Midterms: des débats, pas d'idées

Dans le Maine, le 3 novembre 2014. REUTERS/Brian Snyder

Dans le Maine, le 3 novembre 2014. REUTERS/Brian Snyder

Les Républicains vont remporter les élections de mi-mandat sur le seul principe de l’impopularité d’Obama.

Lors des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, les Républicains vont rafler des sièges dans les deux chambres du Congrès. Ils vont peut-être même prendre le contrôle du Sénat. Ces victoires leur donneront un mandat sans équivoque pour soutenir une proposition: l’aversion généralisée pour le président Obama. Et c’est tout. Plus de quatre milliards de dollars vont être dépensés dans cette campagne, pour qu’au final cette énorme machine bourdonnante crache un petit bout de papier où on ne lira rien d’autre.

Cette année, il n’y a pas de mandat présidentiel en jeu et le camp gagnant s’en sortira en se contentant d’agiter le spectre du cauchemar Obama. Les débats, discours et spots républicains sont tellement orientés vers le président et le fait que les candidats démocrates abondent en son sens qu’aucun autre message ne s’impose. Si politiquement la stratégie se défend, elle ne suffira pas à gouverner. Les Républicains peuvent prendre le contrôle du Congrès, mais ce sera au prix du tabassage en règle d’un président avec lequel ils devront travailler alors qu’une majorité d’Américains affirment qu’ils veulent à Washington des dirigeants qui font des compromis.

Tout tourne autour d'Obama

Mais une majorité d’Américains, ce n’est pas la majorité des électeurs qui vont probablement accorder au parti vainqueur la victoire décisive.

A en croire un récent sondage du Pew Research Center, pour 61% des électeurs républicains, le bulletin pour les élections au Congrès est un moyen de voter contre le président, contre 56% en 2010, époque où la ferveur anti-Obamacare avait fait perdre aux démocrates 63 sièges à la Chambre des représentants et 6 au Sénat.

Les Républicains vont sans doute récolter le plus gros de leurs gains dans les sept Etats que Mitt Romney a remportés lors des élections présidentielles de 2012, dont six ont alors affiché en sa faveur des écarts à deux chiffres. Dans l’Arkansas –Etat qu’Obama a perdu de 24 points– le candidat républicain au Sénat Tom Cotton a prononcé 74 fois le nom du président américain lors de son débat de 90 minutes avec le sénateur démocrate Mark Pryor, ce qui a donné à l’équipe de campagne de Pryor l’idée de produire cette vidéo hypnotisante:

Comme le souligne Dan Balz dans le Washington Post, cette campagne a beau être sans objet, elle est quand même à propos d'Obama.

Quand vous faites campagne sans programme et que vous gagnez, cela signifie qu’aucun des deux camps n’est sûr de remporter le prochain mandat.

 

Dans des Etats comme le Colorado, l’Iowa et la Caroline du Nord, qui ne penchent pas particulièrement à droite, la victoire républicaine n’en sera pas moins motivée par une antipathie à l’égard d’Obama parce que c’est l’argument majeur brandi par les candidats républicains qui y font campagne.

Les candidats du Good Old Party ont affirmé qu’ils préféraient moins de régulation, moins d’impôts et une réforme de l’Obamacare, mais se contenter d’évoquer une préférence ce n’est pas la même chose que faire campagne sur des idées.

La communication politique passe par la répétition. Si vous voulez vraiment faire passer un message, il faut bien enfoncer le clou. Les campagnes du comité d’action politique Crossroads de Karl Rove sont un modèle du genre. En Caroline du Nord, Crossroads diffuse un spot dans lequel on demande à une enfant d’épeler le nom de la sénatrice démocrate sortante, Kay Hagan, qui se représente. «Hagan. O-B-A-M-A», épelle la petite fille. «C’est presque ça», assènent les trois juges. 

Une version comparable de ce spot est diffusée dans d’autres Etats. Deux autres spots de Crossroads dans la dernière ligne droite de la campagne en Caroline du Nord ne parlent eux aussi que d’Obama. Le National Republican Senatorial Committee a utilisé les mêmes arguments de campagne. Et c’est comme ça partout où la course est serrée.

Les gouverneurs font une autre campagne

Un communiqué de presse appelé «argumentation finale», envoyé une semaine avant le jour du scrutin par le National Republican Congressional Committee, explique:

«Nous avons diffusé aujourd’hui nos derniers spots pour ce cycle et le président Obama figure dans presque chacun d’eux. Ces spots de fin de campagne montrent à quel point Obama est devenu toxique pour les Démocrates de la Chambre.»

La seule proposition politique qui se rapproche vaguement du mantra anti-Obama est la promesse de sécuriser les frontières, ce qui reste plutôt vague.

Les midterms

Les élections de mi-mandat sont les élections des deux chambres du Congrès des Etats-Unis qui se tiennent au milieu du mandat du président, le mardi suivant le premier lundi de novembre.

L'ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants est renouvelée, ainsi qu’un tiers des 100 sièges du Sénat américain.

Le même jour ont souvent lieu d'autres élections, comme celle des gouverneurs.

Source: Wikipedia

C’est toute la différence entre les candidats au Congrès et les gouverneurs du Parti républicain. Ces derniers ont pour principe qu’il faut fonder sa campagne sur des idées si l’on veut obtenir un mandat qui permettra de les mettre en œuvre. C’est la bonne parole promue par Scott Walker, gouverneur du Wisconsin, et Mitch Daniels, ancien gouverneur de l’Indiana, républicains populaires montrés en exemple d’élus ayant su transformer, une fois au pouvoir, des promesses de campagne en avancées pour les idées conservatrices (ce qui explique pourquoi ces gouverneurs ont reproché à Romney d’avoir mené une campagne anti-Obama qui mettait trop peu l'accent sur une vision politique). C’est également la raison pour laquelle les gouverneurs républicains utilisent leurs homologues de Washington comme des faire-valoir. Ils se présentent comme la branche du parti qui agit, prenant implicitement (ou pas si implicitement que ça) de la distance avec celle qui ne propose pas de solution.

Côté Congrès, le chemin du succès est pavé d’idées vagues. Ce n’est pas la première fois que l’absence de programme politique s’inscrit dans la stratégie électorale des Républicains. En 2010, le GOP a remporté la Chambre des représentants avec un programme qui reposait sur la bouillie la plus floue jamais mise en forme et présentée comme un programme rassembleur. Les Démocrates n’avaient pas non plus de message d'union lorsqu’ils se sont présentés contre Bush en 2006, mis à part son impopularité.

Lorsque vous faites campagne sans programme et que vous gagnez, cela signifie qu’aucun des deux camps n’est sûr de remporter le prochain mandat.

Faut-il tenter de plaire à l’électorat conservateur qui vous a mené au pouvoir ou à celui, plus modéré, auquel vous serez confronté en 2016?

 

Cela signifie également d’enthousiasmants débats en perspective entre républicains et conservateurs en 2015. Si le GOP prend le contrôle du Sénat en gagnant dans des Etats où Romney avait devancé Obama avec des écarts à deux chiffres, le compromis est encore loin. Dans un récent sondage effectué par le Wall Street Journal, 38% des Républicains déclarent que les nouveaux membres du Congrès doivent faire des compromis; seuls 32% des électeurs du Tea Party sont du même avis (51% des indépendants et 68% des Démocrates veulent des compromis). Faut-il accorder son violon pour plaire à l’électorat conservateur qui vous a mené au pouvoir ou à celui, plus modéré, auquel vous serez confronté en 2016? Parce que dans le cycle d’élections suivant, des sénateurs républicains vont tenter de se faire réélire dans l’Ohio, en Floride, dans le Wisconsin et en Pennsylvanie, qui sont tous des Etats remportés par Obama. Les manœuvres pour la nomination républicaine en vue des élections de 2016 vont bien plomber ce débat.

Les enjeux sont de taille. Les Républicains vont essayer de mettre au point un programme rassembleur dépourvu de la clarté qu’auraient pu lui conférer des élections, sous les yeux d’un public à la patience très limitée.

Si les électeurs font confiance aux Républicains sur une foule de sujets, de la sécurité nationale à l’économie, ils n’en ont pas moins une piètre opinion du parti. Dans l’enquête menée par Pew, 38% d’entre eux affirment avoir une vision positive du Parti républicain, et 54% disent entretenir une opinion défavorable. Le public reste divisé vis-à-vis du Parti démocrate: 47% déclarent une opinion favorable et 46% défavorable. «Si nous ne consolidons pas notre position à la Chambre, que nous ne nous emparons pas du Sénat et que nous ne montrons pas que nous sommes capables de gouverner, alors il n’y aura pas de président républicain en 2016», s’alarme Kevin McCarthy, chef de la majorité à la Chambre dans un récent article de fond publié dans Politico sur ses tentatives de rassembler le parti après les élections. C’est un début, mais pas facile de savoir quelle forme doit prendre l’idée de «prouver que nous sommes capables de gouverner».

Aucun message économique

Des deux partis, les Républicains sont peut-être les plus conscients que ces élections masquent des problèmes internes encore irrésolus. Les Démocrates peuvent mettre leurs pertes sur le compte de l’impopularité du président et sur les électeurs des Etats majoritairement républicains. Mais aux yeux des progressistes et des stratèges des syndicats, le problème est qu’ils n’ont pas fait campagne avec un message économique susceptible de toucher les électeurs des classes moyennes. En mettant l’accent sur la contraception et l’avortement, ils ont surtout ciblé les femmes et négligé un message économique plus populaire qui aurait pu attirer des électeurs dont le revenu familial tourne autour de 50.000 dollars annuels. 

On n’est pourtant pas près d’entendre lancer ce genre de débat, puisqu’une victoire des Républicains aura pour conséquence un rassemblement des Démocrates. Et quelle sera leur idée dominante? A quel point les Républicains sont mauvais.

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