Culture

«Ce n'est pas un film de cow-boys»: la Manif pour tous, meilleur attaché de presse du cinéma français

Temps de lecture : 2 min

Finnegan Oldfield et Malivaï Yakou dans «Ce n'est pas un film de cow-boys», de Benjamin Parent.

Il y a des censures dont on se réjouirait presque, comme celle dont les membres de la Manif pour tous voudraient accabler Ce n'est pas un film de cow-boys, un formidable court-métrage de Benjamin Parent.

Ce film de 12 minutes, qui avait émerveillé à Cannes en 2012 –il faisait partie de la sélection de la Semaine de la critique– a connu un très beau parcours en festivals, raflé quantité de prix, été nommé pour le César du meilleur court-métrage... Il raconte l'histoire de quatre adolescents qui ont vu le film Le Secret de Brokeback Mountain à la télévision un soir et en discutent le lendemain, tourneboulés, dans les toilettes du lycée.

C'est un film qui parle d'homosexualité, d'homophobie, de virilité, de tolérance avec une intelligence rare. Forcément, ça ne pouvait que déplaire aux membres de la Manif pour tous. Alors qu'il a été sélectionné par le Festival du film d'éducation, et allait être diffusé à des lycéens du le Pays de la Loire, les extrêmistes anti mariage gay ont demandé son retrait.

Benjamin Parent nous a communiqué la lettre par laquelle le retrait a été demandé:


Dans une interview accordée à Yagg, Benjamin Parent explique la «fierté» qu'il a à se retrouver cible de ce mouvement:

«Un copain humoriste m’a dit: “Quand on est la cible de certaines personnes, on peut en être fier”. Eh bien moi, je suis fier d’être la cible de la “Manif pour tous”. Ces gens sont insignifiants et ne représentent pas mes valeurs. Je m’attendais à ce qu’on me tombe dessus. [...]

«Ce film parle de tendresse et d’amour, ce n’est même pas militant, il est généraliste et adapté pour tout public. [...] La seule chose qui peut choquer, c’est le langage très cru des jeunes, mais on parle comme ça dans les cours d’école. C’est juste l’histoire d’adolescents qui parlent d’un film qui les a touchés et qui discutent de la masculinité, de ce qui fait d’un homme un homme. Forcément, ça va à l’encontre des valeurs d’Éric Zemmour.»

Non seulement Benjamin Parent peut être fier, mais il peut aussi être satisfait pour sa notoriété. En s'opposant à lui, la Manif pour tous lui fait une sacrée pub –méritée. Grâce à elle, des milliers de personnes ont vu son film depuis hier, nous dit-il. Sylvie Clabecq, responsable du Festival pour la région Pays de la Loire, nous explique que de 80 élèves prévus pour la projection, ils sont passés à 100. Et d'autres voulaient venir, mais la place n'était pas suffisante.

Benjamin Parent subit avec son film le même traitement que la réalisatrice Céline Sciamma lors de la diffusion de Tomboy sur Arte en février dernier. Deux ans après la sortie cinéma, Civitas s'était insurgée que son film soit diffusé sur la chaîne franco-européenne et en avait demandé la déprogrammation. Sans effet bien sûr. Arte avait alors totalisé 1,25 million de téléspectateurs soit 4,9% de part d'audience, un chiffre exceptionnel, rappelle L'Express.

On souhaite le même succès au film de Benjamin Parent. Et on remercie La Manif pour tous de faire de la publicité à de si bons films.

Ce n'est pas un film de cow-boys

De Benjamin Parent, avec Finnegan Oldfield, Garance Marillier, Malivaï Yakou, Leïla Choukri.

Voir sur Allociné

Charlotte Pudlowski journaliste, créatrice et rédactrice en chef du podcast Transfert

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