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La confidentialité dont Facebook ne vous parle jamais

Will Oremus, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 20.11.2014 à 17 h 06

Le réseau social vous permet simplement de gérer ce que vous montrez aux autres, comment les autres interagissent avec vous et ce que vous voyez. Ce qui est très bien. En revanche, dans les «notions de base sur la confidentialité», vous ne trouverez pas comment contrôler ce que vous montrez à Facebook.

REUTERS/Ognen Teofilovski

REUTERS/Ognen Teofilovski

Début novembre, Facebook a lancé une nouvelle page, les «Privacy Basics», ou notions de base sur la confidentialité. Avec des graphiques inspirés, des animations rigolotes et une présentation simple et claire, la rubrique tient davantage du tutoriel interactif que du jargon juridique.

Pas à pas, elle vous expliquera comment modifier les paramètres de sécurité de vos posts et de votre profil, comment gérer votre liste d'amis, unfollower des gens et éviter qu'on vous tague sur des images sans votre permission. Et elle vous dira même comment personnaliser ce qui apparaît dans votre fil d'actualité, publicités y compris.

Ces paramètres sont divisés en trois catégories: ce que vous montrez aux autres, comment les autres interagissent avec vous et ce que vous voyez.

Mais il y a une catégorie que vous ne trouverez pas dans ces nouvelles «notions de base sur la confidentialité»: comment contrôler ce que vous montrez à Facebook.

Et c'est parce que Facebook ne propose aucun paramètre pour ce type de confidentialité. Facebook voit tout ce que vous faites sur Facebook, en garde la trace et s'en sert pour concevoir un modèle interne toujours plus précis de votre personne. Un modèle qui va de vos informations personnelles à vos likes et préférences, en passant par les gens avec qui vous interagissez et comment vous interagissez avec eux. Et il n'existe aucun moyen de le modifier dans les paramètres de confidentialité.

De fait, les données que Facebook recueille sur vous ne sont même pas mentionnées dans sa judicieuse nouvelle rubrique.

Pour en savoir plus, vous devrez cliquer sur l'onglet «Politique d’utilisation des données» dans le haut de la page «Privacy Basics». 

Cette nouvelle politique, annoncée elle aussi début novembre, deviendra effective dans quelques jours après une période ouverte aux commentaires. Et si la présentation de cette nouvelle politique est bien plus claire que ce qui peut se faire chez d'autres acteurs du secteur, l'ensemble n'est évidemment pas aussi ergonomique et limpide que les «notions de base sur la confidentialité».

Dans cette politique d'utilisation des données, pas de tutoriels interactifs ou de mignonnes animations.

Détaillées paragraphe après paragraphe, vous n'y trouverez que les données que Facebook collecte à votre sujet, de la date d'une photo au lieu où vous l'avez prise, en passant par les contacts de votre carnet d'adresses ou encore le numéro de votre carte bleue, si jamais vous en venez à acheter quelque chose sur le site. (Comme le souligne Peter Kafka de Re/Code, ce sont les bases de futures incursions de Facebook du côté du e-commerce).

Et ces données que Facebook recueille sur vous ne se limitent pas à votre fréquentation du réseau social. Quand vous quittez Facebook, vu que l'entreprise ne cesse d'étendre ses activités publicitaires, elle surveille aussi vos habitudes de navigation web (à l'image de Google et d'autres) et mobile, même sur des applications qui ne lui appartiennent pas. Le tout pour aider les publicitaires à vous proposer des annonces toujours plus personnalisées.

Que Facebook rende encore plus simples à utiliser ses paramètres de confidentialité est merveilleux. Il est important de pouvoir contrôler ce que vos amis, connaissances et parfaits inconnus peuvent voir de vous et, sur ce point, Facebook n'a cessé de s'améliorer depuis ses débuts.

Mais il faut aussi se rappeler que, sur Facebook, il existe deux types de confidentialité: celle qui concerne ce que vous montrez aux autres, et celle qui concerne ce que Facebook peut voir de vous. Avec sa nouvelle rubrique, Facebook met en lumière la première d'une manière susceptible d'obscurcir la seconde.

D'un point de vue commercial, la chose est parfaitement sensée, vu que les données extraordinairement détaillées que Facebook recueille à votre sujet lui permettent d'extraordinaires recettes publicitaires, chiffrant à plusieurs milliards de dollars.

Facebook fait sûrement vraiment très attention aux informations sensibles de ses utilisateurs, mais aucun système n'est infaillible.

 

Pourquoi faudrait-il vous soucier de ce que vous montrez à Facebook? Bien sûr, aux yeux de Facebook, une telle préoccupation est inutile. Quand elle les vend à des tiers, l'entreprise affirme anonymiser toutes vos données. Et ces tiers sont donc dans l'impossibilité de relier vos données comportementales ou démographiques à des éléments plus personnels –votre nom ou votre adresse mail, par exemple. Facebook vous demande donc implicitement d'accorder une confiance aveugle à ses propres mécanismes de sécurité. En bref, Facebook vous demande de ne pas avoir peur des énormes quantités de données personnelles que Facebook recueille, parce que Facebook n'utilisera ces informations qu'à des fins inoffensives, comme vous montrer des publicités adaptées à votre profil.

Mais le fait est que, pour beaucoup de gens, le gigantesque dossier que Facebook possède sur ses utilisateurs est un réel sujet de préoccupation. Selon un récent sondage Pew Research, 91% des adultes américains pensent que les consommateurs ont perdu le contrôle de leurs données personnelles et n'ont aucun moyen de savoir ce que collectent exactement les entreprises et ce qu'elles en font. Plus précisément, 80% des usagers des réseaux sociaux se disent préoccupés par l'accès que peuvent avoir des tiers aux données qu'ils y partagent.

Et ils ont raison de se faire du souci parce que, voyez-vous, des erreurs sont toujours possibles. Il arrive que des serveurs se fassent pirater, que des informations tombent entre de mauvaises mains et que la NSA conçoive des backdoors. A mon avis, Facebook fait vraiment très attention aux informations sensibles de ses utilisateurs, mais aucun système n'est infaillible. Et, par ailleurs, rien n'empêche à une entreprise de changer d'avis sur ce qu'elle s'autorise à faire avec les données collectées.

Si vous êtes du genre à vous soucier du second type de confidentialité, les nouvelles «notions de base» de Facebook pourraient même sentir l'entourloupe.

Mais il faut noter que Facebook permet désormais de contrôler au moins un type d'utilisation de vos données. Sauf que le site ne le crie pas sur les toits. Si vous lisez attentivement la politique d'utilisation des données, vous allez tomber sur ce paragraphe:

En cliquant sur «contrôler», vous allez tomber sur un autre petit paragraphe qui vous invite à aller sur le site de l'association European Digital Alliance, où vous pourrez apprendre comment désactiver la publicité dite comportementale sur plusieurs sites, dont Facebook. 

La technique n'est pas parfaite, vu que ces sites auront toujours la possibilité de collecter vos données de navigation. Mais ils vous jurent qu'ils ne s'en serviront qu'à des fins publicitaires. Parole de scout.

Will Oremus
Will Oremus (151 articles)
Journaliste
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