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Ferguson: quand les policiers blancs attribuent une force surhumaine aux hommes noirs

Temps de lecture : 2 min

Une photo de Michael Brown sur une cravate. REUTERS/Robert Cohen/Pool.
Une photo de Michael Brown sur une cravate. REUTERS/Robert Cohen/Pool.

Dans sa déposition devant les jurés, Darren Wilson, le policier qui a tué Michael Brown à Ferguson, explique que l'homme de 18 ans ressemblait à un «démon», et que, même armé, il s'est senti «comme un gamin de 5 ans s'accrochant à Hulk Hogan». Il assure avoir eu l'impression qu'après avoir été touché par une balle, le jeune noir a «bandé les muscles pour courir à travers les balles».

Cette impression d'impuissance face à une force quasi surnaturelle a son origine dans une vision stéréotypée des hommes noirs, rappellent plusieurs articles de Slate.com. Pour Jamelle Bouie, Darren Wilson décrit la «brute noire», une figure de la rhétorique des suprémacistes blancs de la fin du XIXe siècle, quand les médias du sud des Etats-Unis étaient remplis d'articles contre la «bête nègre» et «la grosse brute noire». Cette image n'a jamais complètement disparu des mentalités américaines, explique-t-il. «Les jurés dans l'affaire du passage à tabac de Rodney King ont été prévenus que ce n'était pas le motard noir qu'ils jugeaient», rapporte une dépêche de 1993 sur les délibérations. «Et pourtant ils ont entendus des comparaisons de King avec un "monstre", un "diable de Tasmanie" et un homme "à la force digne de Hulk"».

L'idée que Michael Brown puisse être résistant aux coups de feu rappelle également une étude récente sur les préjugés racistes, note Katy Waldman.

Pour l'étude en question, publiée en octobre 2014 dans la revue Social Psychology & Personality Science, les chercheurs ont notamment montré aux participants des images d'hommes blancs et noirs, et leur ont demandé de dire lequel était le plus susceptible «d'avoir une peau surhumaine assez épaisse pour le protéger de braises incandescentes», ou encore lequel était plus susceptible d'«avoir une force surnaturelle le rendant capable de soulever un tank». Dans 63,5% des cas, les hommes noirs étaient sélectionnés.

Sur Slate.com, le journaliste scientifique Matthew Hutson cite une autre étude réalisée par les mêmes chercheurs sur la perception de la douleur des autres en fonction de leur couleur de peau. Les résultats indiquaient que les infirmières considèrent les hommes noirs comme moins sensibles à la douleur que les blancs (et ils reçoivent en général moins de médicaments antidouleur).

Un des auteurs de ces articles, Adam Waytz de Northwestern University, explique que ces préjugés sur la force et la douleur peuvent en partie expliquer la brutalité de certains policiers. Interviewé par Slate.com, il évoque notamment la façon dont des jeunes Afro-Américains comme Trayvon Martin et Michael Brown sont décrits par les hommes qui les ont tués. «On entend ces histoires d'hommes noirs presque surhumains qui foncent vers un policier et constituent des menaces physiques démesurées.» Dans ces cas-là, les policiers, comme Darren Wilson, disent qu'ils n'ont pas eu le choix:

«Cette attribution de capacités surhumaines pourrait sembler positive... mais nous pensons au contraire qu'il s'agit d'une façon de déshumaniser les Afro-Américains.»

Slate.fr

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