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Football: en tuant la concurrence, le Bayern Munich tue aussi l'intérêt de la Bundesliga

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 06.11.2014 à 19 h 02

Repéré sur Quartz, Daily Mail, L'Equipe

Pep Guardiola, l'entraîneur du Bayern Munich, et Marco Reus, le joueur du Borussia Dortmund, lors d'un match de championnat, le 1er novembre 2014. REUTERS/Michaela Rehle

Pep Guardiola, l'entraîneur du Bayern Munich, et Marco Reus, le joueur du Borussia Dortmund, lors d'un match de championnat, le 1er novembre 2014. REUTERS/Michaela Rehle

Le Bayern Munich a pris un but, mais le Bayern a encore gagné (2-1), samedi 1er novembre. Face au Borussia Dortmund, son meilleur adversaire pour le titre ces dernières années, le club bavarois a sorti deux de ses atouts, Robert Lewandowski, auteur du but de l'égalisation, et Mario Götze, qui fait la passe qui amène le pénalty, pour venir à bout d'une équipe qui souffre en championnat.

Lewandowski et Götze. Les deux hommes évoluaient déjà ensemble, mais sous le maillot jaune et noir, il y a encore deux saisons. Après plusieurs saisons blanches le Borussia, double champion en titre, allait alors affronter le Bayern Munich en finale de la Ligue des champions 2013.

Annoncé partant pour Munich avant le début du marché des transferts (pour 37 millions d'euros), Mario Götze s'était blessé avant la finale, que le Bayern a finalement remportée dans les dernières minutes, grâce à un but d'Arjen Robben. La même année, le Bayern retrouvait le titre de champion d'Allemagne.

Fin 2013, c'est donc Robert Lewandowski, qui a annoncé son départ. Pire, le Borussia n'a pas récupéré un euro en compensation du départ de son buteur polonais, en fin de contrat. Voici comment SoFoot décrivait alors la relation entre les deux clubs:

«Au fond, si le Borussia Dortmund est Franck Lucas, parti d’en bas et arrivé en haut avec sa yellow magic, le Bayern est ce flic ripoux qui saigne les petites frappes et les grosses pointures qui marchent jusqu’à la moelle pour mieux se remplir les poches et l’armoire à trophées.»

Apres Götze et Lewandowski, Reus?

Et le Bayern Munich ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Le prochain sur la liste? Marco Reus. Et le sujet est plutôt polémique de l'autre côté du Rhin, comme le rappelait L'Equipe, avant le match de ce week-end:

Les patrons des deux clubs devraient sauter le traditionnel déjeuner d’avant-match pour éviter de se rencontrer. Karl-Heinz Rummenigge, le président du conseil d'administration du Bayern, a répété cette semaine qu’il était «potentiellement intéressé» par Marco Reus. «Nous ne faisons pas attention à ce qui vient de Munich, c’est répétitif», lui a répondu Michael Zorc, le directeur sportif du Borussia.

Les appels du pied sont d'autant peu appréciés que le Borussia est à la peine en championnat depuis le début de saison. Les hommes de Jürgen Klopp n'ont remporté que deux des dix premiers matchs, et pointent à la dix-septième et avant-dernière place.

Alors comme l'explique Quartz, le Bayern Munich est sûrement en train de remporter la bataille pour la suprémacie du foot allemand, mais il est aussi en train de perdre la guerre. 

Pas sur le plan sportif, bien sûr. Les Bavarois ont remporté huit des treize derniers championnats, participé à 17 des 18 dernières Ligue des champions. L'année dernière, ils ont été sacré champions à sept journées de la fin: un record. Cette saison, ils sont toujours invaincus et déjà en tête du championnat, avec quatre points d'avance sur leurs poursuivants.

Mais parce qu'en éliminant ses adversaires à force de racheter leurs meilleurs joueurs, le club se tire une balle dans le pied, résume L'Equipe:

«Par son histoire, son organisation, sa puissance financière, le club munichois est un mastodonte qui laisse peu de place à ses adversaires. Mais l’ogre n’aime pas jouer seul. Il a besoin de rivaux pour progresser. Pour que le spectacle (ainsi que les droits TV et la billetterie) soit plus beau, aussi. Quoi de plus profitable, donc, que de voir émerger depuis vingt ans un rival de la stature de Dortmund ?»

Pour Quartz, la tournure que prend cette saison 2014-2015 de Bundesliga pourrait donc tuer l'attractivité (sportive et financière) du championnat. «Est-ce que les supporters continueront à faire sept heures de route depuis l'Angleterre si Dortmund se bat pour se sauver et si Munich tue le suspense avant 2015?»

La différence avec la Premier League

Le manque de rivalité, c'est ce qui explique aussi la différence de popularité entre la Bundesliga et la Premier League, le championnat anglais, selon Martin Samuel dans le Daily Mail. En Angleterre, cinq à six équipes (Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City, Manchester United, et dans une moindre mesure Tottenham) bataillent pour le titre chaque année. En Allemagne, c'est le Bayern, en compagnie d'une ou deux autres équipes, selon les saisons. Avant Dortmund, c'était Schalke 04. Avant Scharlke 04, c'était Wolfsburg. A chaque fois, le Bayern Munich est présent.

Et cela ne va pas changer en raison du modèle économique de la Bundesliga –que le l'Allemagne aurait imposé au reste de l'Europe– estime Martin Samuel. 

«La raison pour laquelle cinq équipes peuvent l'emporter en Premier League? Les investissements des propriétaires de club. Rummenigge et ses potes de l'élite traditionnel se sont battus pour les rendre illégaux. Munich était en première ligne pour que de nouveaux flux d'argent n'investissent le jeu, de peur que cela touche leurs propres intérêts égoïstes.»

Avec une telle avance sur le reste du championnat, les Bavarois sont en train de tuer l'intérêt d'un championnat qu'ils avaient pourtant d'une certaine manière contribué à relancer en sauvant le BVB, il y a quelques années. C'est ce qu'avait tenu à expliquer l'ancien président du Bayern, Uli Hoeness, aujourd'hui en prison pour évasion fiscale. Le Guardian raconte ainsi que lorsque Pep Guardiola (l'entraîneur du Bayern) et Karl-Heinz Rummenigge (président du conseil d'administration) sont allés lui rendre visite il y a quelques semaines, Hoeness les a avertis qu'ils étaient en train de détruire leur seul rival sérieux. «Vous voulez être champions à Noël?», aurait alors demandé l'ancien président.

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