Monde

Que feront les États-Unis et Israël lorsque tous les autres pays auront reconnu la Palestine?

Joshua Keating, traduit par Yann Champion, mis à jour le 02.12.2014 à 17 h 09

Pourquoi ces deux pays courent un risque croissant de voir leur position sur le sujet se «cubaniser».

Un drapeau palestinien en ballons, en décembre 2012 à Ramallah. REUTERS/Ammar Awad.

Un drapeau palestinien en ballons, en décembre 2012 à Ramallah. REUTERS/Ammar Awad.

Ce mardi 2 décembre, l'Assemblée nationale française a voté une résolution demandant au gouvernement français de reconnaître l'État palestinien, par 339 voix contre 151. Le Parlement européen doit organiser mi-décembre un vote sur le sujet: d’après le Jerusalem Post, les représentants israéliens ont déclaré qu’une telle mesure ne pourrait qu’être purement symbolique et ne représenterait pas l’opinion publique, mais ont aussi œuvré dur pour obtenir ce report.

Ces votes arrivent après la reconnaissance officielle, en octobre dernier, de la Palestine par la Suède, qui est ainsi devenue le deuxième pays d’Europe occidentale à le faire, avec l’Islande. À vrai dire, la seule véritable signification de cette reconnaissance est que la position officielle du gouvernement suédois est de considérer la Palestine comme un pays. Mais dans une situation politique à ce point tendue, c’est une décision lourde de sens. «Le but de cette reconnaissance par la Suède est de travailler à un avenir dans lequel Israël et la Palestine pourront vivre côte à côte, dans la paix et la sécurité», a expliqué le ministre suédois des Affaires étrangères dans un communiqué de presse qui vantait également «un programme d’aide sur cinq ans incluant un soutien significativement accru à la construction d’un État palestinien». Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a, pour sa part, déclaré que ces reconnaissances unilatérales étaient le signe d’un «échec collectif (international)» à progresser dans les négociations de paix.

Ailleurs en Europe, les parlements de Grande-Bretagne, d’Irlande et d’Espagne ont aussi tous voté des résolutions exhortant leur gouvernement à reconnaître l’État palestinien, mesures non contraignantes qui incitent à la reconnaissance de l’État palestinien dans le cadre d’un accord négocié et qui, à l’inverse de ce qui se passe en Suède, ne changent pas la politique gouvernementale. Elles sont néanmoins perçues comme un premier pas vers une reconnaissance totale et le gouvernement israélien s’y est fortement opposé.

Mais l’Europe est à la traîne par rapport au reste du monde. La plupart des États membres de l’Onu (135 sur 192) ont déjà reconnu la Palestine, notamment la majorité des pays d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique latine. C’est un type de mesure qui suscite des réactions en chaîne. Ainsi, la plupart des pays d’Amérique du Sud ont changé de position en 2011, reconnaissant l’État palestinien les uns après les autres à un rythme soutenu. Pour l’instant, les votes européens, à l’exception de celui de la Suède, n’ont donné lieu qu’à des mesures parlementaires non contraignantes, mais si une grande puissance européenne décidait un jour de reconnaître la Palestine, les autres lui emboîteraient sans doute le pas rapidement.

L’Autorité palestinienne n’a pas ménagé ses efforts pour obtenir cette reconnaissance des gouvernements du monde, mais qu’en est-il de son efficacité réelle? Tant que les États-Unis disposeront d’un droit de veto au Conseil de Sécurité, la Palestine ne pourra devenir pleinement membre des Nations unies, sésame de la reconnaissance internationale. L’Autorité palestinienne a d’ailleurs annoncé récemment qu’elle reportait sa demande d’entrée aux Nations unies, notamment en raison des pressions américaines.

Néanmoins, cette reconnaissance revêt une importance fondamentale. En termes de légitimité, par exemple, le Kosovo (qui ne peut devenir membre des Nations Unies en raison du veto russe, mais a été reconnu par pas moins de 110 pays) n’a pas tout à fait le même poids que l’Abkhazie, qui se fait une fierté d’avoir été reconnue par la République de Nauru. (Les îles du Pacifique sont de véritables mercenaires de la reconnaissance internationale, comme on a pu, par exemple, le constater récemment avec les ridicules tentatives de séduction opérées par la Chine et Taïwan auprès du Vanuatu.)

Pour les États-Unis et Israël, le risque est ici d’assister à une «cubanisation» de l’État palestinien. Tous les ans, durant ces 23 dernières années, l’Assemblée générale des Nations unies a voté la condamnation de l’embargo américain contre Cuba. Et à chaque fois, les États-Unis sont apparus un peu plus isolés et ridicules. Cette année, seul Israël s’est rangé au côté des États-Unis pour voter contre la condamnation, à quoi il a fallu ajouter l’abstention des Palaos, des îles Marshall et de la Micronésie (une fois encore, les îles du Pacifique…)

Si la plupart des pays du monde reconnaissent l’État palestinien, la non-reconnaissance reste la position dominante chez les pays riches du monde occidental. Comme le montre l’exemple cubain, les États-Unis n’ont pas peur de prendre des mesures impopulaires, même s’il s’agit pour cela de s’opposer à presque tous les autres pays du monde. Israël, en revanche, n’a pas vraiment envie de se retrouver un jour seul aux côtés des États-Unis, de la Micronésie… et de personne d’autre.

Joshua Keating
Joshua Keating (148 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte