Culture

Laurent Chalumeau: «Mes personnages forts en gueule me donnent un canal pour défouler ma gourmandise de la formule»

Ursula Michel, mis à jour le 22.11.2014 à 11 h 37

Entretien tablette avec le romancier, très en verve, qui vient de sortir «Kif» aux éditions Grasset.

Détail de la couverture de «Kif» (Grasset).

Détail de la couverture de «Kif» (Grasset).

Anne Frank 2: le retour ou Neuilly brûle-t-il? Ces titres de romans de Laurent Chalumeau démontrent mieux que de longs discours l’humour corrosif, le goût pour la référence et l’insolence rageuse de sa plume. Jadis journaliste rock pour Rock&Folk, autrefois auteur pour Nulle Part Ailleurs, aujourd’hui pourvoyeur de polars, Chalumeau semble avoir autant de vies qu’un chat tant les expériences professionnelles qui se sont succédées dessinent un parcours atypique, uniquement guidé par l’amour des mots. On ne croyait pas si bien dire car de l’argot à Pine d’huître en passant par Patrick Bruel et le scrabble, tout est verbe chez Chalumeau. Pour la parution de son nouveau roman Kif, le crachoir lui est tendu!

Argotique, gouailleuse, la langue Chalumeau semble faire le grand écart entre Michel Audiard et le verlan, le titi parisien et le patois méditerranéen. Cela fait penser à un autre roi des saillies verbales, le réalisateur des Démons de Jésus, Bernie Bonvoisin.

 


Je comprends l’intention et en même temps peut-être que je m’illusionne, mais j’ai l’impression de faire quasi l’exact contraire de ce qu’a pu faire Bernie [Bonvoisin, le réalisateur des Démons de Jésus, ancien leader du groupe Trust].

Ce n’est pas un jugement de valeur. La démarche de Bernie, c’est une sur-stylisation, une invention linguistique pour aboutir à une langue que personne ne parle vraiment, un über argot. C’est du Audiard sous PCP.

Moi, soit j'essaie de reproduire des choses que j’ai entendues, avec mes moyens, typographiques, grammaticaux ou syntaxiques, soit je tente de produire des choses plausibles dans la bouche de tel ou tel personnage qui donnent une illusion d’authenticité. Les personnages forts en gueule de mes romans me donnent un canal pour défouler ma gourmandise de la formule mais j’essaie de rester dans les limites de ce qui peut être pratiqué. En même temps quand on voit la téléréalité, par exemple… On est atterré par la brutalité infligée à la langue et émerveillé par la poésie. Ponctuellement, une étincelle littéraire se faufile et pousse entre les pavés les plus inattendus.

Concernant l’oralité, mon ami Antoine de Caunes a fait une tournée il y a quatre ans dans cet esprit. Il avait été contacté par des producteurs de théâtre spécialisés dans la formule «Un comédien lié à un auteur», des déclinaisons de ce que fait Luchini, genre Carole Bouquet qui lit les notes de blanchisserie d’Antonin Artaud ou Dominique Blanc qui interprète les listes de commissions de Marguerite Duras. Ces gens devaient s’attendre à ce qu’Antoine propose Frédéric Dard et il a proposé Chalumeau. Mais moi, personnellement, je ne déclame jamais mes textes, je les fais sonner à haute voix dans ma tête!

Les romans de Laurent Chalumeau pullulent de personnages hauts en couleurs. Dans Kif, on trouve pêle-mêle Kader-Kevin, un rouquin islamiste ancien VRP spécialisé en alcool reconverti, ou Steeve (avec 2 E), une petite frappe trop gominée, sans oublier Anne-Dominique, une élue FN très portée sur la chose. Peut-on dire que tout a commencé avec ses années d’écriture déjantée pour Antoine de Caunes dans Nulle Part Ailleurs?


Je n’ai aucune notion de ce que cet exercice d’écriture m’aura apporté mais j’ai eu l’impression que cela m’a désappris à écrire. Je dis ça sans amertume. Comme il faut aller à l’essentiel et que le temps est compté, on va souvent au plus efficace, au plus racoleur. On fait des phrases courtes, simples, on raréfie le nombre d’outils qu’on a à sa disposition. Comme on utilise toujours les mêmes outils, on a tendance à oublier les autres.

En tant que romancier, j’ai du me réapproprier certaines tournures. Pour la fantaisie ou l’outrance des personnages de NPA, ça ne date pas d’hier, c’est quelque chose qu’on voyait déjà dans mes articles pour Rock&Folk et aussi dans Fuck, mon premier roman. C’est une gourmandise que j’ai dans la vie. Ça s’est bien goupillé à Canal mais je n’ai pas eu la révélation pour NPA.

La prise de parole masculine sur l’intimité féminine, je trouve que c’est quelque chose dont il serait bien qu’on réussisse à sortir.

Pour les personnages féminins, c’est plus compliqué. Flaubert a pu dire «Madame Bovary, c’est moi»[*] mais n’est pas Flaubert qui veut. J’ai été tellement exaspéré par des romans où un vieux mâle blanc germanopratin d’âge canonique prétend écrire à la première personne le monologue intérieur d’une petite beurette fugueuse de quinze ans... On pourrait dire que c’est la prérogative de l’écrivain, mais il faut avoir conscience de ses limites.

La prise de parole masculine sur l’intimité féminine, je trouve que c’est quelque chose dont il serait bien qu’on réussisse à sortir. Virginie Despentes, qui est insoupçonnable de soumission face à une hégémonie phallocrate, ne cesse de m’encourager à travailler des portraits de femmes, elle me dit toujours: «Lâche-toi, n’hésite pas». Pourtant, pas dans la quantité mais dans la teneur, je me suis enhardi avec Kif. Mais j’ai des scrupules à manipuler certaines choses avec trop de désinvolture. Je préfère avoir des personnages féminins qui apparaissent moins mais bien plutôt que de faire Caroline chérie. C’est comme les bouquins de cul, si c’est vraiment une écrivaine qui écrit des choses érotiques d’un point de vue authentiquement féminin, là c’est comme des mots qui comptent double ou triple au scrabble, il y a une plus-value. Si c’est Roger qui se met une perruque, fait du cross-dressing et comme un animateur de minitel rose sert ses fantasmes de camionneur, tant mieux pour Roger si certains lecteurs s’y retrouvent mais c’est pas la même chose.

Rock critique pour Rock’n Folk pendant près d’une décennie, Chalumeau a collaboré avec divers artistes français, dont Michel Sardou (pour lequel il a adapté en français la pièce britannique Present Laughter), Julien Clerc ou Patrick Bruel. Très loin donc des racines musicales dans lesquelles sa plume critique a trempé.


J’ai complètement oublié le texte mais j’assume complètement! C’est un concours de circonstances rigolo, cette histoire. Quand j’ai commencé à travailler à Canal, je rentrais juste des Etats-Unis, où j’avais passé plus de sept ans. On était en 1990, en pleine Bruelmania, tout le monde n’en pouvait déjà plus, moi mes oreilles étaient vierges, je n’avais pas eu le loisir d’être exposé à son hégémonie. Deux ans plus tard,  je me retrouve à être représenté, par le dalaï-lama des agents français qui me dit un jour que Bruel cherche des textes. J’ai dit oui, pourquoi pas. 

Je me pointe chez Patrick Bruel, dans son triplex pharaonique de Neuilly, et je lui dis d’emblée «Faut préciser un truc, le reste du temps je suis payé entre autre pour me foutre de ta gueule». Quasiment tous les soirs, Antoine balançait une vanne sur Bruel, pas un truc que j’avais écrit moi, des choses qu’il écrivait avec Albert Algoud pour le portrait de l’invité, mais je me considérais comme complice du dispositif. Il me dit «Et alors, faut bien que tout le monde vive, parlons chanson». Pendant un an, je l’ai fréquenté assidûment, ça reste un bon souvenir mais je le referai pas parce qu’il est super casse-couilles. Attention, je dis ça avec bienveillance. Il est perfectionniste, obsessionnel.

C’était assez exténuant mais je me suis globalement bien marré. Moi qui rentrais des États-Unis, qui avais vu des gros succès américains depuis l’autre côté de la vitrine, de me retrouver là sur un strapontin à observer la mécanique d’une grosse machine de succès de l’intérieur, c’était marrant. 

J’avais un malin plaisir à déjouer l’espèce de  rock’n’rollement correct.

À ma grande déception, ça ne m’a pas rendu riche, je pensais que j’allais gagner énormément d’argent mais en fait non… Après, avec cynisme et plutôt comme des canulars, j’ai fait des textes pour G-Squad ou Jane Fostin. Plus ou moins consciemment, j’aimais l’idée de trahir, j’ai pas dit où était caché Jean Moulin non plus, mais j’avais un malin plaisir à déjouer l’espèce de culturellement correct, rock’n’rollement correct, avec les trucs qu’on peut écouter et le reste. J’avais été l’un des gestapistes chargés de faire appliquer cette doxa à Rock&Folk. Du coup, m’afficher en mauvaise compagnie, c’était libérateur.

Un de ses romans (Maurice le siffleur) a été adapté pour le grand écran et Chalumeau a collaboré à différents scénarios (comme Les Morsures de l’aube). Est-il pour autant influencé dans son écriture par la langue cinématographique?


Ce qui peut ressembler à la forme d’un scénario, c’est que j’écris en séquence et que j’essaie de faire avancer l’intrigue le plus possible à travers les dialogues. Ce qui en revanche est aux antipodes du langage cinématographique, sauf à user de la béquille d’une voix off, c’est que chaque action est vécue du point de vue d’un personnage. C’est une focale que la grammaire cinématographique n’a pas les moyens de mettre à la disposition du spectateur. Être tout le temps en focalisation interne, ça suppose le changement de casquette ou de perruque à chaque chapitre. Toute mon industrie consiste à disparaitre en tant que narrateur omniscient pour que l’histoire soit racontée par les personnages. Je ne dois jamais m’interposer entre le lecteur et les personnages.

L’avantage du théâtre c’est que c’est bavard. Le problème, c’est que je me fais chier comme un rat mort.

L’écriture théâtrale, par exemple, si j’y arrivais, me conviendrait. L’avantage du théâtre, c’est que c’est bavard. La verbosité, loin d’être pourchassée, est encouragée par le genre mais le problème c’est que je me fais chier comme un rat mort au théâtre. Je trouve tout faux, exagéré, histrionique. En revanche, j’aime bien le backstage, les loges, la montée d’adrénaline avant le spectacle, une salle écroulée de rire avec ce que j’ai écrit. Participer à quelque chose de donné sur une scène, moi qui suis un musicien frustré, c’est une façon d’éprouver les choses de l’autre côté. Mais il faudrait que j’arrive à construire une pièce qui tienne debout… C’est facile d’en parler, c’est très dur à faire. On part quand même avec des enclumes accrochées aux chevilles!

Dans mes romans, j’essaie de pourchasser tout ce qui pourrait transformer mes séquences en sketchs bouclés. C’est dans mon style, dans ma méthode, j’aime les fins de chapitre qui claquent, mais il faut faire attention que cela ne sonne pas comme une chute de sketch. Je me garde aujourd’hui de toute théâtralité. En tout cas, si le théâtre est un peu à l’ordre du jour, c’est plus une balise à contourner ou à rejoindre que le cinéma.

Kif est bourré de clins d’œil cinématographiques (Le Père Noël est une ordure, John Woo, les westerns, Baxter), jusqu’au personnage principal nommé Georges Clounet. Chalumeau se considère-t-il comme un cinéphile?


C’est le mexican stand off. Toutes ces séquences devenues clichés où tout le monde se braque. Il y a une intuition de l’ellipse en Asie, qui me demande un effort énorme. Par exemple, Infernal Affairs, devenu The Departed [Les Infiltrés]. J’étais trop largué. Les scènes d’exposition vont à toute vitesse, il aurait fallu que je prenne des notes. Tout en sachant que dans le Scorsese, qui a pas fait son intéressant et s’est contenté de reprendre certains plans réussis à l’identique, j’ai eu l’impression de bien suivre le ballon, alors qu’avec la version initiale… Dans les films asiatiques, je suis toujours en retrait, à admirer la façon.

Pour les clins d’œil ciné, le personnage principal de Kif se nomme Georges Clounet. Je pense que confusément, je voyais bien le personnage ressembler à Clooney mais comment faire pour l’indiquer aux gens. En plus, cette homonymie peut déboucher sur des situations absurdes. J’ai essayé quand même de pas en abuser. J’ai enlevé plein de «what else» à chaque fois que le personnage se présentait.

L’idéal serait d’écrire des polars sans morts.

Niveau violence, comme pour les femmes, c’est le même problème de légitimité. Je lâche un peu de bride dans les domaines où je me reconnais une crédibilité de principe, mais pour ceux dont j’ignore tout (question violence, mon casier judiciaire est vierge donc je suis un peu novice), je trouverais scabreux de raconter des histoires de cadavres féminins déchiquetés. Je passe du temps à écrire, alors me retrouver tous les matins face à des atrocités, des fusillades, des exécutions, bof. Pour les meurtres de chiens par exemple, je suis allé sur internet. Et on y trouve vraiment tout.

Par exemple, j’ai appris comment mettre le feu à une bagnole de la Saint-Sylvestre à Strasbourg à des interventions de pompiers, j’ai appris qu’une explosion ne ressemble pas à celles qu’on voit au cinéma. Pour les clebs, j’ai pas vu de vidéos de meurtres canins, mais j’ai vu des entraînements avec des chiens, et sur un forum j’ai lu des conseils précis. J’ai trouvé les biscuits, j’ai mis tout ensemble, et j’espère que ça paraît crédible. Faut faire gaffe, faut pas tout s’interdire non plus.

L’idéal serait d’écrire des polars sans morts. S’ils sont hors champ, c’est déjà ça. Mon défi, c’est de faire des polars avec des personnages abominables qui passent leur temps à ourdir de sombres desseins et de trouver des astuces ou des petits grains de sable qui viennent perturber leur mise à exécution. C’est un jeu d’esquisses et d’esquives. Comme mes personnages sont des bavards, ils se gargarisent de leurs futurs exploits mais au final, ils agissent peu. J’aime l’idée d’un polar où la violence ne serait qu’annoncée, postulée, débattue mais où on assisterait rarement à un passage à l’acte.

Parisien pur jus, Chalumeau prend pourtant un malin plaisir à situer ses histoires sur la Côte d’Azur, comme c’est encore le cas avec Kif. Pourquoi cette migration narrative?


C’est une région haute en couleurs, point de fixation de bien des fantasmes. Et puis, c’est plus sexy que la frontière luxembourgeoise. Les gens y ont plus d’argent, même ceux qui en ont peu se trouvent mieux au soleil, les gens prennent soin de leur corps, il y a une dynamique de la vulgarité. Ça permet de transposer les codes américains de la Californie ou de la Floride.

C’est le cinquième livre qui s’y déroule et progressivement je m’éloigne du littoral. Je connais aujourd’hui autre chose que la plage du Martinez. Pas par vertu mais par obligation, je me documente énormément, je pars en repérage, comme un metteur en scène. Je me retrouve à chaque fois à m’aventurer un peu plus haut dans l’arrière-pays. Et à chaque fois que je progresse de l’autre côté de l’autoroute, je découvre des nouveaux lieux possibles, les ruraux un peu redneck du Mercantour à opposer aux cagoles et aux kékés. C’est assez inépuisable.

À ce stade, je ne sais pas si je situerai mon prochain livre sur la Côte d’Azur. Mais je ne regrette pas, ça aura été un bon terrain de jeu pour faire mon apprentissage de romancier. De livre en livre, je manipule des choses plus compliquées, plus délicates, moins attendues. Kif, c’est un livre que je n’aurais pas su écrire il y a dix ans.

Marine Le Pen, FN, islamisme, corruption d’élus, affaire DSK, Kif s’ancre dans des faits ou des thèmes d’actualité. Est-ce une manière pour Chalumeau de se positionner politiquement?


Tous les matins, je suis atterré par la lecture du journal. Ça fait monter de suffocantes bouffées d’indignation dont je ne trouve rien à faire si ce n’est de convertir ces exaspérations en situations et personnages poussés jusqu’à l’absurde. J’aime l’idée de transformer l’air du temps en comédie de mœurs ou comédie policière. Pour Kif, j’étais parti pour faire tout le contraire et je me suis fait rattraper. Je m’étais dit après Bonus, qui coïncidait avec la période de la Sarkozie, avec le muselage des juges d’instruction, les renvois à la frontière, les centres de rétention, les parachutes dorés scandaleux… Basta!

Si les catholiques étaient traités comme les musulmans, j’irais peut être à la messe le dimanche rien que pour faire chier et défendre les traditions de mes ancêtres.

J’étais parti pour faire un pur roman de genre avec un schéma de western. Un ancien CRS qui se retrouve, par un jeu de circonstances farfelues,  à avoir sur les bras la gérance d’une boîte de nuit plutôt fréquentée par des lascars. Choc de culture, de génération, en mode poisson hors de l’eau. Dans la bonne tradition, il met tout le monde d’équerre à la fin. Pour moi et pour le lecteur, l’idée de jouir du plaisir de la familiarité, de retrouver ces codes qu’on aime bien, c’était parfait.

Et à l’automne 2011, je me suis fait niquer. C’était le moment de la mise en place du débat sur l’identité nationale. Moi, les musulmans, j’y pense jamais sauf quand ils sont rappelés à mon bon souvenir par les délires irresponsables et dangereux d’apprentis sorciers qui, pour les pires raisons électoralistes, cherchent à semer la zizanie. J’ai été élevé dans un foyer catholique, croyant pratiquant, et ça fait belle lurette que je m’en suis affranchi. Mais si les catholiques étaient traités comme les musulmans, j’irais peut être à la messe le dimanche rien que pour faire chier et défendre les traditions de mes ancêtres. On n’insulte pas les gens. Voilà comment ces histoires de halal, de lieux de prières se sont invitées par effraction dans mon dispositif de western. 

Le pendant de ça, c’est la vague bleu marine. C’était avant l’affaire Clément Méric et la figure du skinhead me semblait démonétisée. Un visage féminin et savamment féministe pour faire passer l’islamophobie en contrebande, ça pouvait donner un personnage original et intéressant à manipuler. Après pour le traitement, faut faire attention. Si c’est pour faire du personnage FN une harpie hystérique et fanatique, la messe est dite. Si c’est pour qu’elle devienne sympathique, pas question non plus. Il fallait que chaque personnage ait son quart d’heure warholien, histoire de ne pas avoir que des personnages à utilité romanesque, à part Steeve qui est irrécupérable, mais son excès le désamorce.

Une fois qu’on a fait tout ça, c’est triplement vertueux. Moi qui n’ai pas d’histoire judiciaire à raconter, ça me donne du grain à moudre. En tant que citoyen, ça me calme en me permettant de me purger de mes retours d’acide. Et surtout, ça vient complètement à l’insu de mon plein gré donner de la crédibilité, de la vérité au récit, des effets de réel comme disait Barthes.

Complètement accidentellement, je mets un tel scrupule dans mes recherches qu’au détour de mes élucubrations peut se faufiler ça et là un peu de pertinence, qui vient encore plus que les effets de réel, faire sentir au lecteur que son intelligence n’est pas insultée. Ça vient surclasser le polar. Ce n’est pas une prétention, c’était pas le projet initial, mais c’est un effet vertueux, la cerise sur le gâteau. Rendre compte de la complexité du monde en divertissant sans insulter cette complexité, c’est ça le kif.

Kif

De Laurent Chalumeau

Grasset

* — Note de l'éditeur: Ce qu'il n'a probablement jamais dit, ou qui du moins n'a jamais été retrouvé par les spécialistes de Flaubert. Retourner à l'article

Ursula Michel
Ursula Michel (85 articles)
Journaliste
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