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L'alcool nous rend meilleurs en langues étrangères... parfois

Cocktail. star5112 via Flickr CC License by

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Passer des appels alcoolisés à ses ex, chercher la bagarre avec les videurs... l'alcool délie les langues et ses propriétés nous sont bien trop familières. Mais il s’avère que la capacité de l’alcool à réduire les inhibitions est aussi bonne pour parler dans une langue étrangère.

Vous connaissez l’importance des émotions –telles que le stress, l’anxiété, l’amour-propre et la peur– dans l’apprentissage et l’utilisation d’une autre langue. La peur de dire n’importe quoi ou d’avoir l’air stupide nous fait bégayer et hésiter, mélanger les temps de nos verbes et mal prononcer. L’alcool peut suffisamment vous désinhiber pour que vous vous sentiez plus à l’aise à l’idée de faire des erreurs, ce qui, en premier lieu, vous rend moins muet.

C’est par exemple cet effet post-sangria qui augmente la fluidité en espagnol: dans une étude des années 1970, on a demandé à des étudiants d’université anglophones d’effectuer un test de prononciation en thaï, une langue dans laquelle ils n’avaient aucune expérience, après avoir bu différentes quantités d’alcool. Que c'est-il passé? Ceux qui avaient bu environ 44 ml d’alcool réussissaient mieux le test de prononciation que ceux qui avaient bu un placebo sans alcool. Ces 44 ml d’alcool étaient apparemment la quantité parfaite pour détendre suffisamment les sujets de sorte qu’ils ne se sentent pas idiots en essayant de prononcer les sonorités d’une langue très différente de l’anglais. Mais les sujets qui ont bu cette quantité d’alcool ont aussi réussi mieux que ceux qui avaient consommé un peu plus de 88 ml ou 10 cl de boisson.

En effet, plusieurs autres études confirment ce que vous saviez sûrement déjà: les gens alcoolisés mangent leurs mots, même dans leur langue natale. Par exemple, apparemment, boire sept shooters de Bourbon 86 proof était suffisant pour que les participants changent leurs «L» en «R» et leurs «S» en «Ch», même lorsqu’il s’agissait de natifs anglophones parlant en anglais. Avec 0,10% d’alcool dans le sang, le discours des participants était plus lent et contenait plus de pauses que lorsqu’ils étaient sobres. Donc si une seule boisson peut délier la langue pour le meilleur, être saoul peut directement la lier de nouveau.

En 2012, le Dailymail rapportait les résultats d’une étude qui estimait qu’ingérer l’équivalent de deux pintes de bières ou de deux verres de vin de taille moyenne permettait d’améliorer la créativité dans la résolution des problèmes. Le globe-trotter irlandais Benny Lewis a par ailleurs souligné le problème qui se pose si la boisson aide effectivement à l’apprentissage:

«[...] Vous auriez donc besoin de boire beaucoup et tous les jours pour pouvoir continuer à converser, dans ce cas vous aurez de bien plus gros problèmes dans la vie que simplement apprendre une langue! Pourquoi devriez-vous attendre les quelques heures de la semaine où vous êtes dans un pub ou en train de trinquer avec des bières quelque part? [...]»

Donc une boisson peut améliorer la manière dont vous parlez dans une langue étrangère, et les médicaments? Une étude similaire a été menée en utilisant du Valium [diazépam, un tranquillisant] à la place de l’alcool, mais on n’a pas noté d’effets sur les performances au test de prononciation: il semble que le Valium ne réduise pas les inhibitions de la même manière. De ce que je sais, il n’y a pas d’autres études menées sur d’autres types de médicaments, mais encore une fois, ça peut être un sujet compliqué à faire approuver par un comité d’éthique universitaire!

Mais vous n’avez pas besoin de trimballer une flasque simplement pour pouvoir parler aux gens: il y a d’autres moyens de surmonter les émotions négatives qui paralysent quand on apprend une langue.

Certains apprenants développent des stratégies pour diminuer l’anxiété et augmenter son auto-estime, comme faire des activités de relaxation, écouter de la musique, regarder des vidéos amusantes ou tenir un journal, beaucoup expliquent qu’ils adoptent ainsi une personnalité différente, plus confiante, lorsqu’ils apprennent une langue.

Une autre bonne astuce consiste à répéter en avance les interactions potentiellement stressantes, ou renforcer votre confiance en vous en cherchant des situations de pratiquer sans stress, entouré de gens positifs –ça peut être un face-à-face avec des amis, sur l’une des nombreuses plateformes de conversation en ligne, ou même juste de parler à voix haute à votre animal de compagnie!

Le revers de la médaille est que, pour certains, un peu d’anxiété peut aider vos compétences linguistiques. De la même façon que certains musiciens ou athlètes excellent sous la pression, un peu de nervosité peut vous garder vigilant et vous mener à une meilleure performance. Mais peu importe à quel point vous êtes gracieux sous la pression, parler une nouvelle langue dans la vraie vie demande juste du courage, qu’il soit ou non sous forme liquide.

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