Sports

Comment vérifie-t-on l'identité sexuelle des athlètes?

Slate.com, mis à jour le 25.08.2009 à 12 h 01

Un simple coup d'oeil sur les organes génitaux des athlètes ne suffit pas à déterminer leur identité sexuelle.

Mercredi 19 août, Caster Semenya, une Sud-Africaine de 18 ans, a gagné la médaille d'or du 800 mètres femmes aux championnats du monde d'athlétisme. Cependant, Semenya n'a guère eu l'occasion de célébrer sa victoire, car elle a «été l'objet de rumeurs et de médisances au sujet de sa morphologie et ses traits masculins.» En conséquence, la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) a demandé à la coureuse de passer un test de «vérification d'identité sexuelle.» En 2006, Melonyce McAfee expliquait qu'il n'était pas si simple de distinguer un homme d'une femme.

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En 2006, l'athlète indienne Santhi Soundararajan perdait sa médaille d'argent gagnée aux Jeux asiatiques, après que le Comité Olympique Indien eut annoncé qu'elle avait échoué à un test d'identité sexuelle qu'elle avait passé peu après sa course. Un «test d'identité sexuelle» est-il aussi facile à réaliser qu'il en a l'air?

Non. Vous ne pouvez pas savoir si un athlète est homme ou femme en jetant tout simplement un œil sur ses organes génitaux. Certains individus sont nés avec des organes sexuels ambigus pendant que d'autres ont une anatomie visible qui ne correspond pas à leurs chromosomes sexuels. Les craintes que des athlètes masculins concourent avec des femmes aux Jeux olympiques ont conduit à la mise en place d'examens médicaux obligatoires pour les femmes pendant les années 60, qui ont été rapidement supplantés par des tests d'identité sexuelle basés sur les chromosomes. Des officiels prenaient des échantillons de salive et faisaient un simple test pour vérifier la présence de deux chromosomes X. Cette méthode s'est avérée peu fiable, car il est possible pour un homme biologique d'avoir un deuxième chromosome X (XXY) ou pour une femme d'avoir un seul chromosome X.

Le sexe d'un embryon est déterminé très tôt dans son développement. Si certains gènes qui déterminent le sexe sont présents, le foetus développera des gonades, qui, à leur tour, produiront de la testostérone. C'est la testostérone qui fait du fœtus un garçon. Normalement, les gènes importants pour cette différenciation se trouvent sur le chromosome Y.  A partir des J.O. d'hiver de 1992, les officiels ont testé la présence d'un de ces gènes, appelé SRY (la région déterminant le sexe du chromosome Y) - si vous l'aviez, vous ne pouviez pas concourir avec les femmes. Mais ce test n'a pas marché non plus. La présence du gène SRY, ou même d'un chromosome Y, n'indique pas toujours qu'une personne est un homme. Certains individus nés avec un chromosome Y développent tous les traits physiques d'une femme à part les organes sexuels féminins. Ceci peut être le résultat d'une mutation d'un des gènes sensibles à la testostérone. Un individu atteint de cette disposition (appelée «syndrome d'insensibilité aux androgènes» [AIS]) peut bien posséder des chromosomes XY et même des gonades. Mais elle sera une femme, parce que son corps est insensible à la testostérone qu'il produit. Les autres symptômes du syndrome sont des organes génitaux sans poil et l'absence de règles. (Il y a des rapports indiquant que Soundararajan «n'avait pas encore atteint l'âge de la puberté»).

Puisque la testostérone aide au développement des muscles et de la force, un cas de syndrome d'insensibilité aux androgènes ne donnerait pas à une athlète un avantage compétitif; ça serait plutôt un handicap. Sept des huit femmes qui ont été testées positives à la présence d'un chromosome Y pendant les Jeux Olympiques d'été de 1996 à Atlanta avaient une forme d'AIS. On leur a permis de concourir.

A la fin des années 1990, le Comité international olympique (CIO) a commencé à faire des évaluations plus complexes menées par un panel d'experts pour prendre en compte toutes ces ambiguïtés. Le panel se constitue de gynécologues, d'endocrinologues, de psychologues et d'experts des questions de transgenre. Les officiels cherchent toujours les gènes du chromosome Y; les gynécologues pratiquent des examens médicaux; les endocrinologues diagnostiquent des mutations génétiques et des dispositions hormonales qui en sont le résultat; et les athlètes pourront recevoir du soutien psychologique si elles en ont besoin.

Le test obligatoire d'identité sexuelle pour participer aux Jeux Olympiques a été arrêté en 1999, mais les règlements du CIO et de l'IAAF permettent de réaliser de tels tests si le sexe d'une athlète est contesté par une autre athlète ou équipe ou par les officiels de l'événement sportif. (On dit que le contrôle de Soundararajan est issu d'une telle contestation). Certaines athlètes sont appelées pour un examen complet suite au contrôle anti-dopage où elles donnent un échantillon d'urine.  Des officiels suivent en effet toute la procédure pour s'assurer que les athlètes n'échangent par leur urine pour celle d'une autre, ils peuvent donc à cette occasion signaler une personne dont les organes génitaux ne correspondent pas au genre déclaré.

Par ailleurs, des athlètes qui ont eu des interventions médicales pour changer de genre sont autorisés à concourir dans la catégorie correspondant à leur nouveau genre, à condition qu'ils (ou qu'elles) suivent les règles.

Melonyce McAfee.

Traduit par Holly Pouquet.

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Image de Une: Kim Kyung Hoon / Reuters

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