Sports

Voyage dans la tribune presse du Parc des Princes

Jérémy Collado, mis à jour le 25.11.2014 à 18 h 15

Très couru depuis la reprise du club par les Qataris, ce lieu est devenu un symbole dans un club aux petits soins pour une presse... qu'il s'efforce pourtant de contrôler étroitement.

Le Parc des Princes. REUTERS/Charles Platiau.

Le Parc des Princes. REUTERS/Charles Platiau.

Quand il l'allume, il sait bien qu'il n'en a pas le droit. Mais ici, Daniel Riolo a tous les droits. Enfin, presque. Le journaliste de RMC, connu pour ses billets de blog au vitriol, tire discrètement sur sa cigarette, mais n'enlève ses gants en cuir que pour pianoter sur son iPad.

S'il s'attarde peu à faire la bise au staff, on sent qu'il est ici chez lui. Et son air grave démontre à quel point il est craint par tous dans les parages. Emmitouflé dans sa doudoune, il est entouré d'une trentaine de journalistes, en ce soir de mars 2014 où la température ressemble plus à celle d'un hiver qui se prolonge qu'à un printemps qui débute. Ce jour là, le PSG bat Saint-Etienne au Parc des Princes et il n'y a que les fidèles journalistes sportifs, les vrais, pour assister à la rencontre, bien que les médias tentent d'électriser l'atmosphère en qualifiant les Verts de «bête noire» du Paris Saint-Germain.

Quelques jours plus tard, en avril, face à Chelsea, c'est une toute autre histoire. Une file interminable se tasse devant l'entrée médias. Tous n'ont pas le précieux sésame. Ceux qui l'ont, eux, montrent patte blanche et gravissent ensuite quatre à quatre les marches en béton du Parc des Princes pour ce quart de finale aller de Ligue des Champions dont le PSG sortira vainqueur 3 buts à 1.

Cette fois, les journalistes s'attardent peu devant le bar où se bousculent petits fours, verres de Coca et jus d'orange. Par intermittence, quelques financiers aux amandes font leur apparition pendant la mi-temps. Ce n'est pas le Ritz, mais c'est assez chic. Ambiance bonne franquette enrobée dans un écrin légèrement bling-bling, à l'image du PSG version Qatar. Si certains journalistes sont là pour travailler, d'autres sont venus entre amis, parfois même avec une copine... elle aussi journaliste.

Mais il ne faut surtout pas éventer ce secret. Oui, au Parc des Princes, certains journalistes viennent assister au match sans faire de compte-rendu à leur rédaction. Surtout lors des grandes soirées, où le nombre d'accréditations validées par l'Union des journalistes sportifs de France (UJSF) peut grimper jusqu'à environ 300, soit le nombre de places maximum de la tribune presse.

Pour la Ligue des Champions, c'est l'UEFA qui s'occupe de l'intendance. Elle gère les ramasseurs de balle, les pancartes «No to racism» et tout le reste avec un professionnalisme saisissant. C'est surtout elle qui délivre les petits cartons rectangulaires, que chaque journaliste reçoit à l'entrée dans une petite enveloppe où le règlement est rappelé scrupuleusement, après avoir envoyé sa demande complète: nom, prénom, média, type de média, pays, numéro de carte de presse. En mars 2013, l'institution européenne avait reçu près de 960 demandes d'accréditations pour le match entre le PSG et le FC Barcelone de Lionel Messi. Dans le milieu, on appelle ça des accréditations «de complaisance», pas toutes justifiées à titre professionnel, mais sur lesquels personne ne demande de comptes, puisque la politique d'accrédition est à la discrétion de l'UJSF, du PSG et de l'UEFA.

Pas tous là pour travailler

Dans la tribune presse, les journalistes applaudissent, se lèvent, vibrent à l'unisson, mais ne sont pas tous là pour travailler. On imagine mal en effet un journaliste de GQ ou de Gala être envoyé par sa rédaction dans cette terra incognita, et pourtant ils sont bien là. En mars 2013, justement, le blog Zone Mixte de 20minutes.fr en avait tiré un post savoureux, dans lequel les journalistes imaginaient ce que donnerait un compte-rendu du match PSG-Valence par le Courrier des Maires, par exemple:

«Jouée devant la chambre régionale des comptes, la rencontre entre la Ville de Paris et la Ciudad de Valencia aurait été complètement déséquilibrée. Sur le rectangle vert, par ailleurs rigoureusement entretenu par les services techniques de Bertrand Delanoë, ce fut bien plus difficile pour les hommes de Carlo Ancelotti. Aussi mal entamée qu’un débat d’orientation budgétaire en contexte de crise, la qualification des Parisiens n’a tenu qu’à l’affirmation de deux grandes individualités, Thiago Silva et Blaise Matuidi.»

Heureusement, les journalistes invités gracieusement nous épargnent ce genre de prose.

«J'habite juste à côté, dans le XVIe, et je suis venu la première fois avec mon fils il y a quatre ou cinq ans, raconte un journaliste d'une quarantaine d'années dont le média d'origine est très éloigné du milieu du sport. Je viens pour l'ambiance, c'est sympa.» Il ne connaît pas spécialement le football, mais qu'importe, il a sa carte de presse, qui lui permet automatiquement d'obtenir une carte de presse sports, qui lui donne accès à la tribune presse du Parc des Princes. À ses côtés, on peut croiser quelques petites stars du petit écran ou de la presse écrite, assis au milieu d'un tas d'inconnus, dont certains ont cotôyé les tribunes Auteuil ou Boulogne pendant quelques années et connaissent les chansons de supporters par cœur. Pour un journaliste d'i-Télé, qui vient au Parc chaque semaine, «c'est un moyen de prendre le pouls du club, d'observer sa vie de l'intérieur, même si on ne commente pas tous les matchs du PSG en rentrant». Un autre dresse un constat plus lucide: «C'est rempli de branleurs ici»

Le sujet n'est pas tabou mais Yann Guérin, l'attaché de presse du PSG, ne veut pas l'évoquer publiquement, pas plus que l'UJSF d'ailleurs: «Nous ne communiquons malheureusement pas sur cet aspect, que nous souhaitons garder confidentiel. Merci pour votre compréhension», répond-il, laconique, à notre demande d'interview. Il n'a pourtant rien du cerbère mal intentionné, au contraire. Les soirs de match, quand une accréditation pose problème, qu'un journaliste s'est trompé de tribune, qu'il a un souci technique, il est toujours prêt à faciliter les choses, dans la mesure du possible. Il fait marcher son réseau, avec le souci du détail et pour le bon déroulement du travail de tous.

Choisir ses médias

Dans le contexte actuel et alors qu'un différend l'oppose encore à ses anciens ultras, le PSG version qatarie s'échine à choisir son public mais aussi ses médias. Couvrir le club est devenu de plus en plus compliqué. «Tout est plus fermé», confirmait Arnaud Hermant, journaliste au Parisien, dont le journal pond au moins un article quotidien sur le club, dans une interview au Figaro avant le choc PSG-OM. «Il est de plus en plus difficile d'obtenir des interviews de joueurs… On est tenu à l'écart de la vie du club. On arrive quand même à avoir quelques infos grâce aussi aux réseaux sociaux, sur lesquels les joueurs communiquent souvent, et aussi le club, qui a par exemple mis vendredi une photo d'Ibrahimovic qui a repris l'entraînement sur Instagram. De manière générale, il y a une volonté du club de maîtriser le plus possible la communication. On ne travaille plus de la même manière.»

Communication rodée, calibrée, verrouillée. Pas question de faire des vagues donc, surtout sur un sujet qui a priori ne doit pas en provoquer. Au fond, peu importe le nom et l'identité des journalistes qui garnissent la tribune. Depuis que les qataris ont racheté le PSG, en 2011, l'image médiatique est une des priorités du club, dont la marque se vend bien à l'étranger. Pour la préserver, lui insuffler un cachet haut de gamme, mieux vaut s'entendre avec ceux qui font l'opinion.

En Espagne, le Rayo Vallecano se situe à l'exact opposé du PSG et de la plupart des grands clubs européens. Il loge tout le monde à la même enseigne, puisque la tribune presse n'existe pas. Les journalistes s'assoient dans les gradins, comme tout le monde, au milieu des supporters et parfois des odeurs de cannabis, certes pas totalement illégal en Espagne.

Rien de mieux pour sentir l'atmosphère et l'ambiance d'un match, loin du confort qui sied aux privilégiés de la tribune presse... Problème: difficile de livetweeter ou de faire son travail correctement dans ces conditions. Au PSG en revanche, tout est fait pour que les journalistes puissent exercer leur métier sans encombres. Une fois passé le vigile de l'entrée médias, les deux responsables de l'UJSF vous tendent un code wifi. Ces dernières années, le réseau Orange avait quelques soucis. Depuis 2013, tout fonctionne à merveille. Des conditions idéales, donc, et des employés aux petits soins.

Pas que des flâneurs

Pour autant, certains habitués de la tribune presse imposent une certaine distance avec le PSG. C'est le cas de Dominique Séverac, en charge du club au journal le Parisien. Dans un live de décembre 2012 sur le site de son journal, il expliquait sa vision du métier à un internaute qui l'interpellait sur le traitement partisan de l'OM par le journal La Provence:

«C'est toute la différence entre des journalistes et autre chose qui n'est pas du journalisme. Moi, je ne fais pas la bise aux joueurs, je ne vais pas aux soirées avec eux. Je suis un journaliste, pas leur ami. Pas de connivence ou de complaisance. Si je travaillais au service politique, en charge du Front national ou du MoDem, vous trouveriez ça normal de garder cette distance, cette impartialité. Il n'y a pas de différences parce qu'on est dans le sport. Je suis journaliste, pas agent ou copain des joueurs. A la Provence comme à la Voix du Nord ou à Ouest France, le journaliste est aussi supporteur. Ce n'est pas ma vision de ce métier.»

Le 5 octobre, au Parc des Princes, il était installé au dernier rang, tout en haut de la tribune presse, pour assister au match nul du PSG face à Monaco. À ses côtés, trois autres journalistes prenaient en note sur leur feuille ou leur téléphone les articles à paraître sur leur site ou dans leur journal le lendemain. Comme quoi, il n'y a pas que des flâneurs en tribune de presse.

Jérémy Collado
Jérémy Collado (133 articles)
Journaliste
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