Allemagne

Un atlas des édifices à détruire à Berlin

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 27.11.2014 à 8 h 01

Repéré sur Berliner Zeitung, Der Tagesspiegel

L'Alexa. Mitte/Rand Verlag, Berlin 2014.

L'Alexa. Mitte/Rand Verlag, Berlin 2014.

À rebours de la kyrielle de guides de voyage qui paraissent chaque année pour vanter les charmes de la capitale allemande, trois jeunes Berlinois mordus d'architecture viennent de publier un hilarant atlas qui recense 48 édifices berlinois qui, à leurs yeux, mériteraient d'être détruits, rapporte le quotidien Berliner Zeitung. Parce qu'ils sont moches, parce qu'ils encombrent le centre-ville, parce qu'il faut «faire de la place pour un nouveau Berlin», comme l'écrivent Stephan Becker, Stephan Burkoff et Jeanette Kunstmann dans la préface de leur Abriss-Atlas («atlas de la démolition»). Le premier est architecte, les deux autres journalistes spécialisés en architecture.

La plupart des bâtiments répertoriés dans l'ouvrage sont les immeubles construits à la hâte sur les innombrables terrains vagues dont regorgeait Berlin dans les années qui ont suivi la Réunification: barres d'immeubles anonymes, hôtels bon marché, centres commerciaux d'une laideur éclatante, à l'instar de l'Alexa, un monstre de béton dont la couleur rosée évoque plus la viande avariée que le grès de l'hôtel de ville tout proche, qui selon les auteurs s'intègre parfaitement dans la morosité architecturale de l'Alexanderplatz. Métaphore mouillée d'acide:

«Si l'Alexanderplatz était un buffet froid, l'Alexa serait la boîte de corned-beef.»

L'atlas revêt parfois des allures de petit livre noir de la spéculation immobilière, en dénonçant la «bétonnisation» galopante de la ville. Comme l'explique Stephan Burkoff au quotidien Der Tagesspiegel:

«L'Alexa est symptomatique de l'architecture d'investisseurs, dans laquelle l'aménagement doit se soumettre aux exigences d'efficacité et d'utilisation maximale de la surface.»

Les bâtiments officiels sont également épinglés, à l'instar de la représentation officielle du Bade-Wurtemberg, que les auteurs proposent de raser pour en faire un Biergarten, ou de l'ambassade britannique, accusée de ressembler à une citadelle fortifiée. L'édifice qui abrite la chancellerie, où se trouve le bureau d'Angela Merkel, et que les Berlinois eux-mêmes surnomment la «machine à laver» en raison de sa façade dont la composition évoque celle d'un lave-linge à hublot, écope d'un commentaire cinglant:

«Qu'est censée dire cette géométrie technocratique de notre politique, de notre pays et de notre société? Le fait que nous aimons ériger des murs inutiles dans le monde devrait déjà être suffisamment connu.»

Même le Berliner Dom en prend pour son grade. Pour les auteurs, cette cathédrale de style Renaissance italienne est «le bâtiment nouveaux riches le plus embarrassant que l'Empire allemand, qui de toute façon était des plus crâneurs, ait engendré».

Sous la mocheté, la friche, et un appel aussi vain que poétique à retrouver le Berlin des terrains vagues de l'après-chute du Mur, cet océan de possibilités qu'offrait la capitale de l'inachevé. Comme l'écrit Stephan Becker:

«La ville rêve au moyen des friches, une ville sans démolition serait donc bientôt une cille qui ne rêve plus.»

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