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Midterms: Barack Obama a le monde pour exister

Daniel Vernet, mis à jour le 05.11.2014 à 12 h 02

C'est en politique étrangère que le président américain garde les prérogatives les plus importantes qui lui permettent de se passer de la coopération du Congrès.

Barack Obama monte dans Air Force One, sur une base du Maryland, le 2 novembre 2014. REUTERS/Jonathan Ernst

Barack Obama monte dans Air Force One, sur une base du Maryland, le 2 novembre 2014. REUTERS/Jonathan Ernst

«Un président qui se bat pour continuer à exister.» Le titre du New York Times, après que les Républicains ont fait basculer la majorité démocrate au Sénat, vaut autant pour l’action extérieure que pour la politique intérieure. C’est un Barack Obama affaibli qui entame les deux dernières années de son mandat. Ses interlocuteurs étrangers, de Vladimir Poutine à Xi Jinping, de Benjamin Nétanyahou aux dirigeants européens, le savent et en tireront les conséquences.

Certes, c'est en politique étrangère que le président américain garde les prérogatives les plus importantes qui lui permettent de se passer de la coopération du Congrès. D’ailleurs, ce ne sont pas les affaires internationales qui ont été déterminantes dans le vote du 4 novembre. Les électeurs américains se sont d’abord prononcés en fonction de la situation économique du pays et plus précisément encore de leur situation personnelle ou de la perception qu’ils en ont. Toutefois, l’idée que les Etats-Unis avaient perdu de leur influence dans le monde, que leur voix n’était plus aussi écoutée et que leur pouvoir n’était plus aussi respecté, a joué un rôle, même marginal, dans le choix des électeurs. 

Une majorité d’entre eux se sent menacée, que ce soit par les terroristes qui ont décapité deux de leurs concitoyens, par la Russie qui relève la tête ou par le virus Ebola. Les Républicains leur promettent une politique étrangère plus robuste.

C’est évidemment un revirement total par rapport à 2008. 

Attaqué de tous les côtés

Barack Obama a été élu la première fois pour mettre fin à ce qui était considéré comme l’aventurisme de son prédécesseur. Il avait promis de mettre fin aux deux guerres dans lesquelles les Etats-Unis étaient engagés en Irak et en Afghanistan. Et il a tenu parole. Les soldats américains se sont retirés d’Irak en 2011 et ceux qui restent en Afghanistan devraient l’avoir quitté en 2016, à la fin du second mandat d’Obama.

Or, aujourd’hui, cette promesse tenue n’est plus portée à son crédit. Le président est attaqué de tous les côtés. Aussi bien par ceux qui lui reprochent d’avoir affaibli la position des Etats-Unis en refusant les interventions extérieures que par ceux qui s’inquiètent d’un possible renvoi des boys dans les sables du Moyen-Orient pour combattre les djihadistes de l’Etat islamique. Par ceux qui voudraient qu’ils se tiennent à l’écart comme par ceux qui regrettent une intervention trop tardive.

 A l’instar de tous les présidents américains en fin de second mandat –avec l’impossibilité de se représenter–, Barack Obama est largement paralysé. C’est le fameux lame duck. Il peut cependant prendre des initiatives de politique étrangère sans l’aval du Congrès plus facilement que faire passer des lois. Dans la même situation, certains de ses prédécesseurs ne s’en sont pas privés. On pense à Bill Clinton essayant de relancer le processus de paix au Proche-Orient dans les derniers mois de sa présidence. Qu’il n’ait pas réussi ne tient pas seulement à la fragilité de sa position mais au fait qu’il se soit décidé trop tard à peser sur les protagonistes.

Il est peu probable que Barack Obama se lance dans une tentative semblable. Il entretient déjà des relations exécrables avec le Premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou qui a quelques raisons de se réjouir de voir ses amis républicains majoritaires au Sénat. Ses moyens de pression sur Israël, à supposer même qu’il veuille les utiliser, en sont réduits d’autant.

La voie iranienne

Barack Obama pourrait vouloir rechercher un succès diplomatique sur le dossier nucléaire iranien. Les négociations en cours entre Téhéran et le groupe dit P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne) doivent en principe se terminer le 24 novembre. Les points de vue des Iraniens qui veulent continuer leur programme d’enrichissement de l’uranium et des P5+1 qui veulent empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire sont encore très éloignées, mais il est normal que les positions se durcissent à l’approche de l’échéance. Des négociations directes entre Américains et Iraniens ont discrètement lieu pour tenter de combler les divergences. A tel point que les alliés européens craignent que Washington soit disposé à faire trop de concessions pour obtenir un succès. La France avait déjà bloqué une première version de l’accord intérimaire du printemps dernier qu’elle jugeait trop «laxiste».

Barack Obama est pris en fait dans une contradiction: d’un côté, il voudrait arriver à un accord avec les Iraniens auxquels il avait tendu la main dès 2008. Il écarterait ainsi le danger d’une nucléarisation de l’Iran et du même coup mettrait fin à une hostilité qui remonte à 1979 et à la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran après l’arrivée au pouvoir des mollahs. 

De l’autre côté, il ne peut pas accepter trop de concessions dans le but d’arracher ce succès car l’accord pourrait être bloqué par le Sénat, déjà très sourcilleux avec une majorité démocrate et qui le sera encore plus avec la majorité républicaine. Or le soutien du Congrès est indispensable pour une suppression des sanctions qui fera nécessairement partie d'un accord avec Téhéran.

La majorité républicaine du Sénat sera sans doute mieux disposée à l’égard des traités de libre-échange actuellement en discussion avec l’Europe et l’Asie que les démocrates traditionnellement plus protectionnistes. Est-ce une bonne nouvelle pour les Européens? C’est une autre question.

La tentation du repli sur soi

Toujours est-il que les Européens ne doivent pas s’attendre à un engagement plus marqué des Etats-Unis dans les affaires du Vieux continent. Barack Obama ne leur a jamais montré un intérêt particulier et le nouveau Congrès risque d’être en proie aux divisions au sein du Parti républicain entre les «faucons», comme le sénateur John McCain, partisans de la fermeté vis-à-vis de la Russie et les représentants du Tea Party, plutôt isolationnistes. Les Républicains traditionnels et le Tea Party ont réussi à taire leurs divergences le temps de la campagne pour ne pas faire le jeu des démocrates. La victoire acquise, les déchirements risquent de reprendre.

Tout ceci laisse à penser que les Etats-Unis vont connaître, pendant les deux prochaines années, la tentation du repli sur eux-mêmes, que les crises extérieures rendent illusoire.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
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