Monde

Les deux mots qui ont fait s'ouvrir le mur de Berlin

Temps de lecture : 2 min

Un Berlinois de l'Ouest embrasse une Berlinoise de l'Est après l'annonce de l'ouverture de la frontière, le 9 novembre 1989. REUTERS/Fabrizio Bensch
Un Berlinois de l'Ouest embrasse une Berlinoise de l'Est après l'annonce de l'ouverture de la frontière, le 9 novembre 1989. REUTERS/Fabrizio Bensch

Selon Der Spiegel, Günter Schabowski, l'homme qui a «ouvert» involontairement le Mur de Berlin, est mort à l'âge de 86 ans. Nous republions cet article de 2014 consacré à la journée historique du 9 novembre 1989.

«Sofort, unverzüglich» («Immédiatement, sans délai»).

Ces deux petits mots prononcés par un membre du Politbüro du régime communiste, Günter Schabowski, ont annoncé, le 9 novembre 1989, la fin du mur de Berlin. Dans un long article sur le blog Making of de l'AFP, Yannick Pasquet raconte comment l'évènement s'était déroulé au cours d'une conférence de presse:

«Il est 18h53 ce jeudi 9 novembre 1989. Günter Schabowski, venu rendre compte des dernières décisions du comité central du parti communiste SED, tire de sa poche un bout de papier. Dans une salle pleine à craquer du Centre de presse international, il annonce que les dirigeants de l’Allemagne de l’est ont décidé d'autoriser les voyages à l'étranger pour leurs ressortissants. "Quand est-ce que cela entre en vigueur?", lance un journaliste dans la salle. Günter Schabowski ne sait pas, les dirigeants ne lui ont pas fourni de précisions. Alors il improvise. "A ma connaissance... immédiatement, sans délai".»

Si Günter Schabowski lâche cette bombe, c'est aussi à cause des questions qui se sont succédées lors de la conférence de presse. «Il n'était pas habitué à la presse libre, et il n'arrivait pas à gérer les questions et relances des journalistes internationaux –et il a donné la fausse impression que le mur était ouvert», raconte le Wall Street Journal.

En 2009, le journal américain révélait que quatre journalistes en étaient responsables: Riccardo Ehrman de l'agence de presse italienne ANSA, Krzystof Janowski de Voice of America, Peter Brinkmann de Bild et un dernier homme, jamais identifié officiellement. Il a contacté le quotidien en 2013, expliquant qu'il s'appelait Ralph Niemeyer et qu'il travaillait pour l'agence Dapa, qui a depuis fermé. C'est lui qui a demandé quand les voyages à l'étranger pour les ressortissants d'Allemagne de l'est allaient être autorisés, «ce qui a amené M. Schabowski à faire cette gaffe cruciale».

Sans ces quatre hommes, il est possible que le mur ne serait pas tombé ce 9 novembre 1989. Le Wall Street Journal explique ainsi que Günter Schabowski n'était pas censé dévoiler la nouvelle réglementation sur les voyages ce jour-là, puisqu'elle devait être publiée le lendemain dans les médias est-allemands. Et elle ne prévoyait pas une ouverture du Mur:

«M. Schabowski ne l'a pas seulement annoncé prématurement, il n'avait pas non plus lu la nouvelle réglementation avant de répondre aux questions des journalistes. Il était également absent lors de la réunion du Comité central lorsqu'elle a été adoptée.»

«Schabowski lit ce truc à la toute fin et s'en va, se souvient Ferdinand Protzman, qui était à l'époque reporter pour le New York Times. Nous étions là, à nous demander ce que cela voulait dire», raconte-t-il à l'International Business Times.

Les Allemands qui regardaient la conférence de presse ont, quant à eux, pris le membre du Politbüro du régime communiste au mot. «Après un moment de confusion, des centaines, puis des milliers, puis des centaines de milliers de Berlinois de l'est sont arrivés au checkpoint le plus proche de chez eux et ont demandé à pouvoir passer», se rémémore l'International Business Times.

C'est vers 23h30, finalement que le lieutement-colonel Harald Jäger a ordonné aux 46 gardes armés sous son commandement d'ouvrir la barrière et de laisser passer les gens, rappelle le Telegraph. Le Mur venait de tomber.

Slate.fr

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