Monde

Pour les Républicains, le plus dur reste à faire: définir leur victoire

John Dickerson, traduit par Antoine Bourguilleau, mis à jour le 05.11.2014 à 17 h 45

Le résultat de l’élection de 2014 signifie moins une adhésion de l’électorat aux idées républicaines qu’un rejet du président au bout de six années de mandat.

Photo d'archive de 2007 montrant une sculpture d'éléphant, symbole du parti républicain. REUTERS/Jim Young.

Photo d'archive de 2007 montrant une sculpture d'éléphant, symbole du parti républicain. REUTERS/Jim Young.

Ces élections américaines de mi-mandat de 2014 constituent-elles une raclée? Une déculottée? Une correction? Un coup pour rien? Le président Obama se retrouve désormais devant la tâche délicate de trouver les mots pour décrire la défaite de son parti, née du mécontentement des électeurs face à la manière dont son mandat se déroule.

En 2010, Obama avait parlé de raclée. En 2006, Gorge W. Bush avait qualifié la défaite républicaine de «carabinée». Lorsqu’Obama aura trouvé l’adjectif qui convient, il lui faudra supporter une conférence de presse au cours de laquelle il devra répéter une fois encore pourquoi il n’est pas le problème.

La stratégie nationale a payé

Mardi soir, les Démocrates ont perdu au moins sept sièges au Sénat et une douzaine à la Chambre des représentants. Les Républicains ont également remporté des sièges de gouverneur dans des Etats clés en vue de l'élection présidentielle comme le Wisconsin, l’Ohio ou la Floride. En y ajoutant leurs victoires au Sénat dans des Etats comme l’Iowa, le Colorado ou la Caroline du Nord, cela devrait les aider à imposer l’idée qu'ils peuvent l’emporter en dehors de leurs bastions électoraux. Même le gouverneur républicain du Kansas Sam Brownback, en position difficile, est parvenu à l’emporter. Les Démocrates ont perdu deux sièges de gouverneur dans des fiefs du parti, le Massachusetts et le Maryland.

Le Parti républicain avait une stratégie et il l’a suivie dans presque toutes les élections sénatoriales: se présenter contre le président. Elle a payé. (La semaine prochaine, Obama doit visiter la Birmanie. Il aurait peut-être mieux fait de déprogrammer son voyage il y a huit mois et de rester ici.)

Les candidats démocrates ne sont pas parvenus à sortir de l’ombre du président. Toutes leurs tentatives de redonner un sens local à ces élections ont échoué. Au Colorado, le sénateur Mark Udall a mené campagne en direction des femmes et de leur droit à disposer de leur corps, un classique du camp démocrate et qui a maintes fois fait ses preuves –et qui a échoué. En Caroline du Nord, la sénatrice Kay Hagan a mené une campagne quasi parfaite en attaquant le républicain Thom Tillis sur les coupes budgétaires dans l’éducation qu’il avait fait voter quand il était le président de la Chambre des représentants de l’Etat. Ça n’a pas marché. En Géorgie, Michelle Nunn s’est attaquée au soutien que son adversaire, David Perdue, avait apporté à la sous-traitance étrangère quand il travaillait dans le secteur privé; cela n’a pas suffi non plus. La Georgie a beau avoir le taux de chômage le plus élevé du pays et 80% des votants affirmer, en sortant des urnes, que l’état de l’économie les inquiète, cela n’a pas empêché 60% d’entre eux de voter Perdue.

Une majorité démocrate évanouie dans la nature

Le président n’a pas été seulement un boulet pour les candidats démocrates; sa majorité a disparu dans la nature. Les Démocrates ont dépensé en vain 60 millions de dollars pour tenter de faire en sorte que l’électorat des élections de mi-mandat ressemble à celui des l'élection présidentielle, afin de tenter de remédier à l'effet «feu de paille» de leur coalition après celle-ci.

Dans l’Etat du Colorado, à titre d’exemple, les jeunes électeurs représentaient 20% de l’électorat en 2012. Ils n'en représentent plus que 13%. Le taux de participation des électeurs démocrates n'y a été que de 28%, un plancher historiquement bas dans l'Etat depuis les sénatoriales de 1992. Tous les votes s’effectuaient par correspondance cette année et si les Démocrates pensaient que cela leur permettrait de compter sur les voix des jeunes, c’est le contraire qui s’est produit selon eux. Et si cette défaite dans le Colorado fait si mal, c’est parce que les Démocrates n’avaient fait qu'y reprendre les éléments qui avaient si bien marché pour permettre la victoire de l'autre sénateur de l'État, Michael Bennet, en 2010.

Le résultat de l’élection de 2014 signifie moins une adhésion de l’électorat aux idées républicaines qu’un rejet du président au bout de six années de mandat. Les Républicains ne se sont pas vus confier un mandat pour des politiques spécifiques, mais après une victoire si enivrante, il serait facile de penser que tel est le cas. Les deux camps sont régulièrement tombés dans le piège de penser au-delà de ce que veulent les électeurs après une nuit électorale victorieuse. 

Doivent-ils vraiment s'attaquer à Obamacare?

Les chefs républicains ont déclaré qu’ils savaient qu’ils devraient faire la preuve qu’ils sont en mesure de gouverner pour se positionner favorablement pour la présidentielle de 2016. À quoi vont-il s’attaquer en premier? Les sondages montrent que l’économie est toujours le sujet n°1 pour les électeurs. Ils ont puni le président ce mardi, mais ils attendent les Républicains au tournant sur ce sujet. Selon un sondage, 63% des électeurs considèrent que le système économique «favorise les riches». Voilà un sujet sur lequel les Républicains vont devoir batailler.

Ils vont devoir à présent se concerter pour savoir quoi faire et dans quel ordre. Ils devraient «faire tout ce qui est humainement possible pour défaire Obamacare», disait le sénateur Ted Cruz mardi soir, en appelant à une intense campagne législative visant à mettre la pression sur le président. Mais est-ce vraiment le message adressé par les électeurs sur ce sujet? L’électorat est divisé entre ceux qui trouvent la loi bonne, ceux qui trouvent qu’elle ne va pas assez loin et ceux qui trouvent qu’elle va trop loin. 48% des Américains considèrent que la loi est bonne ou ne vas pas assez loin et 47% qu’elle va trop loin. En Iowa, théâtre d’une grande victoire électorale du Parti républicain, seuls 45% des électeurs considèrent que la loi va trop loin. De tels chiffres ne constituent pas vraiment un appel à l’action radicale.

Alors certes, le président Obama va devoir qualifier sa défaite. Mais les républicains vont devoir, quand à eux, analyser au plus près les raisons de leur écrasante victoire. Pas sûr que ce soit plus facile…

John Dickerson
John Dickerson (83 articles)
Journaliste
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