Life

Les vibromasseurs du futur

Slate.com, mis à jour le 21.08.2009 à 16 h 42

Les produits techniques féminins les plus ingénieux.

Historiquement, les produits de santé féminins sont à la fois teintés de stupidité et de soupçon. On peut penser à la pédale pour faire grossir les seins, au savon censé laver les kilos en trop et (au moins en termes de fiction), ou à l' « Electrosizer », une ceinture d'amaigrissement par vibrations vue dans Mad-Men (et qui a aussi d'autres vertus). Mais ce n'est pas tout ! Il y a eu aussi les anti-cellulite douteux, les pilules à gogo et les injections de placenta contre le vieillissement et la fatigue (ces dernières fonctionnent aussi pour les hommes).

Et aujourd'hui, nous assistons à l'arrivée de quelques nouveaux produits de soin féminin concourant pour la palme de l'ingéniosité. Certains, mais pas tous, sont suspects, et les plus étranges valent le coup d'être disséqués en raison de leurs pouvoirs ludiques et, quelquefois, pour leurs ébauches de créativité scientifique. En voici un tour d'horizon, classés en ordre croissant d'inventivité et notés aussi selon leur utilité. Les notes vont de 1 à 10, 10 étant la cerise sur le gâteau. (Vous pouvez aussi regarder la galerie-photo des gadgets conçus pour le plaisir des filles.)

Le patch électrique contre les douleurs menstruelles

Ce patch ultra-léger, fonctionnant sur batteries se place sous les sous-vêtements et envoie une vague de pulsations électromagnétiques à l'utérus. Le fabricant du produit, une société nommée BioElectronics, affirme que le produit peut réduire l'inflammation et les douleurs en désengorgeant de ses fluides la muqueuse enflée, bien qu'il admette autre part que le mécanisme d'action ne soit «pas connu».

Au premier abord, le patch rappelle tout un ensemble de douteux émetteurs de vagues. Mais le jury est ici toujours en délibération. En 2003, la Food and Drug Administration (FDA) a donné son accord à un produit similaire visant à traiter les douleurs post-opératoires de chirurgie esthétique des paupières. L'entreprise se targue aussi d'un essai clinique randomisé sur les douleurs menstruelles dans lequel les patients ayant utilisé le patch pendant cinq jours reportent une réduction significative des douleurs, en comparaison de ceux ayant utilisé un appareillage factice. Si ces données sont exposées dans des publications peer-reviewed, elles pourraient donner au produit un shoot de crédibilité. L'accord de la FDA pour l'utilisation de ce patch contre les douleurs menstruelles, que recherche aujourd'hui la compagnie, sera aussi d'une grande aide. Alors que certains anti-douleurs sont aujourd'hui inspectés, des alternatives créatives et non-chimiques valent certainement qu'on s'y penche de plus près.

Imagination : 4

Utilité : 7

Cônes vaginaux

Ces petits poids multicolores, qui ressemblent à des fusées pour enfants, sont insérés dans le vagin comme un tampon et ce pendant quelques minutes. Le fait de s'exercer à garder le cône en place, et à passer progressivement au poids le plus important, comme lorsqu'on fait de la musculation, est supposé renforcer les muscles du plancher pelvien féminin et éviter l'incontinence, en particulier durant la grossesse, après l'accouchement et à la ménopause. Il y a tout d'abord le jaune (20 grammes), le bleu (34 grammes, le vert (50 grammes) et le violet (et ses effrayants 68 grammes). Des produits similaires promettent aussi de meilleurs orgasmes.

Une entreprise italienne, GlysBy, fabrique les cônes et les vend dans plusieurs pays d'Europe. Elle espère pénétrer le marché américain grâce à un partenariat qui l'aidera à remporter l'approbation de la FDA. En termes de crédibilité scientifique, GlysBy s'appuie sur quelques petites études montrant que les cônes vaginaux lestés peuvent avoir certains maigres bénéfices. Un compte-rendu de 2002 par la Cochrane Collaboration, ayant étudié 15 papiers relativement faibles, a conclu que pour les femmes souffrant d'incontinence urinaire, s'exercer avec des cônes vaginaux lestés était «mieux que de ne rien faire». Mais certaines de ces études reportent de forts pourcentages d'abandon. Ce qui suggère que le dispositif et son exercice d'insertion possèdent son lot de douleurs à ne pas sous-estimer.

Imagination : 5
Utilité : 7

Surveillance axillaire de fertilité

Cet appareil, nommée le moniteur DuoFertility, promet de déterminer le moment du mois le plus fertile d'une femme en prenant sa température environ 20 000 fois pendant son sommeil. Le système inclut un patch de 3 centimètres de large à coller sous le bras. Il collecte un tas de données qui sont transférées sans fil à un lecteur qui tient dans la main, compulsant les chiffres et prédisant quand une femme a le plus de chances de concevoir. Le pitch, c'est que cette surveillance constante et automatique peut détecter les subtils pics de température basale associés à l'ovulation bien mieux que ne pourrait le faire une femme prenant sa température tous les matins (la méthode traditionnelle qui a fait ses preuves). La vidéo promo joue sur le contraste d'une femme épuisée qui se lève avant le jour pour prendre sa température dans le noir et la bienheureuse utilisatrice de DuoFertility qui fait la grasse matinée.

Bien sûr, la plupart des femmes qui surveillent leur fertilité en prenant leur température (ou en examinant leur glaire cervicale) choisissent ces méthodes parce qu'elles sont low-tech et gratuites. Ce qui diffère d'un gadget vendu 495£ de l'autre côté de l'Atlantique. Et pour les femmes qui préfèrent un peu plus de technologie et de confort, les kits de détection hormonale de l'ovulation sont vendus en général moins de 20$ dans presque toutes les pharmacies.

Imagination : 6
Utilité : 3

Cryo-préservation des cellules souches menstruelles

Une entreprise qui conserve des tissus de cordon ombilical vient d'ajouter récemment un étrange service à  sa gamme: collecter et conserver des cellules extraites du fluide menstruel. Celles qui s'abonnent au programme reçoivent une «coupe menstruelle» qui, insérée comme un tampon, collecte le fluide menstruel en quelques heures. Le tout est renvoyé à la firme, Cryo-Cell International, qui recueille les cellules-souches et les conserve pour un usage futur. Et tout cela coûte 499 dollars pour le prélèvement et la première année de stockage, puis 99 dollars l'année supplémentaire.

L'existence des cellules-souches menstruelles, qui pourraient potentiellement se différencier en cellules graisseuses, osseuses, neurales ou cardiaques, intrigue. Et l'entreprise a déjà lancé des partenariats pour voir si ces cellules peuvent un jour aider à régénérer des tissus endommagés par des maladies cardiaques ou des attaques, ou si elles peuvent être utilisées comme vecteurs de médicaments chimiothérapeutiques contre le cancer. Mais, et c'est capital, ces grandes idées en sont à leurs débuts, sans essais cliniques sur l'humain. Ce qui signifie que même si les astres sont favorables, il faudra encore attendre des années pour que des traitements efficaces soient disponibles. (Pendant ce temps, une autre prometteuse thérapie par cellules-souches contre les maladies cardio-vasculaires en est à ses premiers essais cliniques.)

L'entreprise soutient que plus la femme est jeune, plus ses cellules-souches sont robustes. Mais admet aussi que ces cellules sont viables jusqu'à la ménopause. En d'autres termes, la congélation peut attendre que l'on sache ce que la science permet.

Imagination : 9
Utilité : à déterminer

Le SmartBra qui détecte le cancer

Des chercheurs de l'Université de Bolton, au Royaume Uni, ont créé un prototype de SmartBra (littéralement, «soutien-gorge intelligent», ndt) conçu pour percevoir de minimes changements dans la température des seins d'une femme. L'idée est qu'une petite hausse de température peut signaler un flux sanguin plus important dans une zone, ce qui peut être l'indice d'anomalies pré-cancéreuses. L'appareil se porte comme un soutien-gorge classique, exception faite de l'électronique, et s'il détecte des changements potentiellement inquiétants, il envoie à celle qui le porte un signal « audible ou lumineux». Elle devra ensuite prendre rendez-vous chez un médecin.

Les chercheurs n'ont pas encore publié de données concernant la précision de la détection par le soutien-gorge des anomalies - combien de cellules précancéreuses rate-t-il, combien de cellules normales peuvent déclencher l'alarme - et, c'est là le plus important, est-ce que les femmes qui l'utilisent réduisent réellement leurs risques de mourir d'un cancer. La détection du cancer est une science délicate, comme le montrent les controverses sur les CT-scans pour dépister les cancer précoces du poumon, les tests PSA pour le cancer de la prostate et même les mammographies pour les cancer du sein; ils peuvent aussi refléter des changements normaux au cours du cycle menstruel de la femme, une grossesse ou encore des infections du sein telle la mastite, comme le reconnaît le directeur des recherches sur cet appareil. Le SmartBra peur remporter le prix de l'ingéniosité. Mais nous devons rester à l'affût de résultats cliniques.

Imagination : 10

Utilité : 2

Après avoir enquêté sur ces produits bizarres, quelle est ma conclusion générale? Que certains se fourvoient totalement ou sont encore dans des phases de développement trop précoces pour être commercialisés. Mais le fait que plusieurs d'entre eux sont féconds pour l'imagination - sur le manque d'intérêt pour les douleurs menstruelles ou des insinuations grivoises - ont un certain charme. Telle est la mère de toutes les inventions, non? Et sans elle, nous n'aurions certainement jamais connu le tire-lait, le tampon, le diaphragme ou le vibromasseur.

Amanda Schaffer écrit une chronique science et médecine pour les sites Double X et Slate.com

Traduit par Peggy Sastre

Image de Une: Allaypatch.com

 

 

 

 

 

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