France

La Cinquième, une République conservatrice à réformer d'urgence

Cercle des nouveaux réformistes et Roman Baudin et Hadrien Ghomi et Adrien Rogissart, mis à jour le 05.12.2014 à 14 h 26

Nous n'avons pas besoin d'un homme providentiel. Ce qu'il faut, c'est assurer l’égalité des citoyens entre eux, tout en leur donnant les moyens de prendre collectivement leur destin en main. Une tribune du think tank le Cercle des nouveaux réformistes.

Le palais de l'Elysée. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Le palais de l'Elysée. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Vivons-nous une crise de régime? Les dysfonctionnements et l’inadaptation de la Ve République aux évolutions de notre société sont régulièrement dénoncés par les politiques de tous bords. Le constat est sévère: notre régime favorise tous les blocages, archaïsmes et autres cérémoniaux humiliant chaque jour un peu plus notre système démocratique. Force est de constater que notre République n’est plus que l’écrin d’un conservatisme moral et politique, déconnecté des attentes réelles des citoyens.

La Cinquième est conservatrice,  il faut en sortir!

Une démocratie moderne n’a pas besoin d’un quelconque «homme providentiel», produit de circonstances historiques exceptionnelles, réelles ou fantasmées. Notre idéal démocratique a pour principal objectif d’assurer l’égalité des citoyens entre eux, tout en leur donnant les moyens de prendre collectivement leur destin en main.

Les origines historiques de la Ve République annonçaient déjà les difficultés qui la consument aujourd’hui. Notre régime est issu de l’effondrement de l’Empire français dans les flammes et les horreurs de la Guerre d’Algérie. La IVe République, minée par le paradoxe colonial et un système parlementaire instable, n’avait alors plus qu’à remettre les clés du pouvoir au général de Gaulle, incarnation d’un césarisme d’un autre âge.

Depuis 1958, les temps ont changé: notre société a évolué et la représentation politique avec. Il n’est pas rare de lire ou d’entendre des éditorialistes qualifier notre régime de «monarchie républicaine». A quelques centaines de mètres du Palais de l’Elysée, le Parlement met en mots et en actes les orientations de l’exécutif présidentiel, se contentant d’un rôle de chambre d’enregistrement, à défaut d’être un lieu de décision à part entière. Aujourd’hui, une telle prééminence du président de la République n’est ni justifiable, ni souhaitable.

Ne nous voilons pas la face: le régime semi-présidentiel à la française est largement remis en cause. Elu au suffrage universel tous les cinq ans, le président de la République dispose d’un pouvoir considérable, sans que lui soient opposés les contre-pouvoirs législatifs et judiciaires propres au régime présidentiel étasunien.

Nous devons en finir avec ces aberrations autocratiques.

A l’instar du think tank américain le Peterson Institute, nous proposons de retirer au président de la République le droit de nommer le Premier ministre, ainsi que celui de dissoudre l’Assemblée nationale. Une fois élu par la majorité parlementaire, le chef du gouvernement pourra remplir pleinement ses prérogatives, actuellement définies à l’article 20 de la Constitution de 1958.

Mettons en place une véritable participation des citoyens aux prises de décision

La société française est complexe, «difficile à gouverner» nous expliquent les indécrottables défenseurs d’un statu quo institutionnel. Certes. Mais ils omettent de préciser que la Ve République est incapable de proposer les espaces de réflexion, de négociation et de décision adaptés –et nécessaires– au fonctionnement d’une démocratie aboutie, qui reconnaît le pluralisme et vise la construction d’une société harmonieuse.

La gauche doit résolument se tourner vers un processus de transformation du régime juridico-institutionnel qui la tue à petit feu quand elle est au pouvoir, et la pousse à participer à la mascarade lorsqu’elle est retranchée dans l’opposition parlementaire. L’horizon des forces progressistes doit être la construction d’un projet collectif –démocratique et puisant aux sources des valeurs révolutionnaires– de transformation profonde de notre République.

Organisons les Etats généraux de la Démocratie

 

Ce projet politique sera long et difficile à mettre en œuvre. Précisons quelques pistes méthodologiques pour le mener à bien.

Organiser des Etats généraux de la Démocratie sur l’ensemble du territoire national.

Le développement des techniques d’information et de communication donne progressivement corps au rêve d’une véritable participation des citoyens aux prises de décision publique. Appuyons-nous sur les outils numériques pour récolter des propositions, faire naître le débat, et déterminer les grandes orientations de ce projet démocratique.

Nous avons récemment assisté à la naissance de nombreuses initiatives démocratiques innovantes: budgets participatifs, jurys citoyens, sondages délibératifs, etc. Inspirons-nous de ces exemples, et engageons les citoyens à délibérer, et à déterminer eux-mêmes les contours de cet ambitieux projet institutionnel, en organisant dans toute la France des Etats généraux de la Démocratie.

Enfin, donnons-nous le temps. Le temps pour choisir, et le temps pour changer. Autant de temps pendant lequel cette mise en œuvre devra être préservée des tribulations politiques, qui font peser sur toute tentative de réforme l’ombre du confortable immobilisme. Ne soyons pas néanmoins naïfs, la démocratie est un apprentissage parfois douloureux, un chemin semé d’embuches. Comme à Saillans, il faudra élaborer, ensemble, des modèles de démocratie, les confronter à la réalité, les amender, revenir sur nos pas, et puis repartir.

En ouvrant les vannes de la créativité populaire, un espace médiatique considérable est mis à la disposition d’idées actuellement tues. C’est un projet d’envergure. Nécessaire quand le discrédit des figures politiques atteint son paroxysme, et alimente le populisme le plus grossier. Ambitieux, assurément. Risqué, sans aucun doute. Mais, comme l’écrivait René Char, «impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront». Ne cédons pas à la dérive indolore –mais néanmoins fatale– de nos institutions, et choisissons enfin notre destin démocratique!

Roman Baudin
Roman Baudin (1 article)
Hadrien Ghomi
Hadrien Ghomi (1 article)
Adrien Rogissart
Adrien Rogissart (1 article)
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