MondeCulture

Cinéma, loup et environnement en Chine

Richard Arzt, mis à jour le 23.08.2009 à 16 h 05

Les autorités chinoises ont engagé Jean-Jacques Annaud pour réaliser un film écologique inspiré du «Totem des loups».

Quand ils ne peuvent pas fabriquer un produit dont ils ont besoin, les décideurs chinois vont chercher à l'étranger. Jean-Jacques Annaud a ainsi été appelé à venir réaliser en Chine un film à forte dominante écologique. Depuis trois ou quatre ans, le développement industriel à la chinoise, erratique et polluant, est devenu critiquable et critiqué. Préserver l'environnement est une priorité dans les discours officiels, la presse et les programmes télévisés. Il manquait un grand film pour mobiliser.

En 2007, Beijing Forbidden City Corp, société de production filiale de la télévision de Pékin, décide de porter à l'écran le «Totem du loup». Ce roman de Jiang Hong paru en 2004 se déroule dans les années 60 et 70 au milieu des paysages grandioses de Mongolie intérieure. Un étudiant chinois qui - comme beaucoup en cette période maoïste - a quitté la ville, se passionne pour la relation ancestrale entre l'homme et le loup. Le premier chasse l'autre qui s'attaque à ses troupeaux mais un équilibre s'est établi, respectueux de la nature. Jusqu'à ce que la planification imposée par Pékin élimine les loups et amène les éleveurs à se sédentariser.

«Lang Tuteng» - titre chinois du livre - est un best-seller en Chine: quatre millions d'exemplaires vendus, dix-huit millions de copies pirates et une audience amplifiée par les téléchargements sur Internet. Autant de bonnes raisons pour en faire un film. Mais aucun réalisateur chinois n'a convaincu la production de sa capacité à mener à bien un tel projet. Ce sont les écoles de cinéma de Pékin qui vont suggérer le nom de Jean-Jacques Annaud.  «L'amant» et «Stalingrad» ont été diffusés en Chine. Et après une projection de «L'Ours», les dirigeants de Beijing Forbidden City group prennent contact avec le réalisateur français. Celui-ci vient de passer deux semaines de repérage en Chine.

«Je reviens de loin avec la Chine» confie Jean-Jacques Annaud. En 1997, il a été mis sur liste noire pour avoir tourné «Sept ans au Tibet». A ses yeux, ce film devait établir un dialogue entre Pékin et le dalaï-lama. Sa demande naïve de tourner dans l'Himalaya fut refusée à la fois par la Chine et par l'Inde. Le film sera finalement réalisé dans la Cordillère des Andes en Argentine! A Pékin, on a décidé d'oublier cet épisode. En revanche, le réalisateur a beaucoup entendu parler de protection de la nature. Selon lui, «il y a un désir en Chine de modifier les comportements. C'est très important: à l'échelle de la planète, on n'arrivera à rien sans le moteur chinois».

Jean-Jacques Annaud a fait la connaissance de Jiang Hong: «je suis en parfaite harmonie avec lui» dit-il «quand j'avais vingt ans, j'étais coopérant au Cameroun et moi aussi j'ai été fasciné par la découverte d'une autre relation de l'Homme à la nature et aux animaux». Les deux hommes, accompagnés de quelques techniciens, sont allés parcourir la steppe mongole. En Mongolie extérieure pourront être filmés des espaces où évoluent des troupeaux de gazelles et de chevaux sauvages. En Mongolie chinoise, une vaste étendue de territoire servira de décor principal au film. Plus de cent loups vont y être amenés.

Prés de Harbin, à l'extrémité Nord-est de l'ancienne Mandchourie, Jean-Jacques Annaud a visité deux parcs de 800 hectares regroupant chacun une soixantaine de loups. Le cinéaste est satisfait: «Ils sont de souche mongole avec des yeux soit marrons soit bleus. C'est ce qu'il me faut». Trois d'entre eux vont être dressés afin de répondre à des ordres. Quarante autres seront «imprégnés», c'est-à-dire habitués à la présence de l'homme. Ceux qui sont semi-sauvages seront filmés en caméra cachée.

Mais, conformément au livre, le film ne se placera pas du point de vue de l'animal: «Le thème central est la formation d'un jeune-homme au contact d'une civilisation où le loup est un animal mythique» explique Jean-Jacques Annaud. Dans le livre, l'admiration pour le loup va loin. L'esprit de liberté de l'animal tout autant que son habileté tactique et sa discipline pour attaquer en meute sont longuement décrits. Certains critiques communistes ont dénoncé une apologie du loup qui mène au fascisme. A l'inverse de nombreux grands patrons ont distribué l'ouvrage à leurs employés afin de développer l'esprit d'initiative dans l'entreprise.

Jiang Hong est un professeur d'Histoire discret qui a écrit ce premier livre à soixante ans. Sans être au premier plan, il a pris part à plusieurs mouvements de revendications démocratiques. Etre allé avec ses étudiants sur la Place Tian'anmen en 1989 lui a valu trois ans de prison. Ce qu'il ne pardonne pas au régime. Il estime que l'esprit du loup permet de refuser l'autoritarisme et donc favorise une marche vers la démocratie. Un message sous-entendu dans le livre qui transparaitra peut-être dans le film.

Richard Arzt

Image de Une: Des loups au zoo de Zurich  Arnd Wiegmann / Reuters

Richard Arzt
Richard Arzt (50 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte