Le doublage des films et des séries menacé par Netflix?

Sylvester Stallone, ici au 66e Festival du Cinéma de Venise en 2009, est doublé en français par le comédien Alain Dorval.  Photo Flickr CC par Nicolas Genin

Sylvester Stallone, ici au 66e Festival du Cinéma de Venise en 2009, est doublé en français par le comédien Alain Dorval. Photo Flickr CC par Nicolas Genin

Les studios de doublage de séries TV et de films en France ont peur: la VOSTFR gagne du chemin et avec Internet tout s’accélère, y compris leur rythme de travail.

C’est la Jennifer Lawrence française. Mais Kelly Marot n’a pas le succès ni les soucis de la vedette hollywoodienne, et pour cause: personne ne la connaît. Elle est la voix française de l’actrice dont la carrière est en plein boom. Mais comme beaucoup de ses collègues, elle s’inquiète de l’arrivée de Netflix en France.

Dans un long-format proposé par Matter, l’auteure et journaliste américaine Mac McClelland est partie à la rencontre des voix les plus célèbres des films doublés en français. Nous vous avions déjà parlé du système de doublage en France en 2010. Aujourd’hui, et malgré la présence de films disponibles en VOSTFR à la télévision, l’industrie est toujours aussi importante dans le monde de l’audiovisuel français. On découvre par exemple que Thierry Desroses, ancien acteur de la série PJ, double la voix de Samuel L. Jackson et de Forest Whitaker, qui pendant longtemps était doublé par un homme blanc. En revanche, on apprenait avec tristesse que Moundir, vedette virile de Koh-Lanta et de télé-réalité, ne doublerait finalement pas la voix d’un méchant dans la série The Walking Dead.

L’un des doubleurs les plus fameux reste néanmoins Alain Dorval, voix française de Sylvester Stallone. A tel point que, quand les Guignols de l’info créent une marionnette à l’effigie de l’acteur américain, ils décident tout naturellement de lui donner la voix du comédien français.  

 

Mais depuis quelques mois et l’arrivée du géant américain du streaming Netflix, ces comédiens de l’ombre sont inquiets:

«Cela va changer les techniques. Et affecter la qualité. Cela ne sera plus aussi bon que par le passé. [… ] Plus le numérique avance, et plus vite Hollywood vous fait partir. […] Cela fait cinq qu’on a commencé à perdre en qualité. C’est Internet», explique Didier Breitburd, directeur de doublage.

L’auteure de l’article explique qu’avec l’arrivée des services de streaming, et la disponibilité quasi-immédiate des séries américaines (parfois 24 heures après la diffusion aux Etats-Unis), les studios de doublages n’arrivent pas à suivre le rythme. En effet, doubler les voix d’une série nécessite un lourd travail: trouver une traduction qui colle aux mouvements des lèvres des acteurs américains, adapter des expressions, et bien sûr d’éventuelles références culturelles.

Pire, les studios américains ont mis la main sur le processus et valident désormais les traductions. Ils contrôlent tout, y compris quand le doublage est fini. Déborah Perret, qui est adaptatrice et double les voix d’actrices comme Jennifer Lopez ou Salma Hayek, explique également qu’elle a deux semaines maximum pour finir un doublage. Avant, elle avait un mois. Désormais, la pression s’accélère, notamment de la part de services en ligne comme Netflix.. «Notre plan est de rendre disponible des séries comme Better Call Saul (une série dérivée de Breaking Bad, prévue pour 2015, NDLR) rapidement après la diffusion américaine, explique Joris Evers, chef de la communication de Netflix en Europe. Est-ce que ça sera possible un jour ou deux après, ou est-ce que ça va prendre une semaine?»

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