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Anne Hidalgo s'est trompée de combat en défendant la tour Triangle

David Abittan, mis à jour le 19.11.2014 à 10 h 52

La maire de Paris affirme sa volonté d’ouvrir la capitale à une architecture plus contemporaine, mais son acharnement en faveur de ce bâtiment controversé pourrait lui donner du fil à retordre en vue de futurs projets.

La tour Triangle.

La tour Triangle.

De mémoire de Parisien, si l’on entend souvent parler de conseils municipaux agités dans la capitale, on n’a pas souvenir de quiproquo semblable à celui qui a agité l’hémicycle de l’Hôtel de Ville le 17 novembre. A l’issue d’un vote que l’on savait depuis longtemps acquis à l’opposition, la maire de Paris Anne Hidalgo a annoncé contre toute attente un recours administratif pour tenter d’invalider le scrutin, le déroulement du vote à bulletin secret s’étant vu perturbé quelques minutes auparavant par l’affichage ostensible des votes de certains élus.

Cette séquence montrant une maire déterminée à faire passer son projet par tous les moyens trouvait écho un peu plus tôt dans la campagne intensive menée, ces dernières semaines, par la Mairie de Paris. Derrière la phrase-étendard «Paris ne doit pas être une ville musée», Anne Hidalgo a multiplié les actions en faveur de la tour Triangle: d’abord une exposition, prévue certes de longue date mais présentée opportunément ces jours-ci au Pavillon de l’Arsenal, le soutien d’une pétition, quelques passages médiatiques et pas moins d’une vingtaine de tweets qu’elle a diffusés sur le sujet dans la seule semaine qui précédait le Conseil de Paris.

Le mauvais projet sur lequel miser?

A travers cette implication des plus énergiques, Anne Hidalgo ne s’est-elle pas égarée en route? Son dévouement pour introduire plus d’architecture contemporaine dans une capitale un peu trop tournée sur elle-même est plutôt appréciable. Mais cette dynamique ne serait-elle pas mieux considérée si elle était appliquée avant tout à d’autres chantiers de la capitale? Car la tour Triangle n’est pas un projet d’architecture contemporain comme les autres, et se singularise sur plusieurs points.

D’abord, il s’agit d’un immeuble de grande hauteur (IGH), une typologie de bâtiment qui pâtit d’un désamour de l’opinion publique autant qu’il divise les spécialistes: au sein même des défenseurs de l’architecture contemporaine, les pourfendeurs des gratte-ciel sont nombreux et le débat reste vif (des tours inutiles et coûteuses pour les uns, nécessaires et écologiques pour les autres). Plus encore qu’une autre tour, la tour Triangle abrite des bureaux, et à ce titre rajoute à la liste des opposants nombre de citoyens davantage sensibles à une accélération de la construction de logements dans la capitale.

Pour promouvoir le bien-fondé de l’architecture d’aujourd’hui, peut-être aurait-il mieux valu s’appuyer sur un autre projet, moins spécifique, plus à même de convaincre des citoyens souvent attachés à l’uniformité apparente de leur ville. 

D’autant plus qu’au-delà de ces spécificités typologiques et programmatiques, la tour Triangle peine à convaincre. D’abord des indécis hantés par le souvenir de la tour Montparnasse, mais même certains des plus ardents défenseurs des projets contemporains. «On a l’habitude de faire face à de tels réactionnaires lorsqu’il s’agit de défendre l’architecture contemporaine! On en viendrait parfois à soutenir des bâtiments qu’on ne porte pas forcément dans notre coeur», avouait un membre de l’Académie d’Architecture –pourtant très engagée pour la restructuration polémique de la Samaritaine– en parlant à demi-mots de la tour Triangle.

Des risques pour les futurs bâtiments?

Car le risque pour Anne Hidalgo, c’est de trop mettre la lumière sur ce projet, à nous en faire perdre l’appétit pour les autres bâtiments que construiront demain nos architectes. Contrairement à la Pyramide du Louvre, par exemple, ce serait une erreur que de présenter la tour Triangle comme un bâtiment seulement symptomatique de l'indépassable discorde entre ceux qui revendiquent la présence d’une architecture contemporaine au coeur de la ville, et ceux qui souhaitent au contraire la conservation d’un patrimoine ancien, quitte à ce qu’il ne reflète pas entièrement les modes de vie d’aujourd’hui. A l’image de la fameuse querelle des Anciens et des Modernes, qui opposait en son temps les défenseurs de la littérature classique, menés par Boileau et La Fontaine, aux plus contemporains Perrault et Corneille, persuadés de la nécessité de dépasser l’imitation des anciens dans l’innovation véritable.

Paris bouillonne d'idées pour les prochaines années, entre l’ambitieux appel à projet réinventer.paris, qui amènera à redessiner une vingtaine de sites dans la capitale, l’agence Sanaa qui va reprendre en main la Samaritaine, et Rem Koolhaas qui va s'occuper de la nouvelle Fondation des Galeries Lafayette. A moins que d'ici-là, le débat sur la tour Triangle, bien plus complexe que ces autres projets, ne nous ait définitivement fait passer le goût de l'architecture contemporaine.

David Abittan
David Abittan (6 articles)
Journaliste
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