LGBTQ / Monde

A la prison centrale pour hommes de Los Angeles, les gays et transgenres ont une aile rien que pour eux

Temps de lecture : 2 min

Il n’existe pas d’équivalent, aux Etats-Unis, de la «K6G» de la prison centrale pour hommes de Los Angeles. Parmi les 21 plus grands établissements pénitentiaires urbains des Etats-Unis, celui de LA est le seul à disposer d’une aile totalement réservée aux gays et transgenres, où ils vivent séparés du reste de la population carcérale. C'est ce que l'on découvre dans un reportage du Los Angeles Weekly (repéré par Reader), qui est allé y filmer des scènes de vie quotidienne.

Dans la K6G, les prisonniers peuvent s’exprimer: ils décorent leur chambre, organisent des «dortoirs-dating» ou un défilé de mode avec des vêtements créés à partir de leurs draps de prison et de leurs objets du quotidien:

«Techniquement, les détenus détruisent la propriété du Département quand ils réutilisent leurs blouses de prison, les rasoirs et t-shirts officiels. [...] cependant [...] la réprimande n’a pas tellement de sens quand les détenus sont engagés dans des activités inoffensives»

L’entraide est aussi bien plus importante. Les «House mouth», ces détenus connus pour leur attitude de soumission ou leur connivence avec les supérieurs, sont mieux vus que dans le reste de l’établissement. Ils sont élus par les autres prisonniers et chargés de rapporter les doléances à l’administration.

Mais surtout, cette aile est un relatif «havre de paix» au sein de la prison centrale pour hommes de Los Angeles. L’établissement est connu pour sa violence: sept geôliers ont été condamnés cette année pour usage excessif de la force contre les détenus, dont la population est décrite comme un «chaudron de tensions raciales».

L’aile K6G a été créée en 1985, en réponse à un procès intenté par l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), afin de protéger les homosexuels de la violence physique. En prison, ces derniers y sont particulièrement exposés:

«En 2007, une étude des détenus californiens a montré que 5% des détenus hétérosexuels ont été victimes d’agressions sexuelles incluant le viol, contre un chiffre stupéfiant de 67% pour les détenus gays, bisexuels et transgenres.»

Le concept a marché au point que le caractère plus sécurisant de cette aile attire des détenus hétérosexuels, qui font semblant d’être gays pour pouvoir l’intégrer. Ce sont notamment les ex-membres de gangs qui craignent la confrontation avec de vieux ennemis, explique le reportage. Ducan Roy, le producteur du reportage, évoque aussi les détenus qui se font arrêter pour rejoindre leur partenaire ou les hétérosexuels attirés par les femmes transexuelles.

Les autorités ont donc pris des mesures:

«Le département du Shérif emploie un “agent de classification” pour éliminer les imposteurs, à travers une série de questions test discutables sur la culture gay [...] par exemple de demander aux détenus gays de nommer un bar local gay qu’ils fréquentent. Si un détenu entrant nomme correctement un bar gay à LA, Machado [le shérif] leur pose immédiatement une suite de questions plus difficiles, comme “Quels sont les droits d’entrée?”»

Le directeur exécutif du Centre pour la Justice sexuelle de Washington estime que ces questions se fondent sur des stéréotypes de la culture LGBT, et peuvent par exemple exclure certains hommes gays et transgenres qui ne s’intéressent pas à la vie nocturne.

Il ne faudrait enfin pas croire que l’aile K6G a éliminé tous les problèmes de la vie en milieu carcéral. Les violences y existent encore, qu’elles soient liées aux relations entre prisonniers ou exacerbées par les symptômes du manque chez les transexuels qui prennent des hormones. Le système carcéral n’est pas non plus équipé pour gérer les problèmes d’addiction.

Pourtant, comme l’exprime Ducan Roy, qui a lui-même séjourné au sein de la K6G:

«On est toujours à la recherche d’espoir en prison, l’espoir que les choses vont changer, l’espoir d’une libération anticipée. Les gens vivent toujours dans l’espoir que les choses vont être différentes, qu’elles changeront.»

Slate.fr

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