La radio doit-elle s’inquiéter du podcast?

Modulazione di frequenza / Fabrizio Sciami via FlickrCC License by

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Alors que le podcast «Serial» bat des records d’écoutes aux Etats-Unis, un nouveau modèle semble émerger, et la radio pourrait en subir les frais.

Depuis un peu plus de deux mois, les Américains se passionnent et se déchirent autour de l’histoire d’Adnan Syed, qui purge depuis 1999 une peine de prison à vie pour le meurtre de son ex-petite amie de lycée: dans Serial, une série en podcast diffusée directement sur Internet, ils suivent –et nous aussi– la contre-enquête de la journaliste Sarah Koenig, déterminée à découvrir si la justice a mis en prison la personne qu'il fallait.

Cette enquête sur un meurtre vieux de 15 ans a soulevé un engouement sans précédent: en tête des classements de podcasts aux Etats-Unis, en Australie, au Canada et au Royaume-Uni, Serial a été téléchargé 5 millions de fois sur iTunes, et est écouté par plus de 1,5 millions de personnes. Le succès de Serial est tel que l'équipe de l'émission a décidé de lancer une seconde saison et a demandé à ses auditeurs de les aider à la financer.

Cette réussite s'inscrit dans le sillage de l’émission qui l'a lancée, This American Life, elle aussi très populaire dans les classements de podcasts sur iTunes. Ou d'autres podcasts par le passé, comme Welcome To Night Vale en juillet 2013, qui au bout d'un an d'existence, au moment de son anniversaire, fut téléchargé 150.000 fois en une semaine, soit autant qu'en une année d'existence. Dans les deux cas, la popularité est née d'un bouche-à-oreille sur Internet et les réseaux sociaux. 

Mais l'ampleur du succès de Serial symbolise une nouvelle tendance: le podcast prend de plus en plus de place dans notre vie, et risque de grignoter peu à peu le terrain de la radio.

Dans les colonnes du New York Times, David Carr y voit un marché de plus en plus important et cite les chiffres fournis par Edison Research pour les Etats-Unis: 

«Le podcast était au début une nouvelle façon de distribuer des programmes audio sur Internet, mais il progresse de 25 % d’année en année, et presque 40 millions de personnes en écoutent.»

«Quand vous demandez à des jeunes, ils disent écouter la radio publique, mais quand vous insistez plus, ils vous diront qu’ils écoutent des podcasts», explique au journal Charles Kravetz, directeur d’une radio publique de Boston. Grâce à des plateformes comme iTunes et à la démocratisation des smartphones, ce format permet en effet à chacun d’écouter son émission au moment et à l’endroit de son choix.

En France les podcasts ont également du succès. Les émissions du groupe Radio France sont depuis longtemps plébiscitées sous ce format-là. France Culture a par exemple connu en un an une progression de 7 % des téléchargements de ses émissions. Le Parisien expliquait de son côté que, «en juillet 2013, 15,7 millions d'émissions ont été téléchargées en France, contre 12,4 millions en juillet 2012, selon Médiamétrie, avec environ 1 million de podcasteurs hebdomadaires.»

Mais, à l'inverse des Etats-Unis, beaucoup de stations françaises estiment pour l'instant que, plutôt que dans le podcast, l’avenir de la radio se situe dans le streaming en ligne. Marie-Dominique Cheuvreux, directrice des études de Radio France, l'explique au Parisien: «avec la 4G le streaming va se développer, [...] les podcasts sont toujours dans une tendance de progression, mais moins rapide actuellement que l'écoute en streaming différé.» Une bonne chose selon le point de vue des radios, car en streaming différé, les publicités sont maintenues, quand le podcast, lui, n'est pas encore monétisé, et peu pris en compte dans les mesures d'audience.

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