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Une romancière argentine apprend sur Wikipédia qu'elle va mourir le 26 novembre 2014

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 24.11.2014 à 13 h 01

Repéré sur El Pais, La Nacion

Capture d'écran de la page Wikipédia de Claudia Piñeiro.

Capture d'écran de la page Wikipédia de Claudia Piñeiro.

«Je ne suis pas morte demain.» Tel est le titre d'une tribune de l'auteure argentine Claudia Piñeiro, publiée dans le quotidien espagnol El Pais.

Elle y a raconte comment elle a découvert la date de sa mort –le 26 novembre 2014 à 16h45– sur Wikipédia.

«Il y a un peu plus de deux semaines –un dimanche, au milieu de la nuit, j'étais déjà au lit un peu avant d'éteindre et de dormir–, j'ai jeté un dernier coup d'œil aux réseaux sociaux et à mes emails. Une grave erreur si l'on veut dormir tranquillement. Mais j'étais là, en train de lire un tweet de quelqu'un que je connaissais et qui me disait: "@claudiapineirao J'ai eu peur quand je suis allé sur Wikipédia et que j'ai vu que tu étais morte. Mais quand je me suis rendu compte que c'était dans le futur, j'ai été rassuré."

 

Cela l'a peut-être rassuré lui, mais moi, pas vraiment. Après le premier choc, je suis allée sur ma page Wikipédia, quelque chose que je n'avais pas encore fait, et il y avait ce passage: "Elle est morte le 26 novembre 2015 [sur la page, il est en fait écrit 2014, ndlr], à 16h45."»

L'auteure argentine était déjà revenue sur cet évènement dans le quotidien La Nacion, il y a un peu moins d'un mois. Dans El Pais, elle raconte comment des gens qu'elle ne connaissait pas lui ont expliqué le fonctionnement de Wikipedia et comment certains ont retrouvé le lieu associé à l'IP qui est censée avoir entré la date de sa mort sur l'encyclopédie en ligne. D'autres lui ont donné la latitude et la longitude d'où venaient la modification, pendant qu'un dernier lui a présenté une capture d'écran montrant, sur Google Maps, la probable maison du «tueur».

Elle dit ne pas savoir qui est à l'origine de cette modification et ne pas le vouloir. Mais l'auteure de 54 ans imagine un jeune d'une vingtaine d'années, qui s'ennuie un dimanche soir et qui n'imagine pas le mal qu'il lui a fait:

«L'anonymat est le grand talon d'Achille du système virtuel. Avant, il y a quelques années –ce qui semble être la préhistoire–, quand on voulait insulter quelqu'un, lui casser la gueule ou même le poignarder, il fallait se mettre face à lui et le regarder. Avoir un contact visuel, ne serait-ce qu'un instant.

 

Dans ce bref moment juste avant l'agression, les deux, agresseur et agressé, étaient des personnes. Aujourd'hui, dans ce monde virtuel, ce n'est plus le cas. Nous ne savons plus qui nous agressons. Mais le pire, c'est que nous ne réalisons pas que l'agressé est aussi une personne qui peut soufrir de notre acte. Arrêter de nous regarder avant de nous blesser, de nous embrasser, de nous toucher... je crois que c'est l'un des principaux risques des réseaux sociaux.»

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