Culture

«Vos élèves lisent beaucoup trop»

Temps de lecture : 2 min

C'est ce qu'a déclaré la principale d’un collège à l’une des professeures de lettres de son établissement.

REUTERS/Jason Lee
REUTERS/Jason Lee

Cette semaine, une professeure de lettres d’un collège de banlieue parisienne a été si dépitée par une conversation avec la principale de son lycée qu’elle l’a en partie reproduite sur Facebook.

Contactée par téléphone, la professeure en question, agrégée de lettres, explique atterrée que non seulement ces propos n’ont pas été exagérés pour amuser ses camarades sur Facebook, mais qu’elle les avait, au contraire, édulcorés. Parce qu’il s’agissait d’un avertissement autoritaire lui demandant d’adhérer à des objectifs «plus scolaires» et d’arrêter de proposer autant de lectures à ses élèves pourtant enthousiastes, selon l'enseignante.

Bien sûr que la pratique de la lecture est une pratique culturelle plus bourgeoise que populaire, les travaux sur la question le montrent. Mais élitiste?

Comme le rappelait Daniel Pennac dans Comme un roman (1992), on peut lire sans finir les livres, en sautant des pages, en s'arrêtant avant la fin... On peut lire, comme la chercheuse Marielle Macé (Façons de lire, manière d’être), en pensant à son père boulanger, on peut lire comme si l'acte de lire était un geste artisanal. On peut lire aussi de manière passionnée; je me souviens du magnifique essai de Judith Lyon-Caen, La lecture et la vie, les usages du roman au temps de Balzac qui évoque les rapports des lecteurs de l’époque aux œuvres de Sue et Balzac. Ils envoyaient des lettres enflammées aux auteurs, s’identifiant aux personnages, parlant d’eux-mêmes dans un incroyable rapport de proximité.

Tous les enfants n’aimeront pas lire des romans et de la littérature, et ceux qui l'aimeront ne l'aimeront pas tous de la même manière. Mais faire en sorte qu’ils lisent, qu’ils aiment lire au moins un peu, à leur manière, des romans, des BD, des romans graphiques, des essais et pourquoi pas de la sociologie... c’est le boulot de l’école. Une école qui ouvre l’esprit. Pas une machine à évaluer et à faire passer des examens. Et trouver que la lecture est élitiste, que cette pratique culturelle est réservée à certains et pas pour tous, c'est ça qui est élitiste.

Je suis certaine qu’il s’agit d’une réaction isolée, mais je me demande quand même si cela est arrivé dans d’autres établissements? (Dans ce cas merci de nous faire parvenir les témoignages!)

Louise Tourret Journaliste

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