France

UMP: une campagne avec conservateurs

Gaël Brustier, mis à jour le 24.11.2014 à 10 h 20

Si l’élection du président de l’UMP semble déjà jouée, le positionnement et la campagne de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire et Hervé Mariton sont révélateurs des mutations de la droite, en particulier de l’emprise croissante d’une idéologie conservatrice renouvelée.

Bruno Le Maire en meeting, le 4 novembre 2014, à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer

Bruno Le Maire en meeting, le 4 novembre 2014, à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer

Candidat à la présidence de l’UMP, l’ancien président de la République affronte deux concurrents –Bruno Le Maire et Hervé Mariton– dont les chances de succès semblent aujourd’hui très minces. Point commun des deux candidats concurrents de Nicolas Sarkozy: aucun ne regarde vers le centre. Pour Bruno Le Maire il s’agit de «reconstruire une grande famille de droite». Pour Hervé Mariton, il ne fait aucun doute que «le bonheur regarde à droite», comme l’indique le titre de son livre manifeste. 

La force des conservateurs

C’est donc sous la bannière d’une droite assumée, revendiquée, que les deux candidats affrontent celui qui semble faire toujours office de héraut d’un peuple de droite radicalisé. Pourtant, l’affaire du «mariage pour tous», et ce qui devait être un délicat pas de deux effectué par Nicolas Sarkozy sur le sujet a vite transformé un pogo idéologique…

Nicolas Sarkozy semble pressentir depuis plusieurs mois l’importance croissante des conservateurs de la nouvelle génération. Il les observe, cherche à comprendre leurs motivations et, en animal politique qu’il est, prend la mesure de leur force.

Cette prise de conscience se double dans le débat interne à l’UMP d’une prise de conscience de sa part: on aurait tort de mésestimer la campagne de ses adversaires et leur apport au débat à droite. Si Bruno Le Maire a oscillé entre plusieurs postures, affirmé être «100% à droite» puis résister publiquement à Sens Commun (le mouvement né de La Manif pour Tous au sein de l’UMP), Hervé Mariton campe fièrement sur un créneau «conservateur et libéral», c'est-à-dire pour l’essentiel fidèle au libéralisme économique et à un conservatisme moral illustré par La Manif pour tous, dont les promoteurs sont de plus en plus soucieux de peser sur l’issue du scrutin pour la présidence de l’UMP et sur la primaire de droite de 2016.

Bruno Le Maire, soutenu par environ cinquante parlementaires, adopte un discours favorable au rôle des militants dans la vie de l’UMP et entend être l'«homme neuf» incarnant la droite. Incarnation du neuf à droite, défenseur de la base de droite mais aussi interlocuteur de l’électorat de droite le plus laïc, le moins conservateur, il cherche l’équation pour gagner le maximum de suffrages dans ce scrutin interne. Nettement plus modéré que son concurrent Hervé Mariton sur les questions sociétales, il était l’objet de critiques acerbes des conservateurs de La Manif pour tous depuis de longues semaines ou de longs mois. Il n’a rien perdu le 15 novembre. Il refuse de rouvrir le débat sur le «mariage pour tous» et clame que son rôle être davantage d’être au Parlement que «dans la rue». Il l’a affirmé et cherché, en la matière, un crédit moral et symbolique qui peut compter dans l’avenir.

S’il se revendique cependant authentiquement «de droite» et refuse d’être confondu avec le centre, c’est essentiellement parce qu’il a conscience que la base militante de l’UMP est acquise aux idées les plus droitières, ainsi que l’avaient démontré le succès des motions les plus à droite de l’UMP lors du Congrès de 2012 (Droite Forte, Droite Sociale, Droite Populaire notamment).

Libéral économiquement, conservateur socialement

Hervé Mariton a récemment publié un petit livre manifeste, où il livre sa vision du monde. Venu du Parti républicain des années 1980, celui de la «bande à Léo» (entendez le groupe que François Léotard forma avec Gérard Longuet, Alain Madelin, Claude Malhuret), il en garde quelques traites caractéristiques.

Les ambiguïtés du Parti républicain, participant à la confédération de centre droit mais agglomérant aussi d’anciens ultras issus quinze ans plus tôt d’Occident, sont résolues par l’adoption d’un programme ouvertement néolibéral, auquel Hervé Mariton semble rester totalement fidèle. «Libéral» mais récusant les accusations d'«ultralibéralisme» venues de la gauche, c’est peut-être ce qui l’empêche d’être totalement le héraut d’une génération de jeunes cadres conservateurs défiants à l’égard du marché.

Il semble en effet qu’Hervé Mariton soit victime de ce qui semble devenir un paradoxe: comment être libéral économiquement et conservateur socialement, alors que le conservatisme nouveau, apparu au grand jour lors du mouvement social de droite de 2012 est réticent envers le libéralisme économique?

La synthèse opérée par le député de la Drôme est habile, mais risque de n’opérer que sur le segment le plus âgé de LMPT. Mariton dresse le portrait d’une «droite du charbonnier», qui croit à la «liberté d’entreprendre» sans s’enfermer dans l'«idéologie», est rétive à «l’idôlatrie de l’argent». Mariton, dont la famille politique –le Parti républicain mué en 1998 en Démocratie Libérale (DL)– avait été le grand vainqueur idéologique de la constitution de l’UMP en 2002, s’avère un chaud partisan de l’unité de la droite, dont il essaye de réaliser la synthèse. Pour Mariton l’UMP a été marquée par une «complétude inégalée grâce à l’échange et au dialogue».

Face à ses deux concurrents de droite, Nicolas Sarkozy a cherché à réaliser une synthèse bien curieuse: abrogation de la loi Taubira et création d’un nouveau mariage différencié entre hétérosexuels et homosexuels. En concédant l'«abrogation» à Sens Commun mais en cherchant à rassurer son électorat le plus libéral en affirmant qu’il est favorable au mariage entre personnes de même sexe, il risque de ne satisfaire personne. Son argumentaire se fonde sur la GPA, rejetée unanimement à droite (et largement aussi à gauche).

Les impasses de Sarkozy

Nicolas Sarkozy fait l’impasse sur quelques réalités. D’abord, si le mariage pour tous a permis à un mouvement conservateur de voir le jour, il est désormais majoritairement accepté par les Français.

Evidemment, Nicolas Sarkozy fait un calcul: il lui importe de gagner la présidence de l’UMP avant de travailler à redonner une cohérence au peuple de droite (qui dépasse de loin le périmètre des adhérents de ce parti). On peut comprendre cette logique.

Néanmoins, l’intervention de Nicolas Sarkozy devant Sens Commun a non seulement renforcé ce courant, mais également laissé à Bruno Le Maire le rôle de l’homme politique assumant envers et contre tout ses convictions et à Hervé Mariton celui de l’authenticité conservatrice.

Enfin, Nicolas Sarkozy semble ne pas avoir pris la mesure de l’évolution idéologique de la droite. Si LMPT s’accroche au symbole de la loi Taubira, la percée du conservatisme nouveau dépasse ce seul sujet. En août dernier, il entendait lutter contre l’égalité par la «différence» mais non par la «liberté», empruntant ainsi au registre conservateur. Exercice de figure imposée, ce passage devant Sens Commun a révélé un Nicolas Sarkozy moins habile qu’on ne le pensait dans l’art de la récupération de l’idéologie conservatrice…

Gaël Brustier
Gaël Brustier (110 articles)
Chercheur en science politique
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