France

Le jour où Marion Maréchal-Le Pen a lâché son grand-père au bureau politique du FN

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 27.11.2014 à 11 h 51

Jean-Marie Le Pen et Marion-Maréchal-Le Pen le jour de l'élection de cette dernière comme députée du Vaucluse, le 17 juin 2012. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

Jean-Marie Le Pen et Marion-Maréchal-Le Pen le jour de l'élection de cette dernière comme députée du Vaucluse, le 17 juin 2012. REUTERS/Jean-Paul Pélissier.

En cette veille de congrès du Front national à Lyon, beaucoup s'interrogent sur les relations entre Marine Le Pen et son père et l’Histoire du Front national qui vient de sortir en poche (éd. Tallandier) dans une version actualisée, éclaire le sujet.

Dans ce livre de nos anciens collaborateurs Dominique Albertini et David Doucet (dont nous vous avions proposé des bonnes feuilles il y a un an), un chapitre intitulé «Le crépuscule du vieux» raconte en détail le bureau exécutif qui s'est tenu début juillet dernier à Nanterre. C'était quelques semaines après un énième dérapage de Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du parti, qui avait, dans un blog vidéo publié sur le site du FN, déclaré «On fera une fournée la prochaine fois» à propos des artistes ayant pris position après les victoires du FN aux municipales, dont notamment Patrick Bruel.

Le jour de ce bureau exécutif, dans un climat «glaçant», Jean-Marie Le Pen dénonce la «pensée unique», selon les deux auteurs: «Il y a des gens qui ont des logiciels et, quoi qu’on dise, ça débouche toujours sur Auschwitz, que l’on parle d’une tarte à la crème ou d’un sapin. J’ai utilisé le mot de fournée dans son acception normale.» Il se présente aussi en «boxeur» prêt à en prendre «plein la gueule», puis ajoute: «Mais ce que je ne supporte pas, ce sont les coups qui viennent sur le côté ou d’en bas.»

Des déclarations qui ont divisé ce jour-là le bureau politique en deux camps. D’un côté, la vieille garde du FN, représentée par des cadres comme Alain Jamet ou Bruno Gollnisch. De l’autre, derrière Marine Le Pen, la jeune génération, en la personne de Louis Aliot, Florian Philippot, Nicolas Bay et Marion Maréchal-Le Pen, petite-fille du fondateur du FN et nièce de la présidente. D’après les deux auteurs, celle-ci aurait en effet déclaré que «l’utilisation du mot fournée était un élément de diabolisation inutile».

Une déclaration d’autant plus marquante que Marion Maréchal-Le Pen fait figure de fidèle de son grand-père, à qui elle est prête à laisser la tête de liste en région Paca aux régionales de 2015. Elle s’est aussi plusieurs fois opposée politiquement à Marine Le Pen et Florian Philippot, qu’elle affrontera ce week-end dans un «match» sur l’ordre d’arrivée à l’élection au comité central du parti, dont elle part favorite.

Les relations compliquées et à géométrie variable entre Jean-Marie, Marine et Marion Le Pen ont été largement analysées ces jours-ci par la presse: ce jeudi, 20minutes.fr publie un sondage YouGov selon lequel, pour 58% des Français, l’ex-président du FN «nuit à Marine Le Pen dans sa stratégie de conquête du pouvoir», tandis que l’éditorialiste de France Inter Thomas Legrand s’intéresse aux différences entre le «marinisme» et le «jeanmarinisme» et pointe «le combat politique qui se profile entre Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen, qui renoue avec les formes plus classiques de l’extrême droite».

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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