Culture

Cette année aux Oscars, le meilleur film va vraiment gagner (normalement)

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 03.11.2014 à 12 h 54

Repéré sur Grantland, The Week, The Hollywood Reporter

Matthew McConaughey le 3 mars 2014, lorsqu'il reçoit l'Oscar pour son rôle dans Dallas Buyers Club. REUTERS / Lucy Nicholson

Matthew McConaughey le 3 mars 2014, lorsqu'il reçoit l'Oscar pour son rôle dans Dallas Buyers Club. REUTERS / Lucy Nicholson

Année après année, beaucoup reprochent aux votants des Oscars de ne choisir que des films rassembleurs, remplis de bon sentiments. Mais lors de la prochaine cérémonie en 2015, cela pourrait changer.

Mark Harris, journaliste pour le site Grantland, explique que jusque-là se mettait en place une théorie presque mathématique:

«Si les votants de l’Académie avaient du cran, ils donneraient l’Oscar du Meilleur film à “X”. Mais ils n’ont pas de cran. Ils vont donc donner le Meilleur film à “Y”. »

Et c’est dans ce film dit Y que réside tout le problème: il sera plus consensuel et moins provocant que le film qui aurait dû gagner cette année-là (le film dit X). Cette logique s’applique depuis très longtemps, comme le rappelle le journaliste:

«En 1941 Qu'elle était verte ma vallée (un très bon film) a battu Citizen Kane (un encore meilleur film).»

Ces dernières années, ce schéma s’est souvent reproduit. Par exemple en 1995 quand Forrest Gump (un Y), a coiffé au poteau le sulfureux Pulp Fiction de Quentin Tarantino (le X cette année-là). Ou encore en 2006, quand Collision bat Brokeback Mountain, et en 2011, lorsque Le Discours d’un Roi repart avec la statuette en lieu et place de The Social Network.

«Les films Y sont vus comme des clichés aux messages affables ou anodins […] et quand ils ne vous disent pas que tout ira bien, ils traitent de sujets sans controverses philosophiques», explique Mark Harris.

Beaucoup pointent du doigt les 6.000 votants de l’Academy of Motion Picture Arts & Sciences, réputés pour être en majorité «des hommes, vieux et blancs», comme le rappelait en février dernier The Week. Car en plus de préférer des films en général plein de bons sentiments, ils sont parfois juges et parties quand il s’agit de voter, certains n’hésitant pas à favoriser leurs proches. «Un de mes amis est le monteur de Captain Phillips, alors vous pensez que j’ai voté pour qui?», expliquera anonymement l’un des votants au Hollywood Reporter.

Mais cette année, les choses pourraient être différentes.

Parmi les films qui espèrent être nommés dans la catégorie reine, on retrouve Boyhood, Gone Girl, The Grand Budapest Hotel, Whiplash, et Birdman, déjà sorti dans les salles américaines, et auxquels devraient s’ajouter Interstellar, The Imitation Game et The Theory of Everything.

Mais aucun de ces films, favoris avant l’heure et très bons aux yeux des critiques, ne remplit complètement les critères pour prétendre à la couronne: trop science-fiction (dur de récompenser Interstellar derrière Gravity), pas assez de succès au box-office (Whiplash), polémique (Gone Girl et sa vision des femmes), trop semblable au Discours d’un Roi (The Imitation Game)...

«Il n’y a pour l’instant aucun candidat de l’intégrité, pas de choix déclaré, aucun vainqueur qui réparerait un mal ou qui offenserait les personnes qui méritent d'être offensées», explique Mark Harris. Peu de chance donc que cette année se répète la malédiction du X et du Y.

Le journaliste se prend à rêver et va plus loin en plus que le choix le plus courageux de l’année serait de placer le documentaire Citizen Four, qui raconte l’affaire Snowden, très polémique aux Etats-Unis, dans la catégorie «Meilleur film de l’année». 

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