans le jeu politique avec un peu plus de 64% des voix, devait donc se dérouler de manière exemplaire. Finies les Cocoe et les CoNare, qui avaient fait le bonheur des médias et des humoristes, l’UMP devait cette fois-ci se montrer digne d’un grand-parti-moderne-de-gouvernement-dans-l’opposition. Une Haute autorité chargée des scrutins internes et de la primaire, dirigée par la juriste Anne Levade, a été mise en place à cet effet début 2014.

Samedi 29 novembre, c'est elle qui a annoncé les résultats à l’unité près du scrutin, après une journée durant laquelle le parti a régulièrement informé les médias de l'évolution de la participation. Le site a subi une attaque par déni de service dans la soirée de vendredi qui en a perturbé l’accès, et Hervé Mariton s’est plaint samedi du fait que des bugs empêchaient les militants de voter. Mais ces péripéties n’ont pas donné lieu à une contestation virulente du score du vainqueur par ses adversaires.

Reste néanmoins une insuffisance regrettable à l'issue de ce vote électronique: l’absence de publication des scores par fédération. Selon Le Lab, les représentants des candidats Hervé Mariton et Bruno Le Maire avaient tous deux demandé, lors d’une réunion de la Haute autorité, la départementalisation des résultats, c'est à dire le détail des votes par fédération du parti, ces dernières étant organisées par département. L’instance d’organisation et de contrôle du scrutin a refusé et s’est rangée alors derrière des arguments techniques: cette précision n’était pas mentionnée dans le fichier des électeurs utilisé, et compléter celui-ci aurait demandé de reporter le calendrier de l’élection.

Pour les deux adversaires de Nicolas Sarkozy, ce refus de la Haute autorité était contestable sur le plan de la transparence, puisqu’il ne serait pas possible de vérifier des contestations locales, et sur le plan politique, puisqu’il n’y aurait pas de carte des zones de force des différents prétendants à la présidence du parti. Evidemment, certains y voient une volonté de Nicolas Sarkozy, qui préférait un résultat national, unifié et incontestable. 

Cependant, étant donné que l’ancien président de la République n’a jamais été inquiété sérieusement par ses rivaux, était-il vraiment souhaitable de faire l’impasse sur ce point technique?

Ce choix frustre les médias et les analystes politiques, qui n’ont pas grand-chose à décrypter du résultat de samedi.

Par exemple, impossible de savoir si Mariton a cartonné dans les bastions de La Manif pour tous, ou si Bruno Le Maire a fait le plein de voix dans des fiefs centristes. Et il donne une image d’amateurisme, puisque la raison avancée est l’incapacité technique du prestataire et de la Haute autorité de fournir ces résultats dans les délais impartis.

Le décompte par fédération avait permis en 2012 à l'UMP de se rendre compte que les votes de Wallis-et-Futuna avaient été... oubliés.  Cette absence jette donc un soupçon, certes léger au regard des écarts entre les candidats à l'arrivée, sur la volonté de Nicolas Sarkozy de faire de la nouvelle UMP un parti exemplaire sur le plan de l’organisation. Avant de changer le nom du parti, il pourrait commencer par en améliorer le fonctionnement réel. 

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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