Monde

Midterms: apprenez à parler politique comme un vrai Américain

Slate.fr, mis à jour le 03.11.2014 à 17 h 46

Notre lexique pour suivre en VO la dernière ligne droite des élections de mi-mandat aux Etats-Unis.

L'âne et l'éléphant, symbole des démocrates et des républicains. REUTERS/Oswaldo Rivas.

L'âne et l'éléphant, symbole des démocrates et des républicains. REUTERS/Oswaldo Rivas.

Les campagnes électorales américaines drainent avec elles des expressions on ne peut plus anglo-saxonnes qui peuvent devenir des casse-têtes pour les traducteurs et journalistes français. Si vous voulez comprendre la campagne des midterms 2014 en version originale, suivez le guide!

Attack ad

«The N.R.A.’s Instant Classic Attack Ads» – The New York Times

Littéralement: une pub d’attaque.

Lorsque les candidats décident d’attaquer leurs adversaires plutôt que de défendre leurs propres arguments pour gagner la bataille électorale, ils le font souvent par le biais de spots publicitaires violemment critiques qui deviennent parfois viraux sur les réseaux sociaux.

Proposition de traduction: une publicité négative.

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Ballot access

«North Carolina, which for years was one of the toughest ballot access slogs for third-party candidates» Bloomberg

Littéralement: l’accès au scrutin.

L'expression désigne le fait pour un candidat d'être autorisé à se présenter. Les règles varient d’un Etat à l’autre et se fondent sur des critères tels que l’âge du candidat, un nombre minimum de signatures d’électeurs inscrits ou le statut du parti auquel il appartient. Elles sont approuvées dans chaque Etat par un Conseil des élections.

Proposition de traduction: la validation des candidatures.

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Battleground / Swing / Toss-up

«President's Approval At 45%; Only 38% In Senate Battleground States» — Forbes

Littéralement: un Etat ou une circonscription champ de bataille / qui oscille / à pile ou face

Le terme désigne les Etats et les circonscriptions qui font l'objet d'un scrutin très disputé: l’électorat «oscille» entre le Parti républicain et le Parti démocrate.

Pour les sénatoriales, le site RealClearPolitics identifie ainsi huit sièges particulièrement disputés: Alaska, Caroline du nord, Colorado, Géorgie, Iowa, Kansas, Louisiane et New Hampshire. Pour les gouverneurs, ils sont quatorze. A noter que ces Etats ou circonscriptions ne recoupent pas forcément les swing states de la présidentielle: dans l'Ohio par exemple, LE swing state des présidentielles, les sondages donnent vingt points d'avance au républicain John Kasich.

Proposition de traduction: un Etat ou une circonscription clef ou pivot.

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Bellwether

«Wisconsin Governor’s Race Seen as 2016 Bellwether» The Wall Street Journal

Littéralement: un bélier portant une cloche autour du cou et guidant le troupeau.

En politique américaine, l’expression désigne le plus souvent un Etat qui vote tout le temps suivant la tendance nationale: on a longtemps parlé du Missouri Bellwether, par exemple. Le concept a aussi été élargi aux comtés, certains donnant une bonne tendance du résultat final.

Proposition de traduction: Etat ou comté baromètre.

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Campaign trail

«Christie Joins The Corbett Campaign Trail»CBS Local

Littéralement: la piste de la campagne.

Lorsqu’un candidat est en campagne, il sillonne continuellement les routes de son Etat ou de son district, suivi par ses conseillers et par un ensemble de journalistes qui sont accrédités auprès de lui: une sorte de caravane de presse de la campagne électorale.

Proposition de traduction: dans la lignée du «Hollande Tour» et du «Sarko Tour» de la présidentielle française, on peut parler par exemple du «McConnell tour» pour l'influent sénateur républicain du Kentucky.

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Concession call / Concession speech

«“For too many women, for too many families they don’t just face ceilings for their dreams,” Clinton said, referring to the 18 million cracks in the glass ceiling, or the 18 million Americans who voted to make her the first female Democratic presidential nominee in 2008, she famously referenced in her concession speech, “they feel floor has collapsed beneath their feet.”»NPR

Littéralement: appel de concession / discours de concession

Ce sont les deux actes par lequel le perdant d'une élection concède au gagnant qu'il l'a battu. D'abord, un coup de fil personnel pour le féliciter de sa victoire; ensuite, un discours devant ses partisans pour reconnaître la légitimité du président nouvellement élu. La façon dont cela se passe influe sur la postérité du perdant, témoin le bon accueil qu'avait reçu le discours de John McCain lors de la présidentielle 2008 ou à l'inverse celui de Nixon lors de sa défaite pour devenir gouverneur de Californie en 1962.

Proposition de traduction: reconnaissance de défaite / discours de défaite.

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Dark horse

«In one of this year's dark horse races, small businessman and first-time political candidate Matt Geiger is trying to unseat five-term Democratic Rep. Betty Komp in House District 22»Statesman Journal

Littéralement: cheval noir.

Utilisé en référence aux courses hippiques, le terme s’applique à un candidat relativement peu connu et qui semble avoir (très) peu de chances de l’emporter. On date souvent la naissance de l’expression du président James K. Polk, nommé de manière inattendue par le parti démocrate en 1844 avant de gagner l’élection.

Proposition de traduction: grosse cote.

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Dark money

«And much of that money comes from groups that don't disclose all their donors –known in politics as dark money groups»CNN

Littéralement: l’argent obscur.

L'expression désigne les fonds destinés à la campagne politique d’un candidat dont la provenance n’est pas claire, tant le financement des campagnes électorales américaines est peu régulé. Si un particulier ne peut donner que 2.600 dollars maximum à un candidat et 32.400 à un parti par an, les mêmes règles ne s’appliquent pas aux entreprises et aux syndicats. Par le biais de Super-PAC, ils peuvent contribuer à une campagne sans plafond, mais leurs dons ne sont pas anonymes; et grâce aux organisations «501(c)4» (associations civiques à but non lucratif), ils peuvent financer la campagne de manière illimitée et anonyme.

Proposition de traduction: financement opaque.

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Flip-flop

«Her delayed flip flop showed a "lack of leadership and an unwillingness to stand up to President Obama when he is wrong"»CNN

Littéralement: salto/ circuit électrique à bascule/ une tong.

Un flip-flopper est un homme ou une femme politique accusé(e) de changer de position en fonction de l’air du temps. Pendant cette campagne 2014, le terme a par exemple été appliqué à la sénatrice de Caroline du nord Kay Hagan, qui avait dans un premier temps estimé qu'interdire l'entrée aux Etats-Unis à des citoyens de pays touchés par Ebola ne résoudrait rien, avant de changer d'avis.

Proposition de traduction: acrobate idéologique; spécialiste de la volte-face; retourneur de veste; girouette programmatique.

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Gerrymandering

«Has Gerrymandering Made it Impossible for Democrats to Win the House?»The New Yorker

Littéralement: intraduisible.

Le terme dérive de Elbridge Gerry, un gouverneur du Massachusetts du début du XIXe siècle qui avait été accusé d’avoir découpé les districts pour l’élection des membres de la Chambre des représentants de manière particulièrement malhonnête. Il est depuis utilisé quand des districts sont redécoupés sans respecter la logique géographique afin de fournir un avantage à un parti politique, par exemple en concentrant un maximum d'électeurs d'un parti dans un seul district de l'Etat afin que l'autre parti puisse remporter tous les districts restants.

Proposition de traduction: charcutage électoral.

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Kick the can down the road

«Whether it is gamesmanship or politics as usual in Washington, the strategy of using courts to kick the can down the road is a sad form of government» Forbes

Littéralement: donner un coup de pied dans une canette dans la rue.

Au figuré, la canette se transforme en déficit budgétaire que le Congrès ne bouche jamais, en une décision que le président ne prend pas, etc.

Proposition de traduction: renvoyer aux calendes grecques.

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Landslide

«History will tell us that voter sentiment should be favoring a landslide on behalf of the opposition party»Fox News

Littéralement: glissement de terrain.

Une autre façon de dire que le candidat qui en est victime sent le sol se dérober sous ses pieds. Le terme désigne une victoire écrasante d’un candidat ou d’un parti politique: au XXe siècle, ont été qualifiés ainsi les triomphes présidentiels de Roosevelt en 1936, de Johnson en 1964, de Nixon en 1972 ou de Reagan en 1984. Pour ce qui est des élections de mi-mandat, l'exemple le plus récent est celui de 1994, où les Républicains avaient conquis 54 sièges à la Chambre des représentants, la faisant basculer pour la première fois depuis quarante ans et mettant au tapis le président sortant de la Chambre, Tom Foley.

Proposition de traduction: victoire écrasante / vague rose / vague bleue.

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Lead from behind

«“We need leaders who know that America can’t ‘lead from behind,’ because when you’re behind others, you’re really just following,” Mrs. Ernst says»The Washington Times

Littéralement: «mener par l’arrière».

Euphémisme péjoratif. Rare expression ironique de ce glossaire, «mener par l’arrière» est un contre-sens, comme «retour vers le futur». Gare aux dirigeants politiques qui ne prennent pas les choses en main et se laissent mener par le bout du nez. L’expression est notamment souvent employée par les Républicains à propos de la politique étrangère de Barack Obama.

Proposition de traduction: être passif.

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October surprise

«How the Legend of the "October Surprise"’ Came to Haunt D.C.»Time

Littéralement: surprise d’octobre.

Le terme désigne un événement imprévu qui survient habituellement en octobre, quelques semaines avant les élections, et qui peut en affecter le résultat. Les October Surprises sont souvent liées à une crise majeure en politique étrangère. Cette année, les frappes en Irak et en Syrie contre l'organisation Etat islamique et Ebola ont notamment été cités.

Proposition de traduction: Une affaire à la Papy Voise.

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PAC et super PAC

«This Super PAC Was Behind 1 Out of Every 20 Senate Ads»Time

Littéralement: comité d’action politique, super comité d’action politique.

Le terme désigne des associations politiques distinctes des partis ou des comités de campagne des candidats aux élections. Ces PAC (Political Action Committee), souvent dirigées par des proches des candidats, lèvent des fonds qu’elles dépensent en publicité pour les soutenir. Elles ont pris beaucoup d’importance après une décision de la Cour suprême en 2010, qui dérégula le financement électoral et permit aux entreprises et syndicats de faire des dons illimités aux super PAC.

Proposition de traduction: comités de soutien.

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Political handicapping

«Republican strategist Karl Rove and Democratic strategist Joe Trippi will be among the guests handicapping the hottest races of the midterms»USA Today

Littéralement: assigner des handicaps à des politiques

L'expression handicapping a horse race désigne le fait pour un spécialiste des courses de chevaux de prédire le résultat d'une course. Appliqué à la politique américaine, l'exercice consiste à tenter de prévoir quel parti remportera tel siège de sénateur, ou combien chacun comptera de sièges au sein de la Chambre des représentants.

Proposition de traduction: prédiction / prévision électorale.

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Red States/Blue States

«More Red States Are Poised To Raise The Minimum Wage»The Huffington Post

Littéralement: Etats rouges/Etats bleus.

L’expression désigne bien sûr la couleur politique des Etats, mais un Français biberonné à l’opposition gauche rose/droite bleue risquerait de se tromper: les Red States désignent les Etats solidement républicains (Oklahoma, Wyoming, Idaho, Alabama…) et les Blue States les Etats solidement démocrates (Vermont, Massachusetts, New York, Californie…). Longtemps, les couleurs étaient attribuées de manière inverse ou alternées selon les élections, et la distinction actuelle n’a été popularisée qu’au début des années 2000, notamment sous l’impulsion d’un journaliste de NBC, Tim Russert. Les swing states sont eux parfois appelés les purple states.

Proposition de traduction: fiefs républicains/démocrates.

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Riding coattails

«In a toss-up race rife with viciously negative attack ads, Ms. Hagan has looked for new coattails to ride. She found them in Hillary Clinton»The Globe and Mail

Littéralement: voyager aux basques de (les coat-tails, c'est le bas d'un costume).

L’expression s’emploie quand un candidat tente de profiter de la popularité d’une personnalité nationale pour booster sa propre campagne. L’expression a notamment été beaucoup utilisée à propos de Ronald Reagan dans les années 1980. Cette année, côté démocrate, les coattails de Hillary Clinton ont été bien plus recherchés que ceux de Barack Obama.

Proposition de traduction: surfer sur la popularité de.

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Runoff

Littéralement: finale, belle

Si, l'immense majorité du temps, les élections américaines se font en un seul tour, il arrive qu'un second soit nécessaire: par exemple, pour les sénatoriales en Louisiane et en Géorgie, décisives pour le contrôle global de l'institution, si aucun candidat n'atteint la majorité absolue, un second tour opposant les deux candidats les mieux placés aura lieu. En Géorgie, cela s'était d'ailleurs produit en 2008 quand le Républicain Saxby Chambliss avait plafonné à 49,8% le jour de l'élection, avant d'être facilement élu lors du runoff

Proposition de traduction: second tour, tour décisif.

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Stump speech

«Hillary Clinton testing a 2016 stump speech?» MSNBC

Littéralement: un discours souche.

Quand un discours, ses idées et ses tics de langages sont répétés tout au long de la campagne, d’une ville à l’autre, presque à l’identique: en écoutant un stump speech, on peut même prévoir la suite du discours. Par exemple, le gouverneur de New York Nelson Rockfeller utilisait souvent la phrase «the brotherhood of man under the fatherhood of God» («la fraternité des hommes sous la paternité de Dieu») dans ses discours, que les journalistes abrégeaient par l’acronyme BOMFOG.

Proposition de traduction: un copié-collé, un discours répété par cœur.

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Supermajority

«Democrats' hope of Senate supermajority could rest with 2 districts»The Los Angeles Times

Littéralement: super-majorité.

Comme en France, il est possible de faire de l’obstruction parlementaire aux Etats-Unis, à coups d’amendements et de discours interminables. Pour y mettre fin, le parti majoritaire doit faire voter une motion recueillant les voix d’un certain nombre d'élus: la supermajority. Celle-ci est fixée à trois cinquièmes (60 sièges) au Sénat, mais est des deux-tiers dans d'autres chambres. Elle n'est pas en jeu pour le Sénat fédéral cette année, mais peut constituer un enjeu local dans certains États.

Proposition de traduction: majorité qualifiée.

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Too close to call

«Christie Says a Dozen Governor Races Are Too Close to Call»Bloomberg

Littéralement: trop serrée pour annoncer.

Si vous regardez la soirée électorale sur une chaîne américaine, vous risquez d’entendre l’expression à propos de certains scrutins. Quand l’écart est très large ou le dépouillement très avancé —par exemple, un écart de cinq points sur 95% des bulletins dépouillés sera généralement jugé significatif—, le journaliste osera attribuer la victoire (call the election) pour un camp ou l’autre. Dans le cas contraire, il qualifiera l’élection de too close to call. L'expression est également employée avant l'élection quand les sondages prédisent une bataille serrée.

Proposition de traduction: élection au couteau.

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Voter suppression

«Is It Voter Fraud or Voter Suppression in 2014?»The New York Times

Littéralement: la suppression d’électeurs.

Une tactique qui vise à décourager ou empêcher les gens d’aller voter. Le Texas, par exemple, vient de voter une loi imposant la présentation d'une pièce d'identité avec photo dans les bureaux de vote. Or, il n’existe pas de carte d’identité aux Etats-Unis: on prouve son identité grâce à un permis de conduire ou un passeport. Les personnes qui ne disposent pas de ces pièces ne pourront donc pas voter. Les électeurs qui risquent le plus d’être touchés par ces mesures sont les étudiants, les personnes à faibles revenus et les minorités.

Proposition de traduction: une restriction du droit de vote.

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Une première version de ce lexique était parue lors de la présidentielle 2012 et était signée Ivan Couronne, Pauline Moullot et Jean-Marie Pottier.

 

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