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VIDEO. Le nouveau clip de Nicki Minaj fait le choix (discuté) de l'esthétique nazie

Repéré par Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 10.11.2014 à 12 h 30

Repéré sur Vulture

La chanteuse Nicki Minaj sait décidément s’y prendre pour attirer l’attention. Son précédent single, Anaconda, globalement un hommage rendu aux fesses de taille conséquente (290 millions de vues sur Youtube), est sans doute le clip d'une artiste représentant un corps féminin ayant donné lieu au plus de discussions depuis Madonna

Cette fois-ci le clip des paroles d’Only, single de son prochain album à paraître en décembre, diffusé sur Youtube le 10 novembre, adopte une esthétique largement inspirée d’éléments visuels du nazisme, note le site Vulture. Un logo noir dans un rond blanc sur des bannières rouges qui évoquent la croix gammée, motif qu’on retrouve sur des soldats le portant en brassard, ou une scène de rassemblement militaire calquée sur le rassemblement du parti national-socialiste à Nuremberg en 1934. Le doute n’est pas vraiment permis, et tout laisse penser que l’analogie visuelle est explicite.

La publication de la vidéo a déclenché une prévisible réaction d’indignation et d’incompréhension collectives parmi les commentateurs de la vie d’internet.

Décalage avec les paroles

Le plus déconcertant dans ce choix visuel, c’est qu’il ne colle absolument pas avec les paroles de la chanson, dans laquelle Nick Minaj se montre fidèle aux thèmes d'Anaconda: la description flatteuse de son anatomie –«gros nichons», «gros cul», selon ses termes, et la possibilité de pouvoir «manger » son «cul comme un cupcake»– du sexe donc et beaucoup de considérations sur les «Bad bitches» et les «Niggers». Entre autres featuring vocaux, le rappeur Drake fait un éloge ambigu de l’érotisme que dégage la chanteuse (il n'a pas couché avec elle, explique-t-il, il semble que l’occasion ne se soit pas présentée parce qu'elle a pour l'instant un autre partenaire). L’étrangeté qui se dégage de l’ensemble est encore renforcée par le fait qu'il s'agisse d'une «Lyrics» vidéo, sur laquelle les paroles apparaissent en surimpression dans le clip, comme pour insister sur le message de la chanson, qui du coup ne semble en avoir aucun…

Les sites qui relaient la vidéo et la polémique rappellent tous à quel point les références, réelles ou supposées, au nazisme sont un classique de la pop: qu'il s'agisse de David Bowie accusé d’avoir flirté avec l’idéologie fasciste dans les années 70, du film musical The Wall de Pink Floyd en 1982 et sa scène de rassemblement autour d’un leader charismatique, surchargée d’éléments visuels empruntés au nazisme, et considérée comme satirique, ou encore de Joy Division soupçonné lui aussi de sympathie nazie à cause de son nom (nom donné par les officiers nazis aux jeunes femmes emprisonnées et violées dans les camps de concentration). Autant d'artistes ayant tous à un moment ou un autre apporté des explications contestant l'accusation. 

Rammstein et «l'investissement libidinal»

Plus ambiguë, l’esthétique du groupe allemand de heavy metal Rammstein. Le choix d’utiliser pour un de ses clips (Stripped, une reprise réalisée en 1998 d’une chanson de Depeche Mode) un film de propagande de la réalisatrice atittrée du régime nazi, Leni Riefenstahl, constitue la charge la plus accablante. Le philosophe critique de la pop culture Slavoj Zizek considère dans une vidéo que «les éléments minimaux d’idéologie nazie joués par Rammstein, sont quelque chose comme des éléments purs d’investissement libidinal». Le groupe selon lui «libère ces éléments de leur articulation nazie, et nous autorise à les apprécier dans leur stade pré-idéologique». Ce qui ne convainc que modérément!

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