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Le don du sang par les homosexuels, aux Etats-Unis non plus, ce n'est pas gagné

Bleed it out. Dave Herholz via Flickr CC License by

Bleed it out. Dave Herholz via Flickr CC License by

Aux Etats-Unis comme en France, les homosexuels hommes sont exclus d’office du don du sang. Au pays de l’Oncle Sam, l’interdiction court depuis 1977, selon l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA). Cela pourrait peut-être changer un peu: le 13 novembre, un comité consultatif sur la disponibilité et la sécurité des tissus et du sang s'est prononcé pour la modification de cette loi, rapporte Slate.com.

La nouvelle loi permettrait aux gays de donner leur sang aux Etats-Unis s’ils n’ont pas eu de rapports sexuels avec un autre homme depuis au moins un an, ce qui est déjà mis en place au Royaume-Uni. Si les promotteurs de cette modification aimeraient qu'elle soit présentée comme un progrès, il n'en est rien, estime Mark Joseph Stern sur Slate.com, puisqu’elle continuerait à traiter le don du sang de manière différenciée entre les homosexuels et les hétérosexuels.

Cela reviendrait en plus à les placer dans la même catégorie, pour la loi américaine, que les clients de prostituées et les usagers de substances interdites:

«Une personne hétérosexuelle qui a eu des relations avec un(e) prostitué(e) ou a consommé des substances de niveau IV peut donner son sang un an plus tard. Une personne hétérosexuelle qui a eu des relations avec un partenaire du sexe opposé positif au VIH le peut aussi. Les hétérosexuels qui ont régulièrement des relations non protégées avec de nombreurx partenaires anonymes? Aucune période d’attente [...]»

La FDA énonce que les homosexuels hommes sont considérés historiquement comme des donneurs à risques, car ils seraient plus susceptibles d’être exposés et de transmettre certaines maladies infectieuses, dont le VIH, explique le Los Angeles Times.

En France, les justifications sont plus ou moins les mêmes, selon le site de l’Etablissement français du sang:

«En 2010, en France, le nombre de cas de découverte de séropositivité VIH était de 6 pour 100.000 pour les hétérosexuels. Et de 758 pour 100.000 chez les homosexuels masculins. Le risque d'exposition au VIH était donc 200 fois plus élevé lors d'une relation sexuelle entre hommes que lors d'une relation hétérosexuelle ou d'une relation sexuelle entre femmes. [...] L'institut de veille sanitaire (INVS) a modélisé le risque que constituerait l'ouverture du don de sang aux hommes ayant un seul partenaire sexuel masculin dans les 12 derniers mois. Le risque résiduel de contamination transfusionnelle par le VIH pourrait alors être multiplié par 4.»

L’abrogation de cette interdiction faisait partie des promesses de campagne de François Hollande. En juin 2012, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, avait d’abord assuré que le don du sang serait bientôt ouvert aux homosexuels, avant de se rétracter en décembre de la même année, en invoquant qu’elle n’avait pas « [...] une garantie absolue que cela n'apportera pas plus de risques pour les transfusés».

En 2009, Geoffroy Léger avait attaqué l’EFS qui lui avait refusé le don au motif de son orientation sexuelle, et porté l’affaire devant la Cour de justice européenne. Dans une lettre ouverte à François Hollande publiée sur Yagg, il explique pourquoi l’interdiction n’est plus d’actualité aujourd’hui selon lui:

«Toutes les poches de sang sont dorénavant systématiquement testées avant chaque don selon les méthodes modernes. Il existe cependant une fenêtre muette où le VIH est potentiellement non détectable (22 jours pour le VIH 2). Comme le délai maximal de conservation du sang est de 45 jours, la mise en quarantaine des dons pendant 22 jours, puis le test de ces dons à l’issue de cette période pourraient améliorer la sécurité transfusionnelle.»

En juillet, l’avocat général de la Cour de justice européenne avait conclu qu'une relation sexuelle homosexuelle ne justifiait pas à elle seule une exclusion permanente du don du sang:

«[...] En excluant de manière définitive du don de sang tout homme ayant eu ou ayant des rapports sexuels avec un autre homme, la réglementation française introduit une évidente discrimination indirecte.»

L’EFS se défend sur son site de toute discrimination, tout comme la FDA. Mais les Etats-Unis ne sont pas forcément plus avancés que la France pour abroger cette interdiction. Car si l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux doit examiner les propositions de loi, rappelle Slate.com, elle n’est pas tenue de les adopter.

Une étude récente menée par le Williams Institute de l’Université de Californie à Los Angeles estimait pourtant que la levée de l’interdiction permet une collection de sang qui permettrait d’aider 1,8 million de personnes supplémentaires aux Etats-Unis chaque année.

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