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Venise en quête de clients

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 23.08.2009 à 8 h 31

La cité lacustre n'attire pas autant de touristes qu'elle en a l'ambition.

Que dire de la solitude du gondolier, ventre plat et épaules d'athlète, guettant le touriste, japonais ou pas, en face de la Piazzetta? La période estivale depuis mai 2009 est la pire qu'ait vécu la corporation des quatre cents gondoliers vénitiens dont une seule femme, faisant le pied de grue, le portable à l'oreille, sur les quais de la Sérénissime — c'est à croire que les visiteurs partagent le point de vue de Paul Morand : «La gondole, un divertissement pour idiots» (in Venises, Folio). À cent euros la demi-heure, les bateliers ont beau chanter «O Sole mio», ils arpentent le pavé, l'air morose.

La cité lacustre, hérissée de grues, charcutée par des chantiers interminables, sera loin d'accueillir cette année 22 millions de touristes, son objectif; le chiffre de 2007, avant la terrible récession, s'affichait à 17 millions.

Même si les hordes de touristes pendulaires — ceux qui arpentent le centre historique dès le matin et repartent avant le dîner — se pressent en bataillons sur le Pont des Soupirs, sous les procuraties de Saint Marc et dans la merceria jusqu'au Rialto, ils logent dans les campings des environs plutôt que dans les grands hôtels aux enseignes plus ou moins mythiques: le Gritti, un palace de poche, 90 chambres, où habitait Hemingway; le Danieli, premier hôtel de Venise édifié en 1822 par le signor Dal Niel; le Bauer Palazzo, pied-à-terre des artistes peintres et sculpteurs comme Richard Serra et Jeff Koons; le Monaco et Grand Canal rénové dans le lobby façon design par Benetton: Sartre et Beauvoir, fidèles clients, n'en reconnaîtraient pas les intérieurs du rez-de-chaussée. Et le Cipriani, sur l'Île de la Giudecca: le cinq étoiles de légende, où séjournait Lady Di suite 62, adresse favorite de la jet-set et des gens du cinéma pour la Mostra de septembre, qui rempliront les 75 chambres et suites ouvertes sur l'Adriatique ou sur la piscine olympique (le chef-d'œuvre de l'hôtel). C'est le seul établissement de la Sérénissime où l'on tolère le maillot de bains pour le déjeuner en bordure des eaux vertes vers le Lido, salade bar à 29 euros et pizza à 20 euros.

Ce vendredi de la mi-août, les deux concierges en veste gris perle n'attendent des vacanciers que pour 22 chambres, un chiffre très bas pour un week-end d'été —et la plupart sont des voyageurs du train Venise Orient Express, logés pour une ou deux nuits dans les palaces de la lagune. Une sorte d'aubaine pour le Cipriani qui justement a été acheté dans les années 1970 par le financier anglais Jim Sherwood pour offrir un toit aux amoureux du train Pullmann au style rétro, reconstitué avec un formidable sens du détail.

Sans cette manne ferroviaire, sans cet apport de clients, le Cipriani subirait la récession comme ses rivaux, de 10 à 40 % de pensionnaires en moins, selon le moment. Du jamais vu au Cipriani, considéré comme l'un des plus prestigieux cinq étoiles Luxe d'Europe.

Ce samedi de haute saison, au Porticciolo, le «pool restaurant», il n'y a qu'une table occupée sur une quarantaine, «désolée de constater qu'il y a plus de serveurs que de mangeurs !» glisse une naïade en bikini rose.

Par une sorte d'ironie du sort, le lendemain, quand l'imposant Jim Sherwood et son épouse Shirley, spécialiste des fleurs et des plantes, débarquent de leur motoscafo aux banquettes de velours en provenance de Londres, les matelas de la piscine turquoise se remplissent comme par miracle d'une bonne centaine d'estivants touchés (ou pas) par la magie du Cipriani dont certains vont payer 550 euros la nuit, soit 50 % du premier prix des chambres. En fait, la récession aidant, il y a un tarif par client, selon la régularité et la fréquence des séjours.

Au Bauer, dans la partie moderne dont l'entrée est en face de l'église San Moïse, Directours offrait un séjour de quatre nuits pour 400 euros la chambre, un véritable cadeau même si la vue sur la basilique de la Salute n'est pas comprise dans le forfait.

Au Monaco et Grand Canal. Le Clé d'Or à la mine sévère indique que le prix de base pour une chambre double est de 450 euros, qui peut être descendu à 180 euros. Des clients ont réglé 85 euros par tête.

Au San Clemente, un palazzo ultramoderne, édifié sur l'île éponyme, où à l'époque des doges les Vénitiens expédiaient les malades mentaux, le tarif de base sur le Michelin Italie est de 300 euros, mais on négocie un séjour à 250 euros le week-end.

Au Hilton Molino Stucky et ses tours en gratte-ciel à l'extrémité est de l'Île de la Giudecca, un immense complexe hôtelier pour congrès et séminaires, bâti sur l'emplacement des anciens moulins à grains du signor Stucky, on a trouvé des chambres à 100 euros la nuit, ce qui est moins cher que dans les deux et trois étoiles, à l'improbable confort, proches de Saint Marc, du Rialto ou du sestier (quartier) Dorsoduro, idéal pour visiter le musée Pinault à la Pointe de la Dogana — mais au moins, on respire l'air, un brin pollué, de la Sérénissime, de ses sortilèges et de ses beautés. Du Hilton de la Giudecca, on contemple Venise, on n'y vit pas.

Le Danieli qui comptait depuis le début de l'année plus sur des groupes que sur des individuels a réduit ses tarifs jusqu'à 250 euros la nuit contre 460 selon le Michelin italien.

Au Florian, le célébrissime café aux miroirs et dorures de la place Saint Marc, la nouvelle société propriétaire a endigué la chute des consommateurs (moins 20%), mangeurs de tramezzini (petits sandwiches de pain de mie, café, chocolat à 9 euros) en développant la marque hors de Venise, chez Harrod's à Londres, à Dubaï et à Abu Dabi et ce n'est pas fini. Paris en vue ?

Et puis, si la municipalité a banni les pigeons malades, à  la fiente dévastatrice pour les splendeurs architecturales du centre historique, elle a cru bon d'autoriser Coin, le supermarché du Rialto à coller un énorme placard publicitaire sur l'aile droite du palais des Doges - du bassin de Saint Marc, on ne voit que cette horreur, une blessure attentatoire à la splendeur nacrée du monument le plus emblématique de ce que fut la République de Venise. Après le panneau (disparu) d'un joaillier suisse sur la sublime horloge et le lion ailé place Saint Marc, la dégradation ne fait que s'accentuer: qui disait que la cité des Doges, très douée pour le commerce, était devenue une ville de rapines ?

Sélection d'hôtels vénitiens

Le Michelin Italie recense 85 hôtels à Venise, ce qui ne représente que la partie émergée de l'iceberg : un cadre en costume gris clair d'un quatre étoiles proche du Palais des Doges avance le chiffe de plusieurs centaines d'unités hôtelières, de la rezidenza à la locanda en passant par les auberges, les villas, les pensions dont on se refile les adresses de bouche-à-oreille. Par exemple, le Concordia, nulle part mentionné, le seul hôtel qui dispose de 15 chambres donnant sur la place Saint Marc et un côté de la basilique, chambres à partir de 200 euros.

Cipriani et Palazzo Vendramin sur l'Île de la Giudecca, un palace mythique de 79 chambres et suites réparties en deux résidences, une piscine olympique, deux terrasses, un superbe jardin, un SPA, trois restaurants, un véritable art de vivre à la vénitienne. À partir de 550 euros la chambre, à cinq minutes de San Marco par le vaporetto privé. Tél. : 00 39 041 520 77 44. Fax : 00 39 041 520 39 30.

Gritti Palace. C'est l'ancien palazzo du doge Andrea Gritti, un palace de poche de 85 chambres sur le Grand Canal, mobilier vénitien, raffinement dans les détails, service hors ligne. Ernest Hemingway habitait une suite au premier étage. Le Club des Doges, très plaisant restaurant de spécialités locales, sur la terrasse en face de la Salute. À partir de 285 euros selon la saison. Santa Maria del Giglio, San Marco. Tél. : 0 39 041 79 46 11.

Danieli. C'est l'ancien palais du doge Dandolo (XIVème siècle) transformé en hôtel par Giuseppe Dal Niel en 1822, le plus ancien et le plus connu de la cité des Doges, une demeure-musée saisissante de beauté, surtout si votre chambre bénéficiant de la vue s'ouvre sur les eaux vertes. Ni SPA, ni fitness, mais une terrasse spectaculaire pour le petit déjeuner et le dîner. À partir de 250 euros la chambre. Riva degli Schiavoni 4196. Tél. : 0039 041 522 64 80. Fax : 00 39 041 520 02 08.

Bauer Hotel. Deux résidences bien différentes dans cet édifice majestueux du début du XXème siècle, l'une sans la vue sur le Grand Canal à partir de 100 euros par Internet (Directours), l'autre un palazzo vénitien reconstitué avec un goût exquis, du confort et des salles de bains en marbre. Petit déjeuner sur la terrasse en lisière des gondoliers, restaurant chic De Pisis, cuisine italienne moderne de Giovanni Ciresa qui s'est perfectionné chez Joël Robuchon à Paris. Chambres au Palazzo à partir de 1 000 euros. Deux entrées séparées sur le Campo San Moïse, San Marco. Tél. : 0039 041 520 70 22. Fax : 0039 041 520 64 80.

Monaco et Grand Canal. Remarquablement situé en face de la Pointe de la Douane transformée en musée d'art moderne par François Pinault, une excellente adresse très centrale, le lobby très design, la verrière en métal peut troubler dans ce palazzo aux colonnes de marbre. Chambres d'un bon confort, prix à négocier à partir de 85 euros. Restaurant de spécialités vénitiennes, pasta et fagioli (soupe de pâtes aux haricots secs), branzino (loup de mer) et risotti multiples. Prix décents mais couvert à 13 euros. San Marco 1332. Tél. : 0039 041 520 02 11. Fax : 0039 041 520 05 01.

Bauer Palladio. Sur l'Île de la Giudecca, à quelques dizaines de foulées du Cipriani, un ancien couvent métamorphosé par Francesca Bortolotto Possati, propriétaire du Bauer, une demeure de paix et de sérénité. Vastes espaces, SPA, en lisière d'un jardin romantique où l'on prend des repas vénitiens du chef James Demarte, expert en linguine, minestrone et tiramisu, prix très sages. Chambres à partir de 250 euros. On sert dans le délicieux jardin. Tél. : 0039 041 420 70 22. Fax : 0039 041 520 75 57.

Locanda Vivaldi. À quelques dizaines de mètres du Danieli, dans la rue où est né Antonio Vivaldi, un hôtel de charme de 27 chambres avec la vue sur le bassin de San Marco. À partir de 150 euros. Riva degli Schiavoni 4150. Tél. : 0039 041 277 04 77. Fax : 0039 041 277 04 89.

Pensione Accademia - Villa Maravege. Dans le sestier (quartier) Dorsoduro, truffé de galeries d'art, une villa ancienne, nichée dans un jardin bien tenu, fréquentée par les amoureux de la cité chère à Wagner et Proust. Réserver à l'avance, seulement 27 chambres de 80 à 280 euros. Fondamenta Bollani 1058. Tél. : 0039 041 521 01 88. Fax : 0039 041 521 91 52.

Ala. Tout près du sublime Gritti, un palais restauré avec goût de 85 chambres à partir de 110 euros. Campo Santa Maria del Giglio 2494, San Marco. Tél. : 0039 041 520 83 33. Fax : 0039 041 520 63 90.

Paganelli. À quelques foulées du Danieli, un modeste hôtel de 22 chambres dont certaines s'ouvrent sur le bassin de San Marco. Coup d'œil spectaculaire, à partir de 90 euros. Riva degli Schiavoni 4687, Castello. Tél. : 0039 041 522 43 24. Fax : 0039 041 5229267.

Il est recommandé de consulter les sites Internet de voyages et d'hôtels (directours, lastminute, govoyages, opodo, expedia...) Près de 90 % des réservations à Venise s'effectuent par le Web où les tarifs sont incitatifs.

Nicolas de Rabaudy

Image de une: Reuters/Venise, place Saint-Marc, février 2009
Nicolas de Rabaudy
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