France

Nicolas Sarkozy veut appliquer la recette de 2004 à sa campagne de 2014 pour 2017

Olivier Biffaud, mis à jour le 05.11.2014 à 19 h 01

Il semble bien loin le temps où il avait conquis l'UMP en écrasant Dupont-Aignan et Boutin, cette victoire le lançant pour la présidentielle de 2007.

Nicolas Sarkozy, en meeting à Marseille, le 28 octobre 2014. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Nicolas Sarkozy, en meeting à Marseille, le 28 octobre 2014. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Pour l'élection présidentielle de 2017, les Français préfèrent Alain Juppé à Nicolas Sarkozy comme candidat de la droite. L'ancien Premier ministre de Jacques Chirac séduit 45% d'entre eux. Il devance l'ancien président de la République de plus de 20 points, selon un sondage Odoxa publié le 1er novembre[1]. François Fillon, Bruno Le Maire et Xavier Bertrand sont très loin derrière avec, respectivement, des scores stables de 11%, 10% et 6%. En revanche, pour Juppé et Sarkozy, deux dynamiques opposées sont mises en évidence dans cette enquête: le premier est en hausse alors que le second est en reflux.

A bon droit, les sarkozystes soulignent que la prochaine présidentielle se tiendra dans deux ans et demi. L'actualité du moment, sinon la priorité pour eux, c'est donc l'élection du président de l'UMP qui aura lieu le 29 novembre.

Cette consultation ne concerne pas tous les Français mais les seuls militants de ce parti. Et là, il n'y a pas photo: Sarkozy est largement favori face à Le Maire et Hervé Mariton, donné pour être le petit Poucet de la compétition.

La seule question qui a un véritable intérêt et un réel contenu politique est: quel sera son score? A 10 ans d'intervalle, Sarkozy se rêve probablement encore en maréchal soviétique. Elu le 28 novembre 2004 avec plus de 85% des voix, il avait écrasé Nicolas Dupont-Aignan (9,1%) et Christine Boutin (5,8%), ses deux concurrents, qui étaient encore à l'UMP à l'époque.


Journal de 20heures de France 2 du 28 novembre 2004

Le centre ne veut pas se ranger sous sa bannière

L'affaire n'a pas l'air de se présenter dans les mêmes conditions cette fois-ci. Le Maire, qui n'a aucune intention de faire de la figuration, bat la campagne depuis le 11 juin. De meeting en meeting, il prend garde de ne jamais attaquer frontalement l'ancien chef de l'Etat (notamment sur son bilan), mais il se démarque très nettement de lui.

Alors que Sarkozy alimente la fiction d'un nouveau parti post-UMP qui regrouperait la droite et le centre, Le Maire n'a de cesse de répéter qu'il ne veut pas faire disparaître l'UMP et que, bien au contraire, il souhaite réancrer le parti à droite entre le Front national et les centristes. Ses partisans résument l'opposition entre les deux hommes en disant que Sarkozy veut entraîner les militants dans un suicide collectif alors que Le Maire veut leur redonner le goût et la fierté d'appartenir à cette famille.

L'objectif de l'ancien chef de l'Etat est d'autant plus chimérique que, contrairement à la situation pré-présidentielle de 2007, aucune des composantes du centre n'envisage, aujourd'hui, de se ranger sous la bannière de Sarkozy redevenu président de l'UMP s'il briguait une nouvelle fois la présidence de la République. L'espoir que nourrit l'ex-locataire de l'Elysée est vain. François Bayrou n'est plus seul à vouloir faire vivre la sensibilité centriste, comme en 2007 et en 2012, lors de la présidentielle de 2017. Aucun des candidats à la présidence de l'UDI, que ce soit Jean-Christophe Lagarde ou Hervé Morin, ne veut laisser la bride sur le cou de Sarkozy.

En ce sens, la campagne interne que mène Le Maire pour la direction du principal parti de l'opposition est plus en phase avec la sensibilité actuelle de la base du parti. C'est pourquoi après l'avoir négligé, voire snobé, l'entourage de Sarkozy prend conscience que ce candidat-là pourrait faire un score autrement plus important que celui de Dupont-Aignan et Boutin réunis en 2004. D'autant que les partisans de Juppé et de Fillon ne vont pas se priver d'envoyer un message à l'ancien président en votant, et en faisant voter en sous-main, le 29 novembre, pour son principal adversaire.

La frange la plus droitière l’a déjà abandonné

L'ancienne potion magique pourrait bien, dès lors, se transformer en potion amère. Alors que tout lui réussissait dans la période pré-électorale de 2007, la machine à rassembler semble grippée en 2014.

A l'instar des Français estimant à 75% que Sarkozy a «raté» son retour, selon le sondage Odoxa déjà cité, 57% des sympathisants de droite ont la même impression. Heureusement pour lui, le pourcentage baisse encore au coeur du réacteur: 48% (seulement!) des sympathisants UMP ressentent ce «ratage», ce qui signifie qu'un sur deux (seulement!) pense que ce retour est réussi.

Les idées porteuses de 2004 –«travailler plus pour gagner plus», «baisser les impôts»– ont pris un sacré coup de vieux en 2014: la crise et le choc fiscal de 2012-2013 sont passés par là.

Il y a 10 ans, Sarkozy apparaissait comme celui qui allait tout bousculer après un quinquennat chiraquien encalminé, comparé au règne d'un «roi fainéant». Mais la magie n'opère plus.

Aujourd'hui, d'après l'enquête Odoxa, 77% des Français considèrent que Sarkozy «ne fait pas de propositions intéressantes pour répondre aux problèmes qui se posent à la France». Et parmi les sympathisants UMP, ils ne sont que 54% à estimer que ses propositions sont intéressantes. Parler de défiance serait sûrement abusif, mais évoquer une forme de désamour s'approcherait plus de la réalité.

D'autant qu'entre 2004 et 2014, une partie de l'électorat de l'UMP lui a échappé. Celle qui constituait la frange située la plus à droite du parti. Elle a rejoint, dans les urnes, l'électorat de Marine Le Pen.

Il y a 10 ans, Sarkozy avait entrepris une vaste opération de siphonnage de l'électorat frontiste. Avec un indéniable succès qui s'était traduit par une chute des voix obtenues par Le Pen père à la présidentielle de 2007. Il avait bien tenté de rééditer le coup à l'élection présidentielle de 2012 mais sans succès. Et maintenant, c'est la présidente du parti d'extrême droite qui envisage de siphonner les siennes.

1 — Sondage Odoxa pour iTélé, Le Parisien, CQFD. Enquête réalisée sur Internet les 30 et 31 octobre 2014 auprès d'un échantillon de 1.006 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus. Retourner à l'article

 

 

Olivier Biffaud
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Journaliste
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