Monde

«Roi», «monarque», «empereur»... La plus vieille insulte politique américaine est de retour

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 28.11.2014 à 14 h 46

Repéré sur Politico

Barack Obama, le 10 novembre 2014 à Pékin. REUTERS/Kevin Lamarque.

Barack Obama, le 10 novembre 2014 à Pékin. REUTERS/Kevin Lamarque.

Vous voulez montrer que vous méprisez le président américain? Traitez-le de «monarque», d'«empereur» ou de «roi».

Les plus vieilles insultes politiques américaines sont de retour, rappelle Politico, par exemple dans la bouche de Ted Cruz, l'un des Républicains les plus influents, qui pourrait entrer en lice lors de la prochaine élection présidentielle. Sur Fox News, la semaine dernière, à l'occasion de l'annonce par Barack Obama d'un ordre exécutif sur l'immigration, il affirmait que, face à un Congrès contrôlé par les Républicains, le président ne devrait pas agir en «monarque». De son côté, John Boehner, le président républicain de la Chambre des représentants, a estimé que «le président a expliqué par le passé qu'il n'était pas un roi, ou un empereur, mais il agit de la même façon».

Lors de la création des Etats-Unis d'Amérique, les pères fondateurs avaient décidé d'isoler le pouvoir exécutif pour ne pas se retrouver dans la même position que face à l'Empire britannique, avec un roi tout-puissant qui n'a pas à répondre de ses actes. La répartition des trois pouvoirs avait donc été décidée selon une séparation stricte entre l'exécutif (le président), le législatif (le Congrès) et le judiciaire.

C'est ce qu'expliquait Le Figaro, peu après la première élection de Barack Obama:

«L'historien Pierre Mélandri explique lui aussi que dès les origines, les pères fondateurs se sont escrimés à mettre en place une présidence suffisamment forte pour assumer la direction du pays, tout en évitant un "monarque envahissant". "Il ne faut pas oublier que les États-Unis sont nés d'une révolution contre un roi", explique-t-il, parlant d'un équilibre subtil, à "l'anglo-saxonne". Et de citer Tocqueville : "Les lois permettent [au président] d'être fort, les circonstances le maintiennent faible."»

Pourtant résume Rob Goodman dans Politico, le système américain n'est pas totalement en rupture avec la monarchie:

«Si nous nous racontons que notre Constitution est débarrassée des pouvoirs qui font un monarque –après tout, les vrais rois ne sont pas sujets à une réélection–, il faut se dire qu'il y a un autre aspect de l'histoire. On raconterait ainsi que le président a gardé les pouvoir traditionnels du monarque et en a pris d'autres –comme le droit de grâce, le rôle de chef d'État ou de "commandant en chef" (hérité de Charles Ier d'Angleterre)– et la façon dont les critiques de la Constitution ont décrit ces pouvoirs comme ceux qu'ils étaient vraiment. Dans une version, un président remplace un roi. Dans l'autre, président est un euphémisme pour roi.»

Le magazine en ligne américain rappelle ainsi qu'après avoir faut usage de son droit de veto, Andrew Jackson avait été surnommé «Roi Andrew Ier», et qu'en libérant les esclaves par ordre exécutif, Abraham Lincoln était devenu «Abraham Africanus Ier»:

«Si Obama était le premier président à être dépeint en tant que roi, nous aurions de bonnes raisons d'aller chercher la fourche la plus proche; mais quand les présidents de tous les partis ont été faits "rois" pendant plus de deux siècles, c'est un signe de quelque chose de plus profond.»

Il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que ce type de critique revient régulièrement envers le chef de l'État. En France, les qualificatifs de «roi» ou d'«empereur» sont tout aussi habituelles envers les présidents. Valéry Giscard d'Estaing, par exemple, a régulièrement été comparé à un roi de France. En 2009, Le Point comparait lui Nicolas Sarkozy à Napoléon Bonaparte. Quatre ans plus tard, le Financial Times qualifiait François Hollande de «monarque en danger». Mais là où les Etats-Unis ont fondé leur indépendance sur la rupture avec une monarchie, la France a elle connu les deux régimes.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte