Une étude mathématique nous explique pourquoi les hipsters se ressemblent tous

Hipster / James via Flickr CC License by.

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Savez-vous ce qu’est un hipster? Probablement, oui, si vous traînez vos guêtres dans certaines soirées parisiennes ou dans certaines parties de l’Internet mondial. Un hipster, c’est un individu qui tente en permanence de se démarquer (culturellement, vestimentairement…) afin d’appartenir à une sorte d’avant-garde personnelle censée lui permettre d’être unique. Les lunettes Wayfarer, les grosses barbes bien taillées, les tatouages de loup, les fixies (vélos à pignon fixe): voilà quelques éléments de l’attirail du hipster qui, à force de vouloir être différent, finit généralement par ressembler au hipster d’à côté. Le terme est d’ailleurs devenu assez péjoratif, désignant des personnes tellement obsédées par le fait d’appartenir à une marge qu’elles se transforment généralement en pures caricatures d’elles-mêmes.

C’est tout le paradoxe du terme qu’explique le mathématicien et neuroscientifique Jonathan Touboul, du Collège de France, dans sa dernière étude: utilisant les statistiques, il montre que ce désir permanent de se démarquer pousse finalement les hipsters à être tous les mêmes.

Principal responsable de cet état de fait: le délai entre l’évolution de la société et le réaction du hipster par rapport à cela. Généralement, le hipster décide de s’attribuer tel courant culturel ou tel accessoire de mode afin de prendre de l’avance sur le reste du monde. Mais une fois qu’il réalise que la chose en question est en train de devenir trop mainstream, il l’abandonne et passe à autre chose. Et c’est justement le temps mis à réaliser qu’il est temps d’aller explorer d’autres univers sous peine de devenir trop normal qui empêche le hipster d’être aussi unique qu’il le souhaiterait. Mieux, ce délai incompressible le contraint à devenir le sosie de ses semblables.

La modélisation mathématique de ce phénomène implique d’introduire un certain nombre de variables éminemment abtraites. Un exemple avec la première étape du raisonnement de Jonathan Touboul, qui a déjà de quoi faire fuir les moins matheux d’entre nous.

Cette formule exprime le fait que dans un groupe de n individus, la tendance observée par l’individu numéro i à l’instant t dépend du poids de l’influence de chacun des autres membres du groupe sur lui (ce sont les Jij), mais également du type de hipsters présents (ils peuvent être plus ou moins modérés, ce qu’expriment les vecteurs sj)  et du temps mis par le hipster i avant de réaliser que chacun des hipsters qui l’entoure est en train de commencer à lui ressembler sur tel ou tel point.

La suite est parfaitement maîtrisée mais d’un niveau extrêmement élevé: Touboul y utilise notamment des notions de thermodynamique ainsi que la théorie du chaos. La principale conclusion de l’étude est la suivante: seul le hipster qui parviendra à lire dans les pensées des autres hipsters afin d’avoir toujours un coup d’avance parviendra réellement à se démarquer. Les autres sont condamnés à rester les moutons qu’ils rêvent de ne pas être, allant tous dans la même direction à force de vouloir être uniques.

Ce modèle mathématique complexe, Jonathan Touboul propose de le transposer au monde de la finance, arguant qu’un bon trader est un trader qui anticipe à la vitesse de la lumière, tandis que ses congénères plus lents prennent tous la même décision géniale au même moment, ce qui a pour effet de désamorcer les résultats de leur démarche.

Pour finir, il imagine également un univers composé de hipsters et de non hipsters à parts égales: d’après son modèle, dans ce petit monde, chaque individu irait tour à tour et aléatoirement vers chaque tendance. Autrement dit, chaque sujet basculerait alternativement du mainstream au non-mainstream comme une boule de flipper, condamnant le monde des hipsters à faire bientôt tilt.

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