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Son nom est Bond, Social Impact Bond et il veut sortir la finance sociale de la philanthropie

Des euros / Images Money via FlickrCC / TaxRebate.org.uk / License by

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Le secteur social doit désormais prouver son efficacité. Pour cela, il innove.

Longtemps, financer l'action sociale a relevé de la philanthropie. Privée, ou publique. D'un côté, l'Etat ou les collectivités subventionnaient les associations caritatives, tandis que les particuliers versaient une obole, sporadique pour certains, ou institutionnalisée pour les mieux lotis. Certains ont ainsi créé de tentaculaires fondations. Tel le Wellcome Trust britannique, créé grâce à la fortune d'Henry Wellcome et qui finance la recherche médicale; ou encore la Bill et Melinda Gates Foundation fondée par l'ex-PDG de Microsoft.

Ce modèle de financement semble aujourd'hui avoir atteint ses limites: il ne suffit tout simplement pas à développer un tissu d'organisations sociales pérennes et efficaces. Bien souvent, associations, fondations ou entreprises sociales restent de petite taille et doivent travailler de façon artisanale. Réduisant d'autant leur impact.

Les exceptions existent, bien sûr, comme, en France, Médecins sans Frontières, ou le Groupe SOS, qui compte plus de 10.000 salariés. Mais la règle dans le secteur reste plutôt la TPE ou la PME, tandis que les multinationales se comptent sur les doigts de la main!

Ainsi, quand 50.000 nouvelles entreprises américaines ont, au cours du dernière quart de siècle, passé la barre des 50 millions de dollars de chiffre d'affaires, seulement 144 organisations sociales ont réussi à faire de même, note le récent rapport du groupe de travail sur l'investissement d'impact rédigé par Sir Ronald Cohen à la demande du G8.

Ce modèle de financement est en outre en danger: partout dans le monde, la puissance publique baisse largement les bras, empêchées par des déficits parfois abyssaux. Et préfère désormais acheter des services au secteur social –moyennant des appels d'offres–  plutôt que, simplement, le subventionner. Moins sûr, le financement des entreprises sociales devient aussi du coup plus partiel: elles obtiennent des fonds pour des projets, et non pour le développement de leur structure.

Des exigences d'efficacité

Quant aux fondations, elles restent richement dotées: leurs avoirs représentent 150 milliards de dollars aux Etats-Unis, 100 milliards de livres au Royaume-Uni, 100 milliards d'euros en Allemagne et 44 milliards de dollars au Canada, toujours selon le rapport de Sir Ronald Cohen. Mais, de plus en plus, elles tentent de se comporter comme de vrais fonds d'investissements, avec des exigences de rentabilité: financière d'abord, même si elles se montrent moins gourmandes que les fonds d'investissements classiques, mais aussi, et surtout, sociale. 

Le secteur social doit donc désormais prouver son efficacité, ou, comme il est désormais de bon ton de l'exprimer, son «impact». Une exigence partagée par tous les autres fonds d'investissements que l'économie sociale essaie de séduire: fonds de retraite, fonds «pétroliers», fonds de placements collectifs, ou, tout simplement, business angels.

D'où le développement de nouvelles méthodes d'évaluation de l'impact social d'une entreprise (où il faut se familiariser avec la notion de «social return on investment», ou «retour social sur investissement»), et de systèmes de certifications spécifiques. Avec notamment la création il y a quelques années aux Etats-Unis de la certification B Corporation: un label délivré par le B Lab  à déjà 1.000 entreprises dans le monde et prouvant que les entreprises répondent à toute une liste d'exigences sociales et environnementales.

Au niveau plus micro-économique, les travaux d'Esther Duflo reposent aussi sur une évaluation précise des conditions d'efficacité de l'action sociale.

L'innovation financière au service du social?

Mais, parallèlement, se développe aussi une certaine innovation financière au service de l'inclusion sociale. Celle-ci peut prendre différentes formes: certaines monnaies complémentaires, par exemple, sont des outils de financement social. Tel le Makkie lancé dans une banlieue d'Amsterdam: cette monnaie favorise les actions locales en faveur de l'environnement et du lien social. Ou encore le Spice au Royaume-Uni, qui est un système d'échange de services assez similaire aux SEL (systèmes d'échanges locaux) français mais qui cherche à se développer pour devenir plus universel. 

Très différents sont les SIB ou Social Impact Bonds, qui suscitent ces dernières années une grande curiosité dans le monde de l'entrepreneuriat social. Leur principe? Les pouvoirs publics confient à une organisation sociale une action sociale précise: faciliter l'accès à l'emploi des adolescents sans diplôme, limiter la déscolarisation des filles en Inde, limiter les grossesses non volontaires chez les adolescentes, etc.

Ensemble, les deux contractants se fixent des objectifs de résultats, forcément meilleurs que les résultats actuels. S'ils sont atteints, les investisseurs qui auront mis leur argent dans l'organisation sociale choisie percevront un certain taux de retour sur leur investissement. S'il est dépassé, cette rémunération sera encore augmentée. Si, en revanche, il n'est pas atteint, les investisseurs ne toucheront rien: ils auront alors effectué un simple don caritatif.

La puissance publique, autrement dit, paie non pas pour une action, mais pour un résultat.

Le premier de ces SIB, et aussi le plus connu, est le Peterborough Social Impact Bond: lancé en 2010, pour une durée de 7 ans et un coût de 5 million de livres, il vise à faciliter la réinsertion et diminuer la récidive de 3.000 prisonniers condamnés à de courtes peines. Avec un objectif précis: faire baisser à moins de 7,5% le taux de récidive dans l'année suivant la remise en liberté. Pour l'instant, les résultats sont meilleurs qu'auparavant, mais pas encore suffisants pour justifier des paiements.

Ce type de montage financier reste encore marginal puisqu'il concernerait une centaine de millions de dollars au total actuellement. Et, en France, ils sont loin de susciter l'enthousiasme.

Mais quel que soit leur succès, ils introduisent de nouvelles façons de réfléchir à l'impact social: pour calculer le «rendement» des SIB, il faut, par exemple, calculer le coût de la réinsertion d'un prisonnier. 

Au Royaume-Uni, une base de données de «coûts sociaux» est ainsi accessible sur Internet: on y apprend par exemple que l'alcoolisme coûte chaque année et par personne concernée 1.800 livres à la NHS (autorité de santé). Ou qu'il ne coûte que 642 livres de donner de l'aide à des personnes sans abri qui leur permette de ne plus être sans abri. 

Shocking? En réalité, ce type de calcul existe déjà depuis longtemps en matière, par exemple, d'environnement ou d'économie de la santé.

Reste à savoir jusqu'où le social et l'économique peuvent cheminer harmonieusement ensemble. 

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