Sports

Les cinq épisodes les plus rocambolesques de l'affaire des matchs peut-être truqués de L2

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 19.11.2014 à 15 h 24

Une tentative d'arrangement qui débouche sur une large défaite, un intermédiaire haut en couleurs, des caisses de vin: quand les Pieds nickelés font la L2.

Au stade d'Ornano de Caen, en septembre 2014. REUTERS/Stéphane Mahé.

Au stade d'Ornano de Caen, en septembre 2014. REUTERS/Stéphane Mahé.

Avec celle des transferts suspects de l'OM, c’est l’autre affaire qui agite le football français depuis vingt-quatre heures: en avril et mai 2014, le Nîmes Olympique (L2) aurait tenté à plusieurs reprises de corrompre des adversaires pour pouvoir sauver, de justesse, sa place dans l’antichambre de l’élite.

Une dizaine de personnes sont à l’heure actuelle en garde à vue dans ce dossier qui, de ce qu’on a pu lire pour l’instant, notamment dans le Canard enchaîné qui publie des extraits d'écoutes téléphoniques, laisse l'impression de lire un épisode des Pieds Nickelés en L2: formules mythiques, personnages et situations improbables... La preuve en cinq points.

1.La tentative de match arrangé avec un club sous surveillance

La première tentative de corruption évoquée par le Canard enchaîné concerne le CA Bastia, le 11 avril 2014: selon l'hebdomadaire satirique, Jean-Marc Conrad, le président de Nîmes, et Serge Kasparian, un de ses actionnaires, auraient approché le président et l’entraîneur du club corse, déjà certain de descendre en National. Ils étaient prêts à verser 100.000 euros, en deux fois, pour s’assurer d’un résultat positif.

Détail qui tue: si cela ne s'est pas fait, c'est apparemment parce que le CA Bastia était lui-même dans le collimateur de la brigade des jeux! Et on a effectivement appris en juin, dans un rapport du Parlement européen, que le match CA Bastia-Clermont, postérieur à la rencontre CA Bastia-Nîmes, aurait fait l'objet de paris suspects.

2.La tentative de match arrangé qui débouche sur une raclée

Deux semaines plus tard, Nîmes aurait également tenté de s'assurer de la bienveillance de son adversaire dijonnais et aurait obtenu des assurances comme quoi il ne donnerait pas tout. Résultat? Une cinglante défaite 5-1, avec deux buts encaissés dès les vingt premières minutes, qui vaudra cette remarque savoureuse de Serge Kasparian selon Le Canard:

«Franchement, on avait tout préparé pour qu’ils jouent tranquille. Mais bon, à un moment donné, ils étaient tout seuls face au gardien. Il fallait bien qu’ils marquent!»

3.L'intermédiaire Michel Moulin

Pas de bonne affaire sans bon intermédiaire. Selon Le Canard enchaîné, Serge Kasparian, pour tenter d'arranger une rencontre avec Angers, aurait joué de ses relations avec Michel Moulin, Gardois d'origine, qui a fait office de conseiller sportif auprès de plusieurs clubs ces dernières années. Celui-ci lui aurait promis avoir obtenu un semi-arrangement avec son «ami» Olivier Dall’Oglio, entraîneur du club angevin et ancien directeur du centre de formation du club nîmois: «J’ai fait passer le message, ils vont pas jouer le match de leur vie. Par contre, arranger un match, c’est toujours compliqué», lui aurait dit Moulin.

Le nom rappellera quelques souvenirs à ceux qui avaient suivi la désastreuse saison 2007-2008 du PSG, au cours de laquelle le club parisien s'était maintenu lors de la dernière journée. Cet autodidacte, créateur du gratuit Paru Vendu, avait alors occupé pendant un mois le poste de directeur sportif, et s'était signalé par des accrochages avec des confrères dirigeants de clubs, accusés de promettre des primes juteuses à leurs joueurs s'ils contribuaient à une descente du PSG. Il a ensuite créé, quelques mois plus tard, le quotidien sportif Le 10 Sport, destiné à concurrencer L'Equipe et qui, victime d'une «stratégie d'éviction anticoncurrentielle» du groupe Amaury, rappelle Le Point, paraît désormais de manière hebdomadaire.

Dans un portrait que lui consacrait alors le magazine SoFoot, il avait expliqué ce qui le différenciait des notables qui dirigent les clubs de foot français:

«Je ne m’exprime pas comme eux, je roule en Smart, je prends le métro, je peux même me battre dans la rue s’il le faut.»

4.La livraison tout sauf discrète de 300 à 400 bouteilles de vin

Selon Le Canard enchaîné, lors du match Caen-Nîmes du 13 mai (1-1), qui assurait à 99% à la fois la montée des Normands en L1 et le maintien des Gardois, le président de Nîmes aurait fait déposer «à la porte du vestiaire caennais 24 cartons de 12 bouteilles de vin», soit la bagatelle de 288 bouteilles. Il aurait aussi déclaré à son homologue Jean-François Fortin:

«Dis-toi bien que le nouveau président de Nîmes, il n’est pas trop con. Il s’est même bonifié et a amené un cadeau pour tout le monde.»

Pas très discret, relève Le Parisien, qui parle lui de «près de 400 bouteilles de vin» et explique que ce «cadeau encombrant […] a été relevé par le délégué de la Ligue de football professionnel (LFP)». On est loin de l’enveloppe enterrée au fond du jardin de la tata de Périgueux, un des épisodes les plus rocambolesques de l'affaire VA-OM en 1993.

5.La LFP qui se retrouve face à un possible match truqué... déjà accusé de violer le réglement

Après l'éclatement de l'affaire, Frédéric Thiriez, le président de la Ligue, a tenu des propos très durs, promettant de lourdes sanctions si les accusations étaient confirmées:

«La corruption, ou même le simple soupçon de corruption ou de trucage, sont un poison mortel pour le sport en général et le foot en particulier.»

L'ironie de l'histoire, c'est que l'un des matchs concernés, le fameux Caen-Nîmes, avait vu cette même Ligue être accusée d'avoir violé l'article 518 de son propre règlement: celui-ci dispose qu'un match reporté doit obligatoirement être joué avant les deux dernières journées de championnat pour assurer l'égalité sportive entre les clubs dans la dernière ligne droite. Or, le Caen-Nîmes avait été organisé entre la 37e et la 38e journée.

Ce report avait suscité les protestations des adversaires de Nîmes pour le maintien, mais aussi des Caennais, qui estimaient qu'ils auraient dû avoir match gagné sur tapis vert, les Nîmois ayant échoué à se présenter au stade à la date initiale du match à cause d'un épais brouillard. Le président caennais avait d'ailleurs tenu après le match, bouclé par vingt minutes de passe à dix entre deux équipes satisfaites de leur sort, des propos qui sonnent aujourd'hui étrangement:

«J’ai une pensée très sympathique pour mes collègues du Conseil d’administration de la LFP qui n’hésitent pas à prendre des décisions en dehors des règlements. Et je pense que la fin du match de ce soir devrait les interroger.»

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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