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Grippe A: répétition générale dans les mers du Sud (MàJ)

Jean-Yves Nau, mis à jour le 24.08.2009 à 11 h 59

Deux nouveaux décès en Nouvelle-Calédonie qui à la différence des précédents sont directement liés à l'infection.

Le gouvernement de Nouvelle-Calédonie a annoncé lundi 24 août deux nouveaux décès dus à l'infection par le virus A(H1N1). A la différence des précédents ces décès sont la conséquence directe de l'infection, ces personnes ne présentant auparavant aucun des facteurs de risques connus. Dans un communiqué, le gouvernement précise que ces deux nouveaux décès sont survenus les 21 et 22 août. Depuis le 17 août le A(H1N1) est à l'origine de la mort de cinq personnes en Nouvelle-Calédonie.

Selon les autorités sanitaires il s'agit tout d'abord d'un homme âgé de 30 ans qui est mort «des suites d'une pneumopathie provoquée par la grippe A(H1N1)». L'homme était hospitalisé depuis le 14 août au centre hospitalier Gaston-Bourret, à Nouméa. Son état s'étant aggravé, il a été rapidement transféré dans le service des soins intensifs» ont précisé les autorités. La deuxième victime est une femme de 46 ans, décédée, elle aussi, des suites d'une pneumopathie provoquée par la nouveau virus grippal. Elle était hospitalisée depuis le 17 août au centre hospitalier de Nouméa dans le service de réanimation en raison de la gravité de son état.

La mort par pneumopathie conséquence directe d'une infection par un virus grippal est une situation habituellement rarissime. Lors des épidémies de grippe les décès sont le plus souvent la conséquence d'une aggravation d'une maladie pré-existante ou, plus rarement dans les pays industriels, de surinfections bactériennes. Après d'autres, similaires observés dans différents pays es deux nouveaux décès soulèvent la question de savoir si le A(H1N1) est doté d'une virulence supérieure aux virus responsables des épidémies de grippe saisonnière.

Anciennes colonies

Ancienne puissance coloniale, la France a conservé des postes avancés qui lui permettent de surveiller les ennemis planétaires du genre humain; une surveillance de bien meilleure qualité que celle de tant de pays enfermés au sein d'une frontière unique. Telle est la leçon qui, avec la pandémie, nous est depuis peu donnée en provenance de l'hémisphère Sud.

Depuis la Polynésie française tout d'abord où le virus grippal A(H1N1) est à l'origine de trois morts. L'annonce en a été faite le 21 août par les autorités de Tahiti qui estiment aujourd'hui à plus de 10.000 le nombre des personnes infectées. Selon Nicolas Bertholon, ministre de la Santé, les trois morts concernent deux femmes, dont une enceinte, et un nourrisson. Depuis l'apparition de la vague pandémique une soixantaine de personnes ont dû être hospitalisées et une vingtaine sont toujours prises en charge au Centre hospitalier de Papeete.

Le taux le plus élevé de contamination a, pour l'heure, été observé sur l'île de Rapa (40 km2, moins de 600 habitants), la commune la plus méridionale de l'ensemble austral français, à plus de 1.400 km de Tahiti. Plusieurs dizaines d'écoles ont été fermées. Toutefois, en raison de conséquences sociales et économiques de ces fermetures les autorités ont décidé de ne plus prendre ce type de mesures et ce en dépit de la progression de la pandémie. La leçon sera-t-elle bientôt valable dans l'Hexagone où Luc Chatel le ministre de l'Education ne cesse d'expliquer sur les ondes quand et durant combien de temps les portes des écoles et des collèges seront closes ?

Situation identique, ou presque, en Nouvelle-Calédonie où trois personnes infectées (dont une fillette  âgée de 8 ans) sont mortes ces derniers jours. A Nouméa les autorités sanitaires croient pouvoir annoncer qu'avec environ 20 000 cas - plus ou moins-  recensés la vague pandémique a atteint son pic.  Mais, là encore, que signifient les chiffres? Officiellement l'Institut de veille sanitaire (InVS) fait état de 311 cas confirmés sur 250.000 habitants; et de 783 cas confirmés en
métropole, sur 63 millions d'habitants.

Il n'empêche, le gouvernement français a décidé vendredi 21 août de dépêcher en extrême urgence des renforts médicaux et techniques en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie: médecins et infirmières, mais aussi stocks de médicaments et matériels d'assistance respiratoire. L'annonce en a été faite conjointement par les ministères de l'Intérieur, de la Santé et de l'Outre-mer.

Polémique

Qui aurait pu imaginer un instant qu'il y aurait là matière à polémique? Or si les autorités polynésiennes ont tenu à remercier publiquement Paris, le gouvernement calédonien a quant à lui, samedi 22 août, formellement démenti avoir demandé à l'Etat français l'envoi de tels renforts médicaux. «J'ai personnellement demandé au ministère de la santé l'envoi de deux respirateurs et de matériel transportable pour les structures hospitalières du Nord de la grande terre, a tenu à préciser à l'Agence France Presse Philippe Dunoyer, membre du gouvernement calédonien en charge de la santé. Mais nous n'avons pas demandé de moyens humains tout simplement parce que nous n'en avons pas besoin. Nous ne sommes pas débordés. Les deux personnes décédées à Nouméa, une femme de 58 ans et un homme de 27  ans, ont succombé à une pneumopathie. Les tests ont confirmé à 100% qu'elles étaient atteintes du virus A(H1N1), de même que la fillette décédée précédemment.»

Pour M. Dunoyer l'estimation de 20.000 personnes infectées est sûre «à 80-85%». Elle a été réalisée sur la base des prescriptions de Tamiflu, des absences dans les écoles essentiellement en province Sud, et des remontées du «réseau Sentinelles», réunissant des médecins volontaires du public et du privé. Le pic est-il atteint? M. Dunoyer le pense tandis que Jean-Paul Grangeon, responsable des affaires sanitaires et sociales de la  Nouvelle-Calédonie estime qu' il faudra toutefois «attendre environ un mois avant d'entrer dans la phase descendante».

Le gouvernement devait-il réagir comme il vient de le faire? Simple aide sanitaire ou opération publicitaire à forte connotation politique? M. Dunoyer explique que les services hospitaliers calédoniens ne sont pas débordés même si la situation est un peu «tendue». Il ajoute qu'il n'y a aucun risque de pénurie de matériels préventifs et de médicaments, la Nouvelle-Calédonie disposant d'un stock de 30.000 boîtes de Tamiflu pour adultes (et de 14.000 boîtes pédiatriques) ainsi que de plus d'un million de masques. Quant aux écoles, comme en Polynésie, elles resteront ouvertes contrairement au règles édictées en métropole.

Réaction surdimensionnée du gouvernement français? Résumons. «L'épidémie de grippe A(H1N1) progresse dans les territoires français de l'Océan Pacifique, actuellement en hiver austral, saison propice à la diffusion importante des virus grippaux. Aussi le gouvernement a décidé d'apporter un soutien médical et technique à la Nouvelle-Calédonie et à la Polynésie française» expliquent les trois ministères concernés dans un communiqué commun.

Réserve sanitaire

Des professionnels de santé (médecins et infirmières) sont déjà partis dans le cadre de la réserve sanitaire, corps créé en 2007 pour donner des moyens de renfort rapide en cas de crise sanitaire. Ce personnel sera doté de respirateurs pour la ventilation artificielle, pour faire face à des formes sévères nécessitant le recours à du matériel de réanimation. Des stocks supplémentaires de médicaments antiviraux pédiatriques seront acheminés dans ces deux territoires. Et quand les vaccins  seront disponibles, le gouvernement mettra des doses gratuitement à la disposition des autorités locales, «au titre de la solidarité nationale».

Ajoutons que Wallis et Futuna (où huit cas ont été confirmés depuis le début de l'épidémie selon l'InVS fera l'objet d'une «surveillance très renforcée» afin d'anticiper toute évolution épidémique. Il en ira de même à la Réunion; un département français qui -c'est un euphémisme- n'avait pas fait l'objet d'un tel intérêt du gouvernement lors de l'épidémie de chikungunya, autre affection virale qui en 2005 et 2006 a touché environ 300 000 personnes sur les 775 000 qui vivent sur cette île. La Réunion compte déjà aujourd'hui, selon les estimations préfectorales, entre 4.500 et 13.000 cas.  Pour Marc Gastellu Etchegorry responsable du département international et tropical à l'InVS on observe actuellement  dans l'hémisphère sud,  une « très grosse épidémie causée par plusieurs virus grippaux au sein desquelle le A(H1N1) prédomine en progressant «très très rapidement».

Ce dernier épisode vient relancer les critiques formulées par ceux, spécialistes ou non, qui estiment que le gouvernement en fait décidément beaucoup trop face à une menace qui, pour être réelle n'a rien d'apocalyptique. On se souvient du désormais célèbre «grippette» de l'urologue parisien Bernard Debré qui avait suscité l'ire de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé. Le gouvernement doit aussi désormais compter avec les reproches formulés par le Pr Marc Gentilini, spécialiste réputé des maladies infectieuses et ancien président de la Croix-Rouge. Vendredi 21 août celui qui fut chef de service au sein du groupe hospitalier parisien de la Pitié-Salpêtrière a publiquement demandé à Nicolas Sarkozy et à François Fillon de «refixer le cap».

Réponse, directe ou pas, du Pr Didier Houssin, délégué interministériel en charge de la lutte contre la pandémie: «Nous sommes sur le pied de guerre !» Des lettrés nous enseignent que cette expression est apparue au XIXème sous la plume de Balzac. Ils ajoutent qu'elle signifie que l'on est prêt à accomplir une tâche comparable à la guerre. Elle connoterait de ce fait une forte détermination.

Etre ou ne pas être sur le pied de guerre? Telle semble bien être aujourd'hui la question. Ainsi donc, à l'approche de notre automne hexagonal, les généraux-mandarins divergent ouvertement sur la stratégie à adopter face à l'invisible ennemi. Une drôle de guerre, en somme.

Jean-Yves Nau

A lire également: Votre médecin traitant est-il un bon soldat? et Pourquoi la grippe A excite-t-elle autant Roselyne Bachelot?

Image de Une:  Reuters

Jean-Yves Nau
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