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Quand vous mettez votre tête dans le sable, vous ne faites pas du tout l'autruche

Léa Bucci, mis à jour le 10.12.2014 à 14 h 44

La photo de manifestants en Australie voulant montrer l'inaction de leur gouvernement en matière climatique est un bon coup médiatique. Mais n'a rien à voir avec les habitudes des oiseaux à long cou.

Environ 400 personnes participent à une manifestation sur la plage de Bondi Beach à Sydney, le 13 novembre 2014. David Gray / REUTERS.

Environ 400 personnes participent à une manifestation sur la plage de Bondi Beach à Sydney, le 13 novembre 2014. David Gray / REUTERS.

Plusieurs centaines de personnes les fesses en l’air et la tête dans le sable: ceci n’est pas un mème Internet. Le 13 novembre, des manifestants ont «fait l’autruche» sur la plage de Bondi Beach, en Australie. Cette action avait pour but de protester contre les réticences du gouvernement australien à mettre le changement climatique à l’ordre du jour du G20, qui se tient ce week-end à Brisbane, dans le nord du pays.

En fait, les manifestants n’ont pas vraiment «mis la tête dans le sable» (on s’en doutait un peu). Georges Hirst, de la société de production Cranky Curlew, fait partie des organisateurs de cette action. Il nous explique:

«Ils ont creusé un trou assez gros pour pouvoir respirer confortablement, puis ont mis leur tête à l’intérieur pendant environ 2 minutes quand les photographes sont arrivés pour prendre les clichés. Un drone était aussi présent pour prendre des photos de la plage.»

Une première colonie d’«autruches humaines» avait déjà été photographiée le 21 septembre à Townsville, toujours en Australie. L’équipe de Cranky Curlew organisait alors l’événement dans le cadre de la Journée internationale d’action sur le changement climatique.

George Hirst raconte:

«L’idée est venue de ma femme, Pénélope, qui pensait que l’inaction australienne revenait à “mettre la tête dans le sable” comme on suppose que le font les autruches [autrement dit, ignorer quelque chose d’évident]. Nous vivons sur Magnetic Island, dans la Grande barrière de corail, qui est directement concernée par le changement climatique. Nous prenons très à coeur la menace.»


Après la première action, George Hirst a reçu il y a quelques semaines un appel d’Eden Tehan, un ingénieur en photovoltaïque de Bondi:

«Il pensait que ce serait génial de faire l’action au moment du G20, alors je lui ai apporté toute l’aide que je pouvais.»

Mais que font les autruches la tête en bas?

 

Pour l’action de Townsville, l’équipe de Cranky Curlew avait organisé une répétition avec des amis sur Magnetic Island, afin de voir quels seraient les meilleures angles de vue pour les photographes. Car le but de l’opération était bien d’attirer l’attention des médias, et encore plus lors de l'action du 13 novembre:

«Le timing pour la couverture par la presse était encore plus important cette fois, car les photos sont apparues juste avant le G20, et juste après que Barack Obama et Xi Jiping ont signé un nouvel accord sur le climat, ce qui fait que la position de l’Australie est complètement en désaccord avec les plus grandes économies mondiales.»

Mission accomplie: les participants étaient encore plus nombreux qu’à Townsville et l’image a été relayée.

En revanche, George Hirst le reconnaît lui-même: aucune autruche véritable ne met la tête dans le sable. Il s’agit d’une illusion d’optique, selon Pascal Grussenmeyer, chef d’exploitation de la ferme de l’Autruche drômoise, qui élève des autruches d’Afrique du Sud.

Les animaux ont la tête en bas, mais certainement pas dans le sol. Selon lui, l’expression peut avoir deux explications:

«Quand les autruches pondent, elles creusent un nid dans le sol. En général, les mâles vont couver, et les femelles vont venir retourner les oeufs. De loin, on ne voit plus leur tête dans le trou. Et en Afrique du Sud, où il y a d’importantes amplitudes thermiques, il y a facilement 30 centimètres de brume au sol le matin. Comme les autruches picorent toute la journée, elles ont la tête en bas et on peut ne pas la voir.»

L'explication de Philippe Vandel dans l'émission Les Pourquoi rejoignait celle-là: les autruches utiliseraient les mirages, ces reflets de lumière qui se forment près du sol avec la chaleur, pour masquer leur tête et se cacher. Selon lui, cette image de l'autruche a été décrite au Ier siècle par Pline l'Ancien, dans son Histoire naturelle. Ses travaux auraient alors été repris pendant des siècles, sans que personne ne cherche jamais à vérifier ce comportement. 

Selon Pascal Grussenmeyer, il est faux de penser que les autruches se cachent pour échapper à leur prédateurs, car ce sont des animaux dangereux. Thierry Petit, vétérinaire au Zoo de la Palmyre, ajoute qu'elles ont des yeux énormes qui leur permettent de voir le danger de loin et plutôt une tendance à la fuite.

Il confirme également que les autruches n’enfouissent pas leur tête dans le sable. Pour lui, être debout la tête au sol correspond à la position dans laquelle elle se nourrissent, qui n’est pas propre à cet oiseau.

L’origine de l’expression?

«C’est simplement leur position de repos. Quand les autruches sont couchées au sol, leur cou est étalé sur le sol, et elles tiennent très rarement la tête, qui ne dépasse pas. L’image de l’autruche debout la tête dans le sable, c’est dans les dessins animés.»

Bref, la prochaine fois, que vous croiserez cette expression, arrêtez de faire l’autruche, pardon, ne vous laissez pas berner. Compris?

Des autruches aux Baléares en 2011. REUTERS / Enrique Calvo

Léa Bucci
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Journaliste
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