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Ferguson, Hong Kong: le blocage d’autoroute comme nouvelles barricades

Temps de lecture : 2 min

Sur une avenue de West Florissant à Ferguson, le 16 août 2014. REUTERS/Lucas Jackson
Sur une avenue de West Florissant à Ferguson, le 16 août 2014. REUTERS/Lucas Jackson

Depuis la décision du grand jury le 24 novembre de ne pas poursuivre le policier Darren Wilson pour la mort de Michael Brown, de nombreux manifestants sont descendus dans les rues de plusieurs villes américaines. A Los Angeles, Providence, Minneapolis, Cincinnati, Dallas ou New York, ils ont même occupé les autoroutes, perturbant le trafic automobile. En conséquence, les derniers affrontements avec la police se sont déplacés vers les autoroutes et leurs voies d'accès, que les policiers tentent de bloquer.

A Ferguson même, des manifestants avaient dès le début du mois de septembre bloqué une autoroute pendant quelques minutes.

C’est aussi sur une autoroute, celle qui dessert le Central district, le quartier d’affaires de Hong Kong où siège le gouvernement, que les manifestants de la èrévolution des parapluies» ont planté leurs tentes depuis la fin du mois de septembre. Les places fortes d’OCPL, Occupy Central in Peace and Love, ne sont pas des places mais des portions d’autoroutes, des voies rapides, des bretelles d’accès… Les dernières confrontations violentes avec la police se sont déroulées sur des routes.

Les révolutions arabes et les mouvements «Occupy» investissaient en 2011 des places publiques et des quartiers centraux des villes: la Puerta del Sol pour les Indignados de Madrid, la place Tahrir de la révolution égyptienne au Caire, Zuccotti Park lors du mouvement Occupy Wall Street la même année (bien que dans ce dernier cas il s’agisse d’une place ouverte au public mais possédée par une société d’immobilier.)

Comme l’a noté dès le début des manifestations un journaliste de BuzzFeed, le quartier West Florissant, d’où sont parties les manifestations de Ferguson, est un lieu typique de l’étalement urbain américain –quartiers pavillonnaires, centres commerciaux placés le long de voies rapides et parking– mais aussi une réponse urbanistique des années 1970 à la fin de la ségragation légale. A mesure que les familles noires commençaient à s’installer dans de meilleurs quartiers, les familles blanches sont allées s’installer ailleurs –comme le montre cette carte.

L’isolement croissant de familles pauvres dans un même lieu a fait de Ferguson «un lieu emblématique de la pauvreté croissante en banlieue pavillonnaire». Un tel cadre n’offre rien qui ressemble à une place publique, ce qui peut expliquer la forme atypique prise par les manifestations.

Sur Buzzfeed, un panorama de West Florissant à Ferguson.

Ailleurs aux Etats-Unis, le blocage d’autoroutes semble plutôt s’être imposé en raison de sa visibilité, puisqu’il permet de toucher des milliers d’automobilistes qui transitent par ces voies. Y a-t-il cependant une explication politique à cette forme d’appropriation des autoroutes? N’est-ce pas seulement parce qu’aux Etats-Unis comme à Hong Kong, l’urbanisme ne laisse d’autre choix aux manifestants que de bloquer les voies rapides et les intersections?

Le site City Lab y voit «une évolution du langage et de la stratégie de la désobéissance civile». Comme le note le site dans un article antérieur, ces manifestants «bousculent l’idée selon laquelle les autoroutes existent en dehors de nous, dans un espace théorique qui n’a rien à voir avec les interactions humaines, ni avec les mots, les visages et les sentiments des gens. Ils rendent l’invisible visible».

Slate.fr

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