Science & santé

La privation du sommeil comme arme anti-suicide?

Repéré par Jean-Yves Nau, mis à jour le 18.11.2014 à 12 h 35

Repéré sur Journal of Psychiatric Research

Détail de Aux portes de l'éternité de Vincent Van Gogh via Wikimedia Commons

Détail de Aux portes de l'éternité de Vincent Van Gogh via Wikimedia Commons

Contrairement à ce que professait Albert Camus, le suicide pourrait, sérieusement, ne pas être une problématique philosophique. Il pourrait bien s’agir d’une stricte question de ressorts biologiques. Il y a trente-deux ans Suicide, mode d'emploi, un ouvrage français sulfureux détaillant les procédés techniques pour en finir, faisait scandale (Claude Guillon, Yves le Bonniec – éditions Alain Moreau). Aujourd’hui, une étude américaine fournit les éléments permettant, le cas échéant, de ne pas passer à l’acte.

Il s’agit d’un travail qui vient d’être publié dans le Journal of Psychiatric Research, mené outre-Atlantique par quinze chercheurs du département de psychiatrie de l’université de Caroline du Sud (Charleston), dirigés par les Drs Gregory L. Sahlem et E. Baron Short. Les auteurs ont travaillé sur dix personnes âgées de 20 à 60 ans souffrant de dépression unipolaire avec des tendances suicidaires aiguës. Ils se sont inspirés de travaux préalables laissant penser que le sommeil pouvait avoir un impact négatif sur cet état mental –et que la privation de ce même sommeil pouvait être salutaire. Une équipe italienne s’était notamment intéressée à cette approche contre des dépressions devenues résistantes aux médicaments.

Anti-suicide, mode d'emploi

Le travail mené à Charleston est le premier à s’intéresser à ce type d’intervention chez des personnes victimes de ce type de dépression à haut risque suicidaire. A la prise en charge habituelle de ces malades ils ont associé une «chronothérapie»: privation de sommeil, avance de phase du sommeil et photothérapie. En pratique, ce traitement consistait en une nuit de privation complète de sommeil (soit 33-36h d’éveil) suivie de trois nuits de sommeil avec avance de phase (de 18h à 1h du matin, de 20h à 3h, et de 22h à 5h). Et enfin une photothérapie (expositions à 10.000 Lux durant 30 minutes), administrée au sortir des trois nuits.

L’état mental de chacun de ces patients a été évalué (avant et après le traitement) via la Hamilton Depression Scale et la Columbia Sucicide Severity Rating Scale. Ces deux méthodes d’évaluation ont permis d’observer de notables progrès, six des dix patients pouvant même être selon eux considérés comme «en rémission»

Traitement presque idéal

Pour les auteurs il y a ici les bases d’un traitement qui permettrait d’interrompre brutalement les dépressions profondes accompagnées d’idées suicidaires –et ainsi de prévenir le passage à l’acte. Soit un traitement presque idéal chez des personnes hospitalisées: thérapeutique peu coûteuse, relativement simple à mettre en œuvre et aux effets secondaires minimums.

Ces résultats réclament d’être reproduits et validés sur des effectifs plus larges avec un long suivi. Mais rien, d’ores et déjà, n’interdit sa mise en œuvre dans des établissements spécialisés. Pour leur part, les auteurs font observer qu’aucune psychothérapie ou pharmacothérapie n’a, chez de tels malades, été associée à des bénéfices aussi rapides. Il reste aussi à comprendre comment le fait de jouer sur les rythmes veille-sommeil peut à ce point et aussi vire modifier les équilibres mentaux.

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