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Pourquoi le 9 novembre n'est-il pas le jour de la fête nationale allemande ?

Temps de lecture : 2 min

Parce-que les Allemands commémorent aussi des événements tragiques ce jour-là...

Des Allemands de l'Est grimpent sur le Mur de Berlin le 10 novembre 1989, après l'annonce la veille de l'ouverture de la frontière par le porte-parole du gouvernement d'Allemagne de l'Est. REUTERS
Des Allemands de l'Est grimpent sur le Mur de Berlin le 10 novembre 1989, après l'annonce la veille de l'ouverture de la frontière par le porte-parole du gouvernement d'Allemagne de l'Est. REUTERS

Les Berlinois massés debout sur le Mur devant la porte de Brandebourg. Ceux qui s'embrassent, ceux qui pleurent de joie, ceux qui s'attaquent déjà au «mur de la honte» à coups de marteau. Deux peuples séparés pendant 28 ans enfin réunis. Légendaires, ces scènes de liesse immortalisées à Berlin par les objectifs du monde entier le soir du 9 novembre 1989 auraient pu fournir une puissante imagerie populaire –à faire baver d'envie les services d'agit-prop des dictatures de toute la planète– à une fête nationale de l'Allemagne réunifiée commémorée à cette date.

Rappelons qu'avant la chute du Mur, chacune des deux Allemagnes avait sa propre fête nationale :

• le 17 juin à l'Ouest, pour commémorer l'insurrection des citoyens de RDA en 1953 contre le régime communiste, matée dans le sang par les forces de polices est-allemandes et les troupes d'occupation soviétiques.

• le 7 octobre à l'Est, pour célébrer en grande pompe la fondation de la République démocratique allemande en 1949 : défilés militaires, hymnes clamés avec ferveur par les FDJ, les jeunesses communistes du régime, inaugurations prestigieuses...

Le 9 novembre 1989, la chute du Mur vint donc remettre en cause à la fois cette partition du sentiment national et ce double calendrier. Chargée d'émotion, cette date s'imposait naturellement. Mais les partisans d'une seule et même fête nationale qui serait dorénavant célébrée le 9 novembre de chaque année se heurtèrent aux protestations de ceux qui, livres d'Histoire à la main, arguaient que le 9 novembre était une date bien trop tragique, renvoyant aux heures les plus sombres de l'histoire récente de l'Allemagne, pour qu'elle puisse être retenue.

En Allemagne, le 9 novembre fait également référence :

à la révolution allemande de 1918-1919, qui oblige l'empereur allemand Guillaume II à abdiquer le 9 novembre 1918, deux jours avant l'Armistice

à la tentative de putsch d'Hitler à Munich en 1923

à la Nuit de Cristal, le progrom mené par les nazis contre les Juifs en 1938 dans tout le pays

Écartelée entre grandeur et misère de l'histoire allemande contemporaine, la date du 9 novembre ne fut pas retenue : on lui préféra le 3 octobre pour célébrer l'unité allemande. Une date neutre, située loin dans le calendrier de celle de la fête nationale d'avant la division de l'Allemagne (le 1er mai, proclamé par Hitler) et de celle de la République de Weimar (le 11 août, en référence à la signature en 1919 de la constitution de la première démocratie allemande).

Pourquoi le 3 octobre ? Il faut lire la biographie non-autorisée parue le mois dernier du «père de la Réunification», l'ex-chancelier Helmut Kohl (CDU), au pouvoir de 1982 à 1998, pour trouver un semblant d'explication des plus cocasses. Dans un de ces nombreux entretiens avec le journaliste politique allemand Heribert Schwan, auteur du livre, Helmut Kohl explique avoir contacté le service météorologique allemand pour savoir quelle date serait la plus adaptée pour avoir du soleil ce jour-là : «Le 3 octobre, le jour où l'unité allemande fut scellée parait favorable sur le plan météorologie et promet un automne doré», écrit Heribert Schwan. Pour justifier cette décision qui paraît bien dérisoire, Kohl dégaine un argument-choc: les Français ont choisi de célébrer leur fête nationale un 14 juillet exactement pour les mêmes raisons:

«Ce jour est célébré en France pas parce qu'ils ont assassiné le roi, mais parce que ce jour se trouve dans la meilleure saison de l'année et que les vacances commencent avec ce jour. On danse dans les rues en France. Ce jour est une fête populaire.»

Aujourd'hui encore, la date du 9 novembre continue d'être déchirée entre plusieurs revendications. C'est ainsi qu'en cette célébration des 25 ans de la chute du Mur, des néonazis ont prévu de défiler ce dimanche, dans les rues de Berlin, au nom de la lutte contre les salafistes allemands, choisissant cette date avec un glaçant cynisme.

Annabelle Georgen Journaliste

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