Allemagne

Un demi-siècle après sa création, le parti d'extrême droite allemand NPD est au bord du gouffre

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 29.11.2014 à 14 h 28

Repéré sur Der Tagesspiegel, Die Zeit

NPD le 1er mai 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch

NPD le 1er mai 2013. REUTERS/Fabrizio Bensch

Le 28 novembre 1964, quelques centaines de nationalistes conservateurs et d'anciens nazis réunis dans une auberge à Hanovre créaient le NPD, le parti national-démocrate d'Allemagne, rappelle le quotidien berlinois Der Tagesspiegel, qui note que «cela fait de lui la plus ancienne des formations d'extrême-droite en Europe, peut-être même au monde».

À cette époque, le «miracle économique», qui avait permis à l'Allemagne laminée de l'après-guerre de se redresser en quelques années à peine, n'était plus qu'un souvenir, le chômage était en augmentation et les revendications pacifistes et libertaires des mouvements étudiants de gauche effrayaient les couches conservatrices de la société allemande. Un terreau parfait pour les fondateurs du NPD, qui avec 4,3% des suffrages échoua de peu à entrer au Bundestag en 1969, faute de dépasser le seuil de 5% nécessaire pour obtenir des sièges à l'assemblée parlementaire de la République fédérale.

Le NPD comptait alors environ 30.000 membres; il n'en compte plus aujourd'hui que 5.000. Après avoir connu un nouvel essor dans les années 1990 sous la conduite d'Udo Voigt –qui est aujourd'hui élu au Parlement européen– puis au début des années 2000, en se hissant au parlement de Saxe en 2004 avec 9,2% des voix puis deux ans plus tard à celui du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale avec 7,3% des voix, le petit parti d'extrême droite traverse aujourd'hui une grave crise, avant tout identitaire, avance Der Tagesspiegel, qui le compare au FN et estime qu'il n'a pas su se moderniser comme son cousin français, ayant toujours une image de «petit revenant du NSDAP»:

«Alors que les partisans de la droite réunis autour de Marine Le Pen propagent leur propre «dédiabolisation», échangent l'antisémitisme contre l'islamophobie moderne et ont énormément de succès, le NPD est resté en un demi-siècle d'existence un phénomène marginal.»

Mis à part son entrée historique au Parlement européen cette année (mais le parti n'a obtenu qu'un siège alors qu'il en visait trois), les mauvais résultats du NPD aux dernières élections élections en témoignent: à la rentrée, le parti d'extrême droite a perdu ses sièges au parlement de Saxe (4,95%) et réalisé de très mauvais scores aux élections du parlement de Thuringe (3,6%) et du Brandenbourg (2,2%).

La tête du parti est également dans la tourmente ces dernières années, faisait remarquer l'hebdomadaire Die Zeit début novembre, dans un article de l'élection du nouveau président du NPD, Frank Franz. Âgé de 35 ans seulement, cet ancien officier d'artillerie dans l'armée allemande devenu kinésithérapeute puis programmeur et graphiste, et qui pose sur son profil Facebook à la manière d'un mannequin, n'est pas très apprécié au sein de son propre parti, où on lui reproche «d'être plus intéressé par sa propre image» qu'à celle du NPD. Avant lui, Udo Pastörs n'a pas tenu un an avant de jeter l'éponge, après avoir pris la place d'Holger Apfel l'hiver dernier, qui dirigea le parti durant deux ans et fut contrait de se retirer après avoir été accusé harcèlement sexuel sur un des jeunes militants du parti.

Le NPD voit aussi une partie de son électorat captée par le nouveau parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD), créé en 2013, dont les idées séduisent les couches conservatrices de la société allemande et qui a remporté 4,7% des voix lors des élections fédérales la même année. Comme le faisait remarquer Le Monde en 2012, «ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de parti d'extrême droite en Allemagne qu'une partie de la population ne partage pas les idées qu'il pourrait véhiculer».

C'est pourquoi plusieurs experts allemands prédisent aujourd'hui une radicalisation du NPD ces prochaines années, comme le déclarait récemment à Der Tagesspiegel Gordian Meyer-Plath, président de l'Office du Land de la Saxe pour la protection de la Constitution:

«Le NPD va poursuivre son cheminement vers la radicalité et coopérer étroitement avec les néonazis, afin de se différencier clairement de l'AfD.»

Il se pourrait d'ailleurs que le NPD finisse par être interdit. En 2001, une demande d’interdiction du parti avait été déposée par le gouvernement allemand devant la Cour de Karlsruhe, au motif qu'il ne respectait pas les principes fondateurs de la constitution allemande. Cette demande avait été rejeté deux ans plus tard en raison d'un vice de procédure, le tribunal constitionnel estimant ne pas pouvoir statuer sur cette question, un grand nombre d'agents des services des renseignements étant infiltrés au sein des structures dirigeantes du NDP. Dix ans plus tard, en novembre 2013, le Conseil fédéral a à son tour déposé une demande d'interdiction.

 

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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