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Environnement: où sont passées les pluies acides?

Nina Shen Rastogi, mis à jour le 28.08.2009 à 12 h 24

Dans les années 1980, les pluies acides étaient considérées comme la principale menace pour l'environnement.

Dans les années 80, les pluies acides étaient le fléau environnemental majeur.  Le ministre de l'environnement du Canada les avait qualifiées de «paludisme insidieux de la biosphère»; elles ont menacé les Transformers; elles ont rendu les cheveux de Kimberly verts dans un épisode de «Arnold et Willy». Cette précipitation toxique a quitté les radars médiatiques en 1990, quand le Congrès américain a voté un amendement au Clean Air Act imposant des réductions majeures aux émissions qui provoquaient les pluies acides.  Les émissions ont décliné considérablement depuis, mais le problème est loin d'être résolu.

La pluie acide survient quand le dioxyde de soufre et les oxydes d'azote - des gaz émis lorsque des combustibles fossiles sont brûlés - forment des composés acides dans l'atmosphère.  Ils retombent sous forme de pluie, neige ou neige fondue ou bien encore sous forme de particules sèches ou de gaz. (Dans les hautes altitudes ou en bord de mer, l'acide suspendu dans les nuages ou dans le brouillard représente une menace supplémentaire)

A l'apogée du phénomène des pluies acides comme danger public majeur, les scientifiques se sont intéressés à la façon dont elles endommageaient les lacs et les rivières, rendant l'eau toxique aux poissons et aux autres organismes et menaçant des populations d'arbres sensibles tels que l'épicéa rouge dans les montagnes du nord-est des Etats-Unis.  Après, ils ont commencé à comprendre comment l'acidification causait des déséquilibres dans la chimie du sol, exacerbant les problèmes aux débouchés des fleuves et sur la flore.

 

Pour empêcher tout ça, des amendements au Clean Air Act ont obligé les centrales électriques à réduire drastiquement leurs émissions de dioxyde de soufre et d'oxydes d'azote, ce qu'elles ont fait en installant des « tampons à récurer » dans leurs cheminées et en utilisant un charbon réduit en soufre.  Des programmes de « droits à polluer » - comme celui qu'on va peut-être bientôt imposer sur le charbon aux Etats-Unis-ont commencé en 1995 pour le dioxyde de soufre et en 2003 pour les oxydes d'azote.  Les transports, qui émettent des grosses quantités d'oxydes d'azote, sont aussi devenus plus propres grâce à l'introduction du pot catalytique au milieu des années 1970.

Les résultats de ces efforts ont été tangibles : selon le National Emissions Inventory, les émissions de dioxyde de soufre de toutes origines sont tombées de presque 26 millions de tonnes en 1980 à 11,4 millions de tonnes en 2008.  Les oxydes d'azote, quant à eux, sont descendus de 27 millions de tonnes à 16,3 millions de tonnes lors de la même période.

 

Problème résolu pensez-vous ?  Pas si vite.  La pluie à l'Est des Etats-Unis reste relativement acide.  Comme vous le voyez sur cette carte qui date de 2007, la plupart des eaux de pluie dans la région ont un pH compris entre 4,3 et 4,8. (A la fin des années 1970 et au début des années 1980, les moyennes annuelles à l'Est étaient plus près de 4,0.) Selon Gary Lovett du Cary Institute of Ecosystem Studies, le pH naturel pour l'eau de pluie dans la région serait aux alentours de 5,2. Cela ne semble pas être une grande différence, mais n'oubliez pas que le pH obéit à une échelle logarithmique, et pas linéaire, donc quelque chose avec un pH de 4 est 10 fois plus acide que quelque chose avec un pH de 5.  Bref, la plupart de l'eau de pluie à l'Est est entre 2,5 et 8 fois plus acide qu'elle ne devrait l'être.

 

Pendant ce temps, les eaux de surface montrent de lents signes d'amélioration, mais pas partout.  Dans les montagnes Adirondacks et dans le Nord des Appalaches, un tiers des retenues d'eau considérées comme acides au début des années 1990 ne le sont plus, selon un rapport de 2004 financé par l'EPA  (Environmental Protection Agency).  Aujourd'hui, il y a 70% de moins de lacs et de rivières acides dans le Wisconsin et dans le Michigan qu'il y en avait en 1984.  Par contre, le rapport n'a pas trouvé de changements dans la Nouvelle Angleterre ou dans les provinces de Valley et Ridge et de Blue Ridge en Virginie, deux régions fortement marquées par les pluies acides dans le passé.

 

Des décennies de pollution industrielle ont aussi compromis en certains endroits la qualité des sols - lesquels, en d'autres circonstances, protégeraient les arbres, les lacs et les rivières des effets néfastes des pluies acides  (le sol sain fournit en effet des composés alcalins, surtout du calcium, qui neutralisent l'acide).

 

On a commencé à s'intéresser de nouveau aux pluies acides ces dernières années. En 2005, l'EPA a publié le Clean Air Interstate Rule, qui a institué des droits à polluer encore plus bas pour les émissions des centrales électriques à l'Est des Etats-Unis.  (Ce règlement a été rejeté par une Cour d'Appel Fédérale l'été dernier mais il a été rétabli jusqu'à ce que l'EPA en émette un nouveau).  L'EPA est aussi en train d'examiner ses standards secondaires relatifs à la qualité de l'air en ce qui concerne les teneurs en dioxyde de soufre et en oxydes d'azote - c'est-à-dire ceux qui, causant des dommages écologiques, concernent « le bien public », plutôt que ceux qui s'appliquent directement à la santé.  Et au Congrès, les sénateurs Tom Carper (démocrate de Delaware) et Lamar Alexander (républicain de Tennessee) ont présenté de concert un projet de loi demandant des réductions supplémentaires de SO2 et de NOx - ainsi que du mercure - dans les centrales à charbon.

 

Un rapport récent de la Nature Conservancy et de l'Institut Cary a aussi insisté sur l'importance d'établir et de respecter des seuils critiques pour le SO2 et le NOx, ainsi que d'établir des systèmes d'évaluation plus compréhensibles et intégrés sur la pollution de l'air.

 

De toutes façons, les efforts des Etats-Unis pour réduire les émissions causant les pluies acides ne résoudront pas le problème dans les autres pays du monde.  En 2005, la Chine a été le plus grand émetteur de dioxyde de soufre dans le monde, envoyant approximativement 25,5 millions de tonnes dans l'atmosphère.  Pékin a annoncé récemment que, avant l'année prochaine, le pays allait réduire ses émissions de SO2 de 10% par rapport aux niveaux de 2005. 2,5 millions de tonnes, c'est plus qu'une goutte d'eau dans l'océan des pluies acides, c'est donc au moins un pas dans la bonne direction.

Nina Shen Rastogi.

Traduit par Holly Pouquet

Image de Une: De la fumée s'échappe d'une usine chimique chinoise à Nanjing   Jeff Xu / Reuters

 

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